1984, Georges Orwell
Les professeurs ont un don inné pour perturber les élèves. Inlassablement, les jours s'égrènent vers les épreuves de la fin de l'année, en l'occurrence bac français et histoire-géo pour ma part. Sont-ils eux-mêmes tendus à l'approche de ces examens, souhaitent-ils faire réagir des élèves qui jusque là n'ont que peu montré de signes de réflexion plus poussés que le calcul du nombre de minutes les séparant de la fin de l'heure, ou prennent-ils un malin plaisir à nous torturer, la réponse est multiple. Toujours est-il que, empoisonnée même dans mes lectures par ce stress continuel, je me suis mise en quête des plus grands classiques qui me restaient encore inconnus et qui pourraient m'être indispensables en vu de l'épreuve de français (ma préférence allant à la dissertation, il me faut de très nombreuses références, du "matériau"). 1984 figurait en bonne place. Surtout qu'un extrait avait été distribué par une prof de français exaspérée du manque de culture de ses élèves (aveuglée par son envie de nous rabaisser, elle n'a pas tenu compte du fait que sur plusieurs copies figuraient de très nombreux titres de romans. La domination totale et irréfléchie est un art qu'elle exerce avec application). J'avais donc avidement parcouru les première lignes de 1984. Mais signalons que cette lecture ne fut en aucun cas permise par cette même prof, mon envie de lire le-dit livre étant bien antérieure. Selon mon humeur, à venir prochainement soit une future profusion de classiques, de poésie, ou tout le contraire, ou un mix des deux x).
1984, tout le monde connaît les leçons de morale de cette oeuvre majeure du XX° siècle. Qu'à cela ne tienne, nous voilà partis pour un peu de redite. La vérité, même rabâchée, est inoffensive.
Une précédente et passionnante dissertation ("Dans quelle mesure le roman et l'Histoire peuvent-ils se mêler ?") m'avait permis de m'interroger quelque peu sur le rôle du héros. Figure plus emblématique que significative, elle permet d'atteindre chez le lecteur un certain degré de compassion car, s'identifiant au personnage principal, il est plus sensible aux épreuves que celui-ci doit traverser. Ici, Winston Smith joue le rôle d'intermédiaire entre ce monde prophétique violemment pessimiste et nous, lecteurs du XXI° siècle. A travers lui, et le récit de ses pérégrinations quotidiennes, nous découvrons un monde totalitaire : quadrillage de la vie, contrôle de la population, censure,...mais qui va encore plus loin : falsification de documents historiques, création d'une langue simplifiée à l'extrême d'où les notions de liberté ou de bonheur sont supprimées. Appauvrissement de la langue pour l'appauvrissement de la pensée, et ainsi éviter toute formation de rébellion. Mais surtout, carcan de la pensée, presque torture psychologique, que chaque individu a appris à exercer sur lui-même.
"La Guerre, c'est la Paix,
La liberté, c'est l'esclavage,
L'ignorance, c'est la force."
Certes. Toute la profondeur de ces trois maximes nous est rendue à la lecture du "Livre de Goldstein". Ces paradoxes, qui semblent les fondements d'un totalitarisme dangereux et perceptiblement faux par toute personne douée d'un semblant de pensée, sont finalement il me semble, l'énonciation d'une vérité détournée ; mais poussée à l'extrême, elle se rapproche du non-sens. Ainsi le Ministère de la Vérité parfait le mensonge, celui de l'Abondance maintient la famine et celui de l'Amour se livre à la torture. Les deux chapitre du Livre, rapportés sur une trentaine de pages sont assez hardus à lire, dans le sens où ils ne paraissent pas s'appliquer à notre société. Evidemment, chacun est conscient de la volonté d'Orwell, qui transparaît à chaque page, à savoir la critique de son propre temps. Mais c'est ici une critique intemporelle, qui s'applique à la fois sur le présent mais aussi sur le passé et le futur. Une vérité qui est finalement inaltérable car enfouie en chacun de nous, faisant partie intégrante de nous. Effrayant.
"La Guerre, c'est la paix".
Principe de guerre continuelle. Peut-être la maxime la moins effrayante car plus illusoire. En dénaturant la guerre, acte sans but et sans cause, l'on instaure un état d'esprit patriotique et tendu vers la justice exercée par l'Etat. Conserver donc la population sous un contrôle permanent, toute la population, car le mécanisme de Doublepensée étant si bien intégré dans les couches supérieures qu'elles sont les plus grandes victimes du système.
