SCIencextrA-soleil (glissé(e)s)imgres-1" -D’abord, Scout, un petit truc pour que tout se passe mieux entre les autres quels qu’ils soient, et toi : tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue… "

Nous sommes dans l'Alabama, dans les années 30. Scout (de son vrai prénom Jean Louise) vit avec son frère Jem (Jérémy) et son Père Atticus Finch à Maycomb.

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La narratrice est à l'époque une petite fille de huit ans et c'est à travers ses yeux que nous voyons se dérouler toute l'histoire. Pendant la Grande Dépression, Scout nous décrit avec précision la vie des habitants dans cette Amérique raciste.
Dans la première partie, nous suivons la petite vie quotidienne de Scout, ses relations avec le voisinage, ses jeux avec son frère Jem. Rythmée par l'école et les voisins, cette douce vie ne demande qu'à rester paisible. Les yeux des enfants semblent toujours mener à un autre monde, à la sensibilité exacerbée : la maison maudite des Radley, la vieille et hargneuse Mrs Dubose, Miss Maudie complice, le mystérieux Mr Ardley, la commère Mrs Crawford... un micro-monde se forme sous nos yeux. J'ai bien aimé les descriptions de Scout, réalistes mais quelquefois fantaisistes, précises et captivantes. Ce livre a un dynamisme particulier que lui donne la narratrice.
Le père, Atticus Finch, avocat respectable, est un homme foncièrement bon et honnête ; mais élever ses enfants seul, sans aucune présence féminine que Calpurnia la cuisinière noire, n'est pas une bonne chose aux yeux des voisins. Pourtant, Atticus réussit à leur inculquer des principes et à faire d'eux des enfants lucides et attentifs au monde extérieur. 
Les bagarres à l'école vont bon train, car Scout est un peu un garçon manqué, ce que lui reproche constamment Tante Alexandra. Toujours vêtue de sa salopette, participant à tous les jeux de son frère, et jouant des poings à l'école, la fillette ne se préoccupe pas beaucoup de son avenir de "dame". Sa tante tente de changer son attitude -sans grand succès ; car c'est bien la personnalité de Scout. Pour ma part, j'étais contre sa tante, car la nature de la petite fille est unique et je l'appréciais vraiment !   

Boo Radley est l'objet de la première aventure des enfants -et rejoindra vite la seconde. Car il y a de quoi être intrigué : Arthur Radley n'est pas sorti de sa maison en des années. Certains pensent qu'il est mort ; d'autres croient à un fantôme. Mrs Crawford jure l'avoir vu la nuit rodant autour de sa maison. Tout ceci suffit à exciter l'imagination des enfants et, très vite et à l'insu de leur père, ils organisent des raids pour découvrir la vérité. Scout, Jem et Dill (neveu d'une voisine et rapidement devenu complice et ami) ne sont pourtant pas au bout de leur surprise ; Arthur "Boo" Radley reste indétectable.

"C'était une maison basse, qui avait été blanche, avec une véranda impressionnante et des volets verts, mais elle avait depuis longtemps pris la couleur gris ardoise de la cour qui l'entourait. (...) 
À l'intérieur vivait un spectre malveillant. Les gens prétendaient qu'il existait, mais Jem et moi ne l'avions jamais vu. (...)
Jem ouvrit la grille, se précipita vers le côté de la maison, y appliqua sa paume et repassa devant nous en courant, sans prendre le temps de s'assurer du succès de son incursion. Dill et moi sur ses talons. Une fois en sécurité sur notre véranda, à bout de souffle, nous nous retournâmes. 
La vieille maison était toujours la même, affaissée et mal en point, mais il nous sembla distinguer un mouvement furtif à l'intérieur. Trois fois rien. Un minuscule frémissement, quasi imperceptible, et plus rien ne bougea."

Et chaque été, à l'arrivée de Dill, de nouveaux plans sont élaborés. En vain. Alors leur vie quotidienne reprend et, sans rien pour nourrir leur imagination, ils relèguent cette affaire au fond de leur tête. Car une aventure bien plus importante commence.

Tom Robinson, Noir, est accusé de viol sur la personne de Mayella Ewell, jeune fille simple de 19 ans. Atticus, avocat rigoureux et intègre, est chargé de l'affaire, mais ce n'est pas simple : l'innocence de Tom est évidente et les Ewell sont détestés de tous, mais la parole d'un Noir contre celle d'une Blanche ne pèse pas beaucoup dans la balance.
Nombre de personnes critiquent Atticus Finch, devenu "ami des nègres". Les enfants sont vite acculés par leurs camarades. La situation est difficile pour eux car leur société est basée sur l'infériorité des Noirs, réputés voleurs, fainéants, menteurs et méprisables. 

"- Vous avez tout à y perdre, Atticus, absolument tout.

- En êtes-vous certain ?

Lorsque Atticus posait cette question, c'était qu'on se trouvait en mauvaise posture. "Tu es certaine de vouloir aller ici, Scout?" Pif, paf, pof, et l'échiquier se vidait de tous mes pions. [...]

- Link, ce type finira peut-être sur une chaise électrique, mais pas avant que toute la vérité n'ait été faite.

Atticus parlait d'une voix égale :

- Et la vérité, vous la connaissez."

