9782070338801FSPour l'ouverture du challenge de Sharon, Animaux du monde, j'ai choisi de vous parler de cette pièce de théâtre, très intéressante par les différentes approches qu'elle offre. Pour vous offir un billet complet, et pour vous convaincre tout à fait, je vous ai mis mon travail de lycéenne sur cette pièce. Mon avis n'a pas du tout changé.

Je vous ai aussi mis une biographie d'Eugène Ionesco ; il vaut mieux la lire pour comprendre la pièce, c'est important, et en plus, elle est relativement courte. 

En deuxième partie, une analyse, MON analyse. C'est donc un travail personnel, qu'il est INTERDIT de recopier. Les élèves, creusez vous un peu la tête, ça changera. C'est un travail conséquent, mais qu'il est très intéressant de mener. 

Enfin, mon avis, en trois parties, en argumentation.

  

Biographie

Eugène Ionesco (1909-1994)

Né en 1909 à Bucarest d’un père roumain et d’une mère française, E.Ionesco passe son enfance à Paris où il écrira quelques poèmes. Suite au divorce de ses parents en 1925, il retourne en Roumanie avec son père, étudie les lettres françaises à Bucarest et devient professeur de français. Il participe à la rédaction de revues avant-gardistes (Zodiac) et se marie en 1936. Cependant, il est contraint de regagner la France devant la montée du fascisme, un régime contre lequel il se battra toute sa vie. En France, il fréquente l’avant-garde intellectuelle et artistique et développe un gout prononcé pour la provocation. En 1942, il se fixe définitivement en France, obtenant sa naturalisation.

Sa première pièce de théâtre, La cantatrice chauve, est présentée en 1950. Elle ne reçoit qu’un accueil froid mais marque l’arrivée d’un nouveau théâtre : Ionesco est ainsi considéré comme le père du théâtre de l’absurde ; cette dramaturgie met en avant grâce à la satire le non-sens et le grotesque. Les personnages  de Ionesco sont des marionnettes par lesquelles il dénonce l’absurdité de l’existence.

Dès 1950, Ionesco publie chaque année de nouvelles pièces (parmi celles-ci : La cantatrice chauve (1950), La leçon (1951), Les chaises (1952), Rhinocéros (1959), Le roi se meurt (1962)). Il se forge ainsi une renommée internationale. Il entre à l’Académie Française en 1970 et meurt en 1994.

 

Résumé

L’histoire se déroule dans une ville inconnue. Les habitants sont peu à peu touchés par la « rhinocérite », une maladie les transformant en rhinocéros. La peur et l’angoisse s’installent. Devant le nombre grandissant de victimes, les différents personnages s’interrogent sur la cause des transformations. Le personnage principal incarné par Bérenger semble faible : alcoolique, hésitant, ne s’intégrant pas dans la société, il représentante et cela jusqu’à la fin, l’anti-héros de cette pièce. Ebranlé par les transformations de ses proches, il ne sait que penser ni quel parti prendre. 

  

Analyse 

C’est grâce au rire que Ionesco tente de sensibiliser son public. En effet, il use d’une «écriture en trompe l’oeil» : la futilité cache la gravité, l’absurde le sérieux. Il dissimule la portée universelle de sa pièce derrière un cas particulier et cherche à déstabiliser le lecteur par son personnage principal, Bérenger. En effet, celui-ci comique parce que dubitatif, sans parti pris, bouscule le lecteur et ménage le suspensEt si c’est eux qui ont raison ? » p160). Il faut cependant se méfier des apparences car le plus faible peut se révéler le plus résistant.

Cette pièce de théâtre été publiée en 1959, après le nazisme. On peut en effet observer de nombreuses allusions à ce régime politique : la couleur verte que prennent les personnages en se transformant (couleur de l’uniforme nazi) ;  on trouve également quelques phrases qui font références à l’occupation; la phrase « J’ai eu du mal à trouver de quoi manger. (...) Ils dévorent tout » (p138) suggèrent les rationnements vécus pendant la guerre ; ou encore la collaboration : « Ne croyez pas que je prenne parti à fond pour les rhinocéros...» (p122). Cependant l’oeuvre ne se limite pas à la critique du nazisme : c’est une critique plus générale de toute forme de totalitarisme. Effectivement, le totalitarisme tend à imposer une forme de pensée unique (la rhinocérite), ne permettant aucune résistance. Ainsi, Ionesco s’engage politiquement avec cette pièce et rejette cette forme de dictature.