L'acte essentiel de la guerre est la destruction, pas nécessairement de vies humaines, mais des produits du travail humain. La guerre est le moyen de briser les matériaux qui, autrement, pourraient être employés à donner trop de confort aux masses et, partant, trop d'intelligence en fin de compte.
La guerre non seulement accomplit les destructions nécessaires, mais les accomplit d'une façon psychologiquement acceptable. Il serait en principe très simple de gaspiller le surplus du travail du monde en creusant des trous et en les rebouchant. Ceci suffirait sur le plan économique, mais la base psychologique d'une société hiérarchisée n'y gagnerait rien.
Le mot « guerre », lui-même, est devenu erroné. Il serait probablement plus exact de dire qu'en devenant continue, la guerre a cessé d'exister. Une paix qui serait vraiment permanente serait exactement comme une guerre permanente. C'est la signification profonde du slogan du parti: La guerre, c'est la Paix.
DoublePensée
La plus belle invention de ce système, le fondement premier de l'Angsoc. Quel génie cet Orwell, car c'est bien là la clé du parfait régime totalitaire, qui lui assure pérénnité et succès. A la lecture de ces descriptions j'ai vraiment eu froid dans le dos. Il m'est déjà arrivé de tester cette technique, mais l'intégrer à son quotidien, faire de sa vie une complète supercherie...pour quoi au final ? Se créer un semblant de bonheur dans un monde vacillant, sans base et sans consistance ? Si l'individu est profondément ancré dans cette philosophie, s'il est "orthodoxe", "bien-pensant", alors il ne vit plus en tant que personne mais à travers le Parti. Chose terrible, puisque consciente et acceptée.
" (...) Une inlassable flexibilité des faits est à chaque instant nécessaire. Le mot clef ici est noirblanc. Ce mot, comme beaucoup de mots novlangue, a deux sens contradictoires. Appliqué à un adversaire, il désigne l'habitude de prétendre avec impudence que le noir est blanc, contrairement aux faits évidents. Appliqué à un membre du Parti, il désigne la volonté loyale de dire que le noir est blanc, quand la discipline du Parti l'exige. Mais il désigne aussi l'aptitude à croire que le noir est blanc et à oublier que l'on n'a jamais cru autre chose. Cette aptitude exige un continuel changement du passé, que rend possible le système mental qui réellement embrasse tout le reste et qui est connu en novlangue sous le nom de doublepensée."
" La double pensée est le pouvoir de garder à l'esprit simultanément deux croyances contradictoires, et de les accepter toutes deux. Un intellectuel du Parti sait dans quel sens ses souvenirs doivent être modifiés. Il sait, par conséquent, qu'il joue avec la réalité, mais, par l'exercice de la double pensée, il se persuade que la réalité n'est pas violée. Le processus doit être conscient, autrement, il ne pourrait être réalisé avec une précision suffisante, mais il doit aussi être inconscient. Sinon, il apporterait avec lui une impression de falsification et, partant, de culpabilité.
" la double pensée se place au coeur même de l'Angsoc, puisque l'acte essentiel du parti est d'employer la duperie consciente, tout en retenant la fermeté d'intention qui va de pair avec l'honnêteté véritable. Dire des mensonges délibérés tout en y croyant sincèrement, oublier tous les faits devenus gênants puis, lorsque c'est nécessaire, les tirer de l'oubli pour seulement le laps de temps utile, nier l'exigence d'une réalité objective alors qu'on tient compte de la réalité qu'on nie, tout cela est d'une indispensable nécessité.
Pour se servir même du mot double pensée, il est nécessaire d'user de la dualité de la pensée, car employer le mot, c'est admettre que l'on modifie la réalité. Par un nouvel acte de doublepensée, on efface cette connaissance, et ainsi de suite indéfiniment, avec le mensonge toujours en avance d'un bond sur la vérité."
La doublepensée est fascinante je trouve. Comment semer la graine du totalitarisme et du despotisme à l'intérieur même des individus et la meilleure façon de les rendre esclaves à vie. Mais même le principe de vie est annihilé : le Parti est tout, l'individualisme voué à l'échec. Voilà ce qui explique la deuxième maxime.
La liberté, c'est l'esclavage.
Peut-être le plus terrifiant des principes énoncés, car il renie toute notion d'existence à proprement parler. Se rallier au Parti, être ainsi éternel. La remise en cause de la notion d'existence est choquante :
Tout pouvait être vrai. Ce qu'on appelait lois de la nature n'était qu'absurdités. La loi de la gravitation n'avait pas de sens. « Si je le désirais, avait dit O'Brien, je pourrais m'envoler de ce parquet et flotter comme une bulle de savon. »
Winston étudia cette phrase. S'il pense qu'il flotte au-dessus du parquet et si, en même temps, je pense que je le vois flotter, c'est qu'il flotte.
