imgresJe viens de tourner la dernière page d'un roman pour le moins étrange. Peut-être est-ce dû au fait que le style est à l'opposé de celui de Simone de Beauvoir (découvert récemment), toujours est-il que je n'ai pas été touchée par ce roman, pourtant présenté comme un classique incontournable. Le style est froid, distant ; seules les actions sont rapportées. Ecriture "blanche", écriture rigide. 

"Aujourd'hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile :"Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier." 

Dès le début du roman, on sent cette rigidité, cette distance entre le héros et le monde. Meursault est étranger à tout : aux gens, aux lieux, à lui-même, à la vie. Sa mère vient de mourir ; seuls lui viennent en tête les inconvénients de cet évènement : le trajet en bus dans cette chaleur, le temps perdu. Le héros cependant ne se plaint pas ; il adopte une sorte d'attitude neutre. Il refuse de voir une dernière fois sa mère, il fume en présence du corps, il garde les yeux secs. 

On découvre ensuite la vie assez monotone du héros, qui, je dois dire, m'a profondément agacée. Travailler en automate toute la semaine pour enfin, le weekend venu, rester presque une journée entière à regarder par la fenêtre en fumant, ce n'est pas ce que j'appelle une vie remplie, profitable ou même équilibrée. 
Il entretient des relations assez douteuses avec son voisin de pallier Raymond et accepte de lui rendre de menus services sans réfléchir un tant soit peu ; ce qui, évidemment, amène le drame.  
Le seul rayon de soleil dans la vie de cet homme désoeuvré provient de Marie, une ancienne collègue avec laquelle il noue une relation... inqualifiable. "Forte" ne correspond pas avec l'attitude du héros qui semble passer le temps.
La plage est un lieu qui apporte de la joie à Meursault, mais elle sera aussi le théâtre de ce fameux drame. Je ne vous en révélerai pas la nature, car je trouve que ce serait gâcher le livre ; c'est la seule chose dans ce billet qui pourrait vous donner envie de lire l'Etranger. 

Disons-le tout net : je n'ai pas apprécier ce roman. Comment peut-on s'attacher à un pareil personnage, complet antihéros ? Comment avoir envie de le secourir alors qu'il affiche un si profond dédain pour la vie ? Ce n'est que quand celle-ci est menacée qu'il entrevoit fugitivement sa valeur. Une vision si pessimiste du monde, si noire me donne la nausée. Si Camus était si défaitiste, pourquoi communiquer ce malheureux et stérile sentiment à autrui ?

Je vous avoue que quand la fin ne m'a pas bouleversée. 

Edit du 31/10/11 : Je ne souhaite pas effacer une partie de mon billet, donc je le rajoute, suite au commentaire de Anne (que vous pouvez voir juste en dessous), très juste : l'absurde est la clé du roman : absurde de ce crime, absurde du procureur à vouloir l'expliquer et surtout absurde du héros. Même si le roman s'éclaire un peu plus pour moi, je conserve mon avis ; je crois que ce style n'est pas fait pour moi.

Plaisir de lecture : 6,5/10