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« Qu'est-ce que la vie? - Une fureur. Qu'est-ce que la vie ? - Une illusion, une ombre, une fiction, et le plus grand bien est peu de chose, car toute la vie est un songe, et les songes mêmes ne sont que songes. »

Quelle oeuvre complexe ! Je me suis mis en tête de lire à la fois l'introduction, le texte et les commentaires; au final, ça faisait un peu lourd, et j'ai eu un peu de mal à en venir à bout. 
Complexe mais très intéressante, même si j'avoue m'y être de temps en temps perdue !  

L'introduction est très intéressante et nous situe historiquement la pièce de théâtre : après les feux de son empire sous Charles Quint, l'Espagne est en déclin, et c'est précisément à cette période que se développe le théâtre et la littérature, dans le cadre du Siècle d'Or. Profusion d'oeuvres, "floraison artistique et littéraire", autant de mots qui qualifient cette riche période. L'auteur, Calderon, s'inscrit parfaitement dans le Siècle d'Or et fut favori de la cour. A cette époque prévalent l'honneur, la figure emblématique du Roi et l'omniprésence du divin. Ainsi retrouve-t-on ces critères tout au long de l'oeuvre. Mais s'il n'y avait qu'un mot à retenir pour qualifier ce livre, c'est inconditionnellement BAROQUE ! 

Cette pièce s'inscrit dans la comedia : "il s'agit plutôt d'un cadre souple où la liberté poétique du dramaturge espagnol se donne libre cours, sans la moindre contraintes des "unités", de lieu, de temps d'action et de style et sans considération pour ce que le classicisme français nommera les bienséances". Elle se déroule en trois journées divisées en plusieurs scènes et les actions s'enchaînent, les histoires s'emmêlent... c'est assez alambiqué par moments ! Emblème de la comedia que l'on retrouve tout à fait dans la pièce : le gracioso qui tranche avec les scènes tragiques. J'ai d'ailleur bien aimé ce côté décalé qui allège la pièce : penser à la nourriture alors que d'autres songent à la faiblesse de la condition humaine et au sort de leur empire !

Mais il est temps de vous parler de l'histoire : 
Le Roi Basilio, voyant des pronostiques très défavorables sur l'avenir de son fils Sigismond, l'a enfermé dans une tour et l'a réduit à l'état de "bête sauvage" (même s'il reste un tant soit peu cultivé). La Première journée s'ouvre sur Rosaura, jeune femme déterminée au caractère complexe et au comportement androgyne, qui, victime de l'emportement de son cheval arrive devant la prison de Sigismond. L'on fait connaissance avec les personnages et Sigismond fait une magnifique tirade baroque sur la liberté, quand Clotaldo son geolier arrive et fair fuir les visiteurs. 
Peu de temps après, le Roi décide de tenter une expérience : mettre Sigismond à sa véritable place et lui dévoiler son identité pour voir si les pronostiques se révèleraient exacts.

S'ensuit une longue réflexion sur illusion/réalité, la quête de son identité, la véritable place de l'Homme et la vengeance du fils sur son père (thème inspiré par la vie personnelle de l'auteur), à travers des aventures nombreuses.
La vie serait-elle un songe ? Une thématique centrale de ce livre ; car Basilio, mécontent de l'attitude de son fils à la cour, le renverra dans sa prison en lui faisant croire à un rêve... 
Rosaura m'a bien plue, car son personnage est particulièrement riche : ignorant le secret de sa naissance, elle ne sait pas bien quel chemin suivre. De plus, elle est victime d'un déshonneur conséquent à l'époque : le duc Astolfo lui a demandé sa main mais semble aujourd'hui indifférent et fait la cour à une autre... Rosaura est le reflet de Sigismond, qui lui aussi nous fait part de grandes réflexions philosophiques tout aussi riches et intéressantes.
Malheureusement, j'ai été un peu déçue par la fin, qui conclut certes de façon logique mais ne répond pas trop à mon côté "fleur bleue"... ^^"

Une oeuvre agréable mais qui nécessite la plus grande attention. 

Plaisir de lecture : 8/10