Soudain, comme un bout d'épave immergée rompt la surface de l'eau, une pensée éclata dans son esprit. « Il ne flotte pas réellement. Nous l'imaginons. C'est de l'hallucination. »
Il repoussa volontairement l'idée. L'erreur était évidente. Elle supposait que quelque part, en dehors de soi, il y avait un monde réel dans lequel des choses réelles se produisaient. Mais comment pourrait-il y avoir un tel monde ? Quelle connaissance avons-nous des choses hors de notre propre esprit ? Tout ce qui se passe est dans l'esprit. Quoi qu'il arrive dans l'esprit arrive réellement.
Il n'eut aucune difficulté à réfuter l'erreur et il n'y avait aucun danger qu'il y succombât. Il se rendit compte, néanmoins, qu'elle n'aurait jamais dû se présenter à lui. L'esprit doit entourer d'un mur sans issue toute pensée dangereuse. Le processus doit être automatique, instinctif. En novlangue, cela s'appelle arrêtducrime.
Il s'exerça à l’arrêtducrime. Il soumettait à son esprit des propositions : « Le Parti dit que la terre est plate », « le Parti dit que la glace est plus lourde que l'eau », et s'entraînait à ne pas voir ou ne pas comprendre les arguments qui les contredisaient. Ce n'était pas facile. Il y fallait un grand pouvoir de raisonnement et d'improvisation. Les problèmes arithmétiques qui découlaient d'un axiome comme « deux et deux font cinq » étaient hors de la portée de son intelligence. Il fallait aussi une sorte d'athlétisme de l'esprit, le pouvoir tantôt de faire l'usage le plus délicat de la logique, tantôt d'être inconscient des erreurs de logique les plus grossières. La stupidité était aussi nécessaire que l'intelligence et aussi difficile à atteindre.
Le Pouvoir
Notion très vague, mais toujours légèrement péjorative. Qu'est-ce qu'avoir le pouvoir ? Comme Winston le héros, j'ai cru que dans ce roman encore, l'idée serait de diriger une population pour son propre bien etc etc. Mais ici, le Parti a la franchise d'admettre, avec un certain orgueil et une supériorité clairement affichée, qu'ils recherchent le pouvoir pour le pouvoir. Il est donc une fin, non un moyen.
“Commencez-vous à voir quelle sorte de monde nous créons ? C’est exactement l’opposé des stupides utopies hédonistes qu’avaient imaginées les anciens réformateurs. Un monde de crainte, de trahison, de tourment. Un monde d’écraseurs et d’écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu’il s’affinera, deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera le progrès vers plus de souffrance. L’ancienne civilisation prétendait être fondée sur l’amour et la justice. La nôtre est fondée sur la haine. Dans notre monde, il n’y aura pas d’autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l’humiliation. Nous détruirons tout le reste, tout.
Nous écrasons déjà les habitudes de pensée qui ont survécu à la Révolution. Nous avons coupé les liens entre l’enfant et les parents, entre l’homme et l’homme, entre l’homme et la femme. Personne n’ose plus se fier à une femme, un enfant ou un ami. Mais plus tard, il n’y aura ni femme ni ami. Les enfants seront à la naissance enlevés aux mères, comme on enlève leurs oeufs aux poules. L’instinct sexuel sera extirpé. La procréation sera une formalité annuelle, comme le renouvellement de la carte d’alimentation. Nous abolirons l’orgasme. Nos neurologistes y travaillent actuellement. Il n’y aura plus de loyauté qu’envers le Parti, il n’y aura plus d’amour que l’amour éprouvé pour Big Brother. Il n’y aura plus de rire que le rire de triomphe provoqué par la défaite d’un ennemi. Il n’y aura ni art, ni littérature, ni science. Quand nous serons tout-puissants, nous n’aurons plus besoin de science. Il n’y aura aucune distinction entre la beauté et la laideur. Il n’y aura ni curiosité, ni joie de vivre. Tous les plaisirs de l’émulation seront détruits. Mais il y aura toujours, n’oubliez pas cela, Winston, il y aura l’ivresse toujours croissante du pouvoir, qui s’affinera de plus en plus. Il y aura toujours, à chaque instant, le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant. Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain… éternellement.”