Cette pièce est toujours actuelle pour sa dénonciation de notre facile adhésion  à un mouvement de pensée unique (p158 = ils chantent... aussi.)Les personnages préfèrent se fondre dans l’anonymat (p142 : « J’ai renoncé au mariage, je préfère la grande famille universelle à la petite ») et faire taire ce qui les différencie de la bête c’est à dire leur pensée. En effet, les premières apparitions de rhinocéros provoquent la peur et le rejet, la désapprobation (p86 : « Je vous ferai connaître le but et la signification de cette provocation »), mais bientôt leur sur-nombre suscite l’envie de leur ressembler et la normalité est alors d’être un rhinocéros (« l’humanisme est périmé » p106); l’humain est anormal et sa différence lui fait peur (p156 : « Après tout, c’est peut-être nous qui avons besoin d’être sauvés. C’est nous, peut-être, les anormaux »).Le rhinocéros, cruel et ne se déplaçant qu’en groupe est l’allégorie de l’idéologie de masse. Le théâtre de Ionesco est engagé en faveur de l’individu, menacé de marginalisation (p144 « Il n’y a plus qu’eux ! » ou « Nous n’avons déjà plus le nombre pour nous. » (p141)).

 

Avis

J’ai beaucoup apprécié Rhinocéros en découvrant pour la première fois le théâtre de l’absurde. 

En particulier, j’ai remarqué le style : la liberté de choix dans les didascalies laisse le lecteur libre de poser le décor (« Si on veut faire un décor moins réaliste, un décor stylisé, on peut mettre simplement la porte sans cloison » (p91) Le ton y est léger, badin, et permet différents niveaux de compréhension. L’auteur semble volontairement détaché de la gravité des événements et adopte un point de vue externe, neutre (Avec ces quelques mots, Ionesco dresse rapidement le décor : « Un arbre poussiéreux près des chaises de la terrasse. Ciel bleu, lumière crue, murs très blancs. C’est un dimanche, pas loin de midi, en été » (p9)). Ionesco caricature ses personnages en exagérant les traits de caractère ce qui les rend risibles. 

D’autre part, j’ai aimé l’absurdité des personnages, bien campés dans leur style, surtout Bérenger, le personnage principal : son absence de parti pris, son écoute des autres ont fait que je m’y suis attaché. Sa faiblesse et sa marginalité font finalement sa force, prouvent son humanité (« Je ne me suis pas habitué à moi-même. Je ne sais pas si je suis moi » (p30)); il est un roseau qui ploie mais ne rompt pas face à l’épidémie de rhinocérite (« Contre tout le monde, je me défendrai ! » (p162)). Botard, si buté comme le suggère son nom, m’a beaucoup amusé (« Des histoires, des histoires à dormir debout » (p62)) et Jean qui débite des formules toutes faites, vides de sens (« J’ai de la force parce que j’ai de la force » (p31) ; Dudard, qui pourrait faire figure de héros mais pourtant trop obéissant (p142 : « mon devoir m’impose de suivre mes chefs et mes camarades »); et enfin, le logicien, qui fabrique des raisonnements truqués aboutissant à des conclusions loufoques (« Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat »(p33)).

Pour finir, j’ai été sensible à l’ambivalence de la pièce, comique au première abord mais tragique dans sa signification. En effet, Ionesco présente les faits sous un jour burlesque : Daisy appelle un rhinocéros en disant : « minou, minou, minou...  » (p158).


Donc vous vous en doutez, j'ai adoré cette pièce, et je l'ai déjà relue récemment. Un grand coup de coeur et ma première rencontre avec le théâtre de l'absurde. J'ai également lu La Cantatrice Chauve du même auteur. Coup de coeur aussi.

Bref, une pièce à lire, à lire, à lire, à lire et à relire pour l'apprécier pleinement...

Plaisir de lecture : 10/10

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