Le procès joue une place centrale dans le livre ; c'est une partie qui m'a beaucoup intéressée car, très vivante, la scène est riche en rebondissements. Scout nous livre les faits bruts sans réflexions et le lecteur doit se faire sa propre analyse. 
Atticus Finch joue avec les mots et arrive à faire éclater la
 véritéMais cela suffira-t-il pour disculper Tom Robinson ? La vérité est-elle plus forte que les préjugés et les classes sociales ?  
Quelque soit l'issu du procès, Bob Ewell, le père, est furieux et nourrit une haine mortelle envers Atticus. Il jure d'avoir "sa peau" et sa vengeance prendra forme sous peu...

Entre temps, les deux enfants doivent grandir vite pour affronter ce monde d'adulte. Brutalement arrachés à la tranquillité et à l'innocence de l'enfance, désorientés, ils assistent impuissant à la machination où chacun joue un rôle. Le voile s'est déchiré, est devant leurs yeux ahuris, ce sont parfois des voisins et des personnes proches qui se font les exécuteurs d'un crime moral.    

Voici un long extrait pour vous montrer le ton de se livre :

"- Tu vas retirer ça, et vite!
Cet ordre que je donnai à Cecil Jacobs marqua le début d'une période pénible pour Jem et moi. Les poings serrés, j'étais prête à le frapper. Atticus m'avait promis que, s'il apprenait que je m'étais encore battue, il me ferait définitivement passer l'envie de recommencer; j'étais beaucoup trop grande pour m'adonner à de tels enfantillages et plus vite j'apprendrais à me contenir mieux ce serait pour tout le monde. Cela me sortit vite de la tête.
Ce fut la faute de Cecil Jacobs. La veille, il avait annoncé dans la cour de récréation que le père de Scout Finch défendait les nègres. Je niai, mais en parlai à Jem.
- Qu'est-ce qu'il voulait dire? demandai-je.
- Rien. Interroge Atticus, tu verras.
Ce que je fis le soir même.
- Tu défends les nègres, Atticus? lui demandai-je le soir même.
- Bien sûr. Ne dis pas "nègre", Scout, c'est vulgaire.
- Tout le monde dit ça, à l'école.
- Désormais, ce sera tout le monde sauf toi...
- Eh bien, si tu ne veux pas que je parle de cette manière, pourquoi m'envoies-tu à l'école?
Mon père me regarda, l'air amusé. Malgré notre compromis, depuis la dose que j'avais absorbée le premier jour, j'avais poursuivi, sous une forme ou une autre, ma campagne contre l'école: au début du mois de septembre, j'avais été frappée de faiblesses, de vertiges, de difficultés gastriques. J'allai jusqu'à payer dix cents le privilège de me frotter la tête contre celle du fils de la cuisinière de Miss Rachel qui souffrait d'une teigne spectaculaire. Mais cela ne prit pas.
J'avais cependant une autre occupation:
- Tous les avocats défendent les n... Noirs, Atticus?
- Bien sûr que oui, Scout.
- Alors pourquoi Cecil a-t-il dit que tu défendais les nègres? On aurait cru que tu faisais quelque chose d'illégal.
Atticus poussa un soupir.
- C'est simplement que je défends un Noir du nom de Tom Robinson. Il habite ce petit quartier qui se trouve au-delà de la décharge publique. Il fait partie de l'église de Calpurnia et elle connaît bien sa famille. Elle dit que ce sont des gens honnêtes. Tu n'es pas assez grande pour comprendre certaines choses, mais d'aucuns prétendent, dans cette ville, que je ne devrais pas me fatiguer à défendre cet homme. C'est un cas spécial, le procès n'aura pas lieu avant la session d'été. John Taylor a eu la gentillesse de nous accorder un report...
- Si tu ne devrais pas le défendre, pourquoi le fais-tu quand même?
- Pour plusieurs raisons, dit Atticus. La principale étant que si je ne le faisais pas je ne pourrais plus marcher la tête droite, ni représenter ce comté à la Chambre des représentants, ni même vous interdire quoi que ce soit à Jem ou à toi.
- Alors, si tu défendais pas cet homme, Jem et moi on n'aurait plus besoin de t'écouter?
- C'est à peu près cela.
- Pourquoi?
- Parce que je ne pourrais plus vous demander de faire attention à ce que je vous dis. Vois-tu Scout, il se présente au moins une fois dans la vie d'un avocat une affaire qui le touche personnellement. Je crois que mon tour vient d'arriver. Tu entendras peut-être de vilaines remarques dessus, à l'école, mais je te demande une faveur: garde la tête haute et ne te sers pas de tes poings. Quoi que l'on te dise, ne te laisse pas emporter. Pour une fois, tâche de te battre avec ta tête... elle est bonne, même si elle est un peu dure.
- On va gagner, Atticus?
- Non, ma chérie.
- Alors pourquoi...
- Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner."

La parabole du titre est révélée dans le livre et rendue plus explicite dans la postface (très intéressante, en passant). 

Un livre très agréable à lire, au sujet grave mais au ton léger ; Harper Lee signe ici un chef d'oeuvre et ma seule déception est que Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur soit son unique roman... 

Les avis de KarineKeisha, Lilly, Titine,
Plaisir de lecture : 10/10

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