Le Livre de Goldstein est donc vraiment passionnant, quand on prend bien le temps d'essayer de le comprendre. Il explique véritablement tout le système de ce monde, mais éclaire aussi les bases profondes de ce qui pourrait naître du nôtre. Il est effrayant en cela qu'il rend ce système plus réel, plus concret que s'il s'était agit d'une simple histoire de héros renversant ce gouvernement. Car même quand on retrouve Winston, les épreuves qui l'attendent nous glacent et la fin choque.
Un roman bouleversant, choquant car développant des doctrines presque insupportables psychologiquement. Plus marquant que plaisant.
A vrai dire, j'ai eu un peu de mal à écrire ce billet, ces idées me tournant dans la tête, m'obnubilant parfois, m'envahissant, m'engluant dans ce pessimisme. Maintenant, j'ai grand besoin de me vider l'esprit de toutes ces vérités, trop proches encore ; dans quelques temps, quand je les aurais bien assimilées, voire "digérées", je sais qu'elles feront grandement évoluer ma vision des choses, elles commencent déjà.
Je crois que là tout de suite, le Club des incorrigibles optimistes me semble un choix de lecture tout désigné.
Springarniente :) et...bloganniversaire ??
Mmm...ça sent bon le printemps en ce moment...l'odeur du jardin, la douceur du soleil, des petits plaisirs simples qui reviennent, le sport de la chaise longue :p, une autre ambiance qui s'installe doucement mais sûrement...les soirées qui rallongent, le bonheur de profiter du dehors longtemps après les corvées de la journée, le maillot de bain qui ressort :D, la piscine qui nous montre à nouveau sa jolie couleur bleutée chlorée...flâner en regardant par la fenêtre, la hâte du weekend...mais aussi la fin de l'année, et donc l'approche des examens, encore plus durs à réviser que le climat ne s'y prête pas trop, et que l'été se fait déjà sentir et se traduit dans les esprits par une farniente aïgue...et un oubli total de tout !!
Alors en ce moment, pour donner quelques nouvelles de moi, je partage mon livre en cours 1984, avec des poètes, comme Hugo, Villon, Baudelaire ou Rimbaud, toujours en prenant autant de plaisir à la prose d'Orwell.
Le soleil rehausse tout de bonne humeur, il est la source de ma "plusoyance", comme disait le chapelier fou, il me donne plus de courage, et éclaire mes impressions de gaieté ; bonne humeur, tolérance, serviabilité. Bronzage :D Caresse des rayons chauds (parfois brulants XD) sur sa peau...musique...même le chat s'étire d'aise sur la chaise longue à cet instant :) printemps, un bonheur partage ;) Magie des saisons : nous offrir différents points de vue successifs sur notre vie, pour finalement nous faire constater que...qu'est qu'on en a de la chance ! :D Il alimente aussi une foule d'idées, et, tel un phare qui maintenant se fait très présent, nous guide ^^. Ne pas l'oublier, même avec tous ces évènements politiques attristants et angoissants, garder le sourire, on peut compter sur le beau temps dorénavant !
Et puis une nouvelle passion qui naît, la cuisine, plus salée que sucrée. La diététique, la bio, le léger, trois valeurs qui la dirige. Et que de plaisir m'apporte cette nouvelle occupation ! Grâce à de nombreux blogs magnifiques, je me fais un "livre" de recettes (quelques préférées : un carrot cake, un pain de mie qui revient très régulièrement ici, un cake de légume, des crêpes salées...et des projets comme la tarte au citron, des pancakes salés...). Donc voilà, pas mal occupée ces temps-ci, pour mon plus grand bonheur :D
Alors, oui, j'ai oublié quelque chose d'important, mon tout premier bloganniversaire. Rien que ça. Ben oui mais je vous avouerai que je n'ai pas du tout vu le temps passer, et me suis complètement intégrée au monde merveilleux et fourmillant de la blogosphère :) Donc voilà, 1 an...et inchangée :) si peut-être des idées qui s'ancrent, des projets qui se concrétisent, des découvertes sociales géniales qui en sont la cause. Bien sûr, des découvertes littéraires, mais qui se seraient quasiment toutes faites sans ce blog. Mais grâce à la blogosphère, on se sent moins seul(e) dans ses passions, dans ses délires parfois...aujourd'hui, un cours d'histoire sur l'évolution de la place de la femme ces 30 dernières années...j'y songe car nous avons une majorité de blogueuses parmi nous...donc le blog est une belle démonstration du développement de la femme. L'échange, une notion essentielle et tellement enrichissante...j'ai adoré cette année parmi vous, et vous remercie de tout ce que vous m'avez apporté, car finalement, même si ce n'est pas matériel (sauf pour le signet de Niki, un grand merci encore :D), cela compte énormément pour moi et m'a beaucoup aidé, alors MERCI :)
Chiffres ? 66 livres lus, 6 challenges dont 3 finis, pleins pleins pleins de commentaires gentils et intéressants, 118 billets...
Et un peu de changement : une colonne supprimée pour aérer un peu, les livres référencés et les liens rangés dans les catégories.
Mes coups de coeur littéraires de l'année : si je devais me limiter à 7
- L'Elégance du Hérisson de Muriel Barbery
Une révélation, tout simplement. Sur la vision d'autres sur le monde actuel, le regard d'une petite fille, une belle histoire d'amour, d'amitié...une belle leçon de vie. billet ici
- Magnus de Sylvie Germain
Ce livre m'a beaucoup remuée, je suis toujours aussi incapable d'en parler. Juste wahou. billet ici
- Vers le phare de Virginia Woolf
Mon 2°livre de l'auteur, un roman incroyablement riche et intense, une oeuvre magnifique à lire absolument. A relire pour moi maintenant. billet ici
- Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee
Une belle leçon de tolérance, dans un cadre historique passionnant. Une histoire prenante, des personnages très attachants, un roman dans lequel on vit, et qu'il est dur de quitter. billet ici
- Le Treizième Conte de Diane Setterfield
Tant vanté sur la blogo, que je me devais de le lire ! Sa réputation est amplement méritée : une histoire haletante, rebondissements qui donnent envie de relire le roman du début, un récit passé et présent, deux histoires qui s'entremêlent savamment. billet ici
- Les Raisins de la Colère de John Steinbeck
Lecture commune avec Aline, très enrichissante, un roman qui reste dans ma mémoire comme une épopée américaine historique, unique. billet ici
- La Couleur des Sentiments de Kathryn Stockett
Grand succès au cinéma, je l'ai d'abord visuellement particulièrement apprécié ; puis dévoré littéralement grâce à un prêt. Une histoire très intéressante historiquement, socialement, une plume simple mais vibrante d'émotions. billet ici
Je souffle ma bougie, ravie bien sûr, mais surtout du fait que l'aventure continue !!
Citation réflexion
Originellement de Shakespeare (Macbeth), reprise par Faulkner (Sound and Fury)... que vous inspire cette phrase ? Quelles sont vos réactions ?
"Life is a tale told by an idiot full of sound and fury signifying nothing"
"La vie est une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien"
Les Gommes, Alain Robbe-Grillet
Un roman étrange et singulier, c'est le moins que l'on puisse dire. Les Gommes s'ouvre sur la figure du patron, effectuant machinalement les gestes matinaux dans le café des Alliés, 10 rue des Arpenteurs, dans une ville inconnue. Le Prologue, formé d'une quarantaine de pages, annonce l'affaire : un meurtre a été commis, dans le petit pavillon au bout de la rue des Arpenteurs, non loin du café, seule figure familière pour le lecteur. Le lieu du crime, cossu, élégant dans cette ville assez mystérieuse et triste, deviendra lieu d'investigation pour notre héros, mais n'est pour le moment que la représentation concrète d'une terrible affaire pesant sur le pays. Ce crime est dénoncé comme faisant partie d'une suite de meurtres commis par une organisation fantôme. Toute l'affaire est en fait révélée au lecteur dans ces premières pages, de façon assez distante; le lecteur est totalement externe à ce qui se déroule sous ses yeux, tout est livré objectivement, lucidement et consciemment. Le cadre, les personnages et ainsi l'affaire et sa solution sont donc donnés dès le départ. Alors à quoi occupe-t-on les 210 pages restantes ?
L'arrivée de Wallas, agent spécial, bouleverse quelque peu la vie dans la ville, et totalement le récit. J'ai eu beaucoup de mal à cerner le rôle de ce curieux personnage, et ses déambulations dans la ville faisaient écho à mes vains efforts pour me repérer dans le roman. Car toutes mes certitudes étaient peu à peu ébranlées, par les retours en arrières, les bonds dans le temps, les réminiscences... j'ai bien failli me perdre comme notre héros dans ce dédale de rue, mais quelques points de repère m'ont sauvée. (Je parle à la première personne, vous donnant à la fois l'intrigue et mon avis, car le récit est bati de telle façon qu'il est complexe à suivre. Sa compréhension me semble multiple, c'est pourquoi je ne peux parler généralement.) Si Wallas est le héros, une foule de personnages secondaires très intéressant l'accompagnent et gravitent autour de lui ; d'autres sont en revanche parfaitement indépendants, et c'est ce qui peut parfois nous perdre. Le commissaire Laurent, qui nous livre toutes ses hypothèses saugrenues, méfiant, très perspicace, soupçonnant jusqu'à la pauvre gouvernante sourde et à moitié folle du lieu du crime, m'a énormément plu, par sa fraîcheur dans cette ville somme toute assez glauque. Plus franc que les autres personnages, ses intentions et ses pensées sont librement et sincèrement données, ce qui fait de Laurent la seule figure honnête dans ce roman troublant. Et pourtant, ce personnage est bien agaçant : buté, imbu de lui-même, borné. La méfiance est tout de même de mise dans ce roman ; ce qui m'a fait perdre pied par instant, c'est bien le fait de ne croire en personne, pas même en le héros !
Certes, tous les éléments du roman policier sont présents : une victime, un assassin, un enquêteur. Mais les personnages secondaires prennent bientôt autant de place que les principaux, les hypothèses prennent le pas sur la vérité, le rôle de chacun est flou, la chronologie perturbée, les noms se croisent et s'enmêlent.
On découvre vite la raison du titre ; un peu comme dans les romans policiers de Fred Vargas, un fil rouge traverse le récit, ici symbolisé par des gommes de mauvaise qualité, achetées l'une après l'autre par Wallas, dans des papeteries de la ville. sa quête vaine d'une bonne gomme de dessein, précisément décrite mais introuvable, est peut-être le symbole de toute cette enquête : insaisissable, et qui semble se dérober sous la lecture, comme un dessin au crayon que l'on gommerait progressivement pour réécrire par dessus à l'infini. Des pistes totalement brouillées, des hypothèses qui se superposent...et s'entremêlent à la réalité...pour le plus grand désarroi du lecteur ! Un récit qui n'est pas si simple...une histoire subltile, qui se constitue doucement, et recèle beaucoup plus de richesse sous ses eaux noires à l'image du canal. Au final donc, trois "lignes rouges" : les gommes, le canal, et les coups de torchon du patron du bar. Trois indices qui se rapportent à l'idée générale du roman : effacer, pour reconstruire par dessus, échafauder à l'infini.
Mais finalement, où est la vérité ? Qui est qui, qui a fait quoi ? Tout est vraiment inextricablement entremêlé.
Effleurant souvent le Nouveau Roman sans toutefois y plonger tout à fait, les Gommes est pour moi parfaitement inclassable. Point de vue qui semble externe certes, mais le lecteur est tellement proche du héros Wallas par instants, que ses pensées sont très facilement devinées et parfois même livrées. Cependant, certains passages sont totalement incroyables et savoureux ! Je vous laisse juger :
"Wallas introduit son jeton dans la fente et appuie sur un bouton. Avec un ronronnement agréable de moteur électrique, toute la colonne d'assiettes se met à descendre ; dans la case vide située à la partie inférieure apparaît, puis s'immobilise, celle dont il s'est rendu acquéreur. Il la saisit, ainsi que le couvert qui l'accompagne, et pose le tout sur une table libre. Après avoir opéré de la même façon pour une tranche du même pain, garni cette fois de fromage, et enfin pour un verre de bière, il commence à couper son repas en petits cubes. Un quartier de tomate en vérité sans défaut, découpé à la machine dans un fruit d'une symétrie parfaite. La chair périphérique, compacte et homogène, d'un beau rouge de chimie, est régulièrement épaisse entre une bande de peau luisante et la loge où sont rangés les pépins, jaunes, bien calibrés, maintenus en place par une mince couche de gelée verdâtre le long d'un renflement du coeur. Celui-ci, d'un rose atténué légèrement granuleux, débute, du côté de la dépression inférieure, par un faisceau de veines blanches, dont l'une se prolonge jusque vers les pépins — d'une façon un peu incertaine. Tout en haut, un accident à peine visible s'est produit : un coin de pelure, décollé de la chair sur un millimètre ou deux, se soulève imperceptiblement." (p161)
Quand même, on se rend compte à la fin, qu'on s'est laissé berner sur quelques points ; ce roman "policier" est très subile ; il faut être attentif au moindre détail, aux paroles, aux "fils rouges", et aux déplacements des personnages. Retenir leurs conversations et les indices qu'elles apportent car c'est elles qui restituent l'ordre chronologique. Tout s'éclaire progressivement, même si la "grande idée", que le lecteur connaît mais a pu mettre en doute, est toujours inchangée : Daniel Dupont n'est en réalité pas mort.
J'ai conscience que vous persuader de le lire sera une tâche hardue, car c'est un livre qui, me semble-t-il, se lit plus sur "un coup de tête", sans réflexion, sans connaissance de l'intrigue. Et si j'avais lu un résumé sur ce roman, je ne crois pas que j'aurais été tentée de le lire. Mais je ne regrette absolument pas, car j'ai véritablement adoré l'ambiance de ce roman ; un style qui rend l'histoire fluide, à l'image du canal de la ville, qui coule irrémédiablement, entrenant personnages et lecteur vers l'inconnu.
Le roman le plus connu de l'auteur, La Jalousie, m'attend maintenant ! :)
Plaisir de lecture : 9/10
Un petit clin d'oeil : à la recherche "les gommes", Google m'a répondu par une foule d'images colorées présentant des gommes totalement déjantées de la marque Iwako ; quelques exemples :
Ma flûte et moi...
Chaque instrument a une sonorité particulière, mais tous ont pour but, il me semble, l'exaltation des sentiments par un autre biais que les mots ; n'est-ce pas en effet une magnifique alternative au langage que la musique ?
A la demande de Milly, ma flûte va s'immiscer par ici. Alors, il ne s'agira pas d'un cours bien détaillé, mais plutôt de pensées éparses...
Commençons pas le commencement. Je ne me souviens pas très bien du pourquoi de la chose. Il paraît que c'est suite à un concert de deux flûtes-piano à queue écouté à 6 ans que mon choix s'est définitivement porté sur cet instrument. Je ne me souviens plus très bien, juste quelques images ; tout de suite, la flûte m'avait parue...luxueuse...gracile. 2ans plus tard, premier cours. Et là, frustration totale. 2 mois à ne pouvoir manier que la tête de la flûte !! (se composant de la tête, du corps et de la patte, trois parties distinctes) Tout flûtiste connaît cette déception, et trouve le temps long !! Alors, c'est au départ une suite de sons assez...informes...de petits exercices dont on a vite fait le tour. Et passé ce délai, l'attente ayant été si longue, le reste de l'instrument est livré à nos doigts avides. Horreur. Ca ne joue pas tout seul. Et en plus ça joue faux. Et c'est quoi ça, ce bruit horrible que je viens de faire ? Une note ? J'y arriverai jamais, c'est de la torture ce truc. Voilà nos pensées à environ quelques minutes de tâtement sur la bête. On apprend alors le placement des doigts, et entre temps, on oublie le son ! Non quand même, c'est le plus beau moment : on découvre l'instrument, on veut brûler les étapes... c'est l'effervescence, c'est magique !
La flûte traversière n'est pas un instrument "ingrat", les clés permettant d'obtenir la note juste directement. La difficulté, au delà des doigts, se situe bien dans le son. Je ne sais pas si vous avez déjà vu un flûtiste jouer, mais le placement de la bouche est assez insolite ; chaque millimètre compte : un peu trop à gauche, à droite, pas assez haut, plus "découvrir"...non pas que l'on risque de jouer faux, mais le timbre en sera alteré. Nous n'avons pas de clé d'octave, tout se fait justement en modulant le son, c'est assez inexplicable en fait ! Ca vient naturellement après. Puis les nuances à respecter, à exagérer parfois pour bien faire comprendre son intention à l'auditeur. Le son, c'est vraiment la clé. On parle aussi de "colonne d'air", formée par tout notre corps, qu'il est très important de respecter. Des exercices sont aussi à appliquer. La bible après, c'est le livre de Taffanel et Gaubert. Dites juste la première syllabe dans un magasin de musique et immédiatement, on complète le titre, magique :) autant pour les doigts que pour le son, c'est un outil indspensable (plus pour la mécanique cependant), il suffit d'être prêt. Quelque chose de très frustrant aussi : le flûtiste doit incliner l'embouchure de telle sorte que le son qu'il entend n'est pas pur ; ce sacrifice dans le but de ravir les auditeurs !!! Car eux n'entendent qu'une très nette amélioration, quand vous, frustré, essayez tant bien que mal de vous faire à ce léger chuintement...
Aujourd'hui, il se trouve que j'ai eu une répétition avec ma prof de flûte et l'organiste, en vue d'un concert le 23 juin, dans une abbatiale. Cadre grandiose il va sans dire. Après avoir joué le concerto, mon rôle était fini. Pourtant, je suis restée écouter la répétition de la suite du programme entre ma prof et l'organiste. Le Merle blanc au piccolo, des variantes de Rossini et Le Tambourin à la flûte. Le dernier a été éxécuté par coeur, les yeux fermés, en totale concentration. Moment unique. Un orgue aux sons veloutés, une flûtiste se mouvant au rythme des notes, comme emportée par son morceau. Rossini et le Merle blanc sont tous les deux véritablement sublimes...quel beau moment !
On découvre à quel point la musique, la "bonne" musique, la vraie, peut vous toucher, vous émouvoir, atteindre une corde sensible.
Je me rappelle du jour où j'ai changé de flûte. Direction Grenoble, magasin renommé. Dans une petite pièce, plusieures flûte alignées, marques masquées pour ne pas influencer ma prof. Le même morceau fut joué avec chaque flûte. C'était...comme une pause dans le temps, comme dans un film...comme le choix de la baguette d'Harry Potter :D Finalement, une Muramatsu a fait mon bonheur (un nom qui me fait invariablement penser à Tiramitsu). Tête argent, mécanisme concert. Etui bleu nuit, matériel de nettoyage de qualité. La grande classe.
Personnellement, je trouve que la flûte traversière est un instrument très élégant. Déjà par son port : sur le côté. Ok, peu naturel. Mais l'élégance est-elle naturelle ? Peut-être suis-je en train de vraiment dérailler. Il ne s'agit que d'un tuyau en argent percé de trou. Don't mind. I love it. Parce qu'il est si mince, si brillant, si miroitant (quand il est propre, s'entend), qu'on a l'impression que nos rêves y sont contenus. Et les doigts posés dessus, semblent aériens. (avec du vernis bien coloré, ça éclaire toute la flûte, c'est l'expérience qui parle :P). Et bien sûr, le port de la flûte implique une position particulière (dont le flûtiste débutant met beaucoup de temps à comprendre l'utilité ; alors on a droit à la flûte parallèle au corps pour le pire des cas, une main légèrement tournée, un corps avachi etc.). Alors la tête bien droite (attitude altière, prenez-vous pour une reine quand vous jouez ; des fausses notes ? Que nenni :)), les bras levés haut, l'instrument, porté presque du bout des doigts, perpendiculaire au reste du corps. Bon, position basique que chacun a pu remarquer. Mais maintenant, observez bien les pieds : ils sont légèrement tournés, jamais dans l'axe du reste du corps. Eh oui, étrange, insolite. Nous sommes des atypiques, des anarchistes !! XD Non, tout simplement, pour que la flûte soit bien positionnée...et patati et patata...bref, il le faut !
Bon. Viens la désillusion aussi. Parce que non seulement on a ses rêves d'enfant mais en plus, avec cette nouvelle arme, on se croit invincible. Alors quand on se rend compte que la carrière professionnelle est carrément inenvisageable et que tous ces beaux morceaux sur les disques y resteront et ne sortiront jamais de vos doigts...ben il faut relativiser et se dire qu'on est doué ailleurs --' et surtout le plus important, toujours prendre plaisir à jouer, car on le communique à travers la musique. Et puis, s'acharner sur des petits points noirs portés par 5 grandes lignes, il faut être fou pour faire tout ce travail en vain.
Bon, j'avoue que j'ai eu des "phases" : deux années pas très portées sur la musique...puis il y a deux ans, un défi : La Notte de Vivaldi à préparer en un mois pour le jouer devant la famille à Noël. 1h de répétition par jour, ça devenait de la frénésie. Et depuis, la joie de jouer est revenue, c'est toujours un plaisir maintenant :)
On associe souvent la musique à la nature...moi même aussi quelques fois... comme elle paraît plonger dans l'essence des choses...Oui, j'imagine bien, au milieu des arbres en fleurs...Une fois je me souviens, j'ai joué en plein air, à l'occasion de la fête de la musique, entourée de pelouse et d'arbres au bord de notre rivière. C'était très sympa, mais l'aspect concert et la ville toujours sous jacente ne permettait pas cette "communion avec la nature", à travers la musique... mais je ne sais pas si j'oserai un jour flâner, guidée par le son que je produirai...déjà par timidité, puis par peur de déranger...par manque de temps aussi...mais c'est un projet à réaliser, comme tant d'autres :) alors finissons sur cette idée d'avenir : mes projets en matière de flûte ! Evidemment m'améliorer...jouer dans la nature donc...jouer des concertos, des sonates etc, accompagnée d'autres instruments...jouer un peu de jazz (l'impro, c'est pas encore pour moi !!)...il reste tant à faire et à découvrir ! La musique est vraiment un autre monde :)







