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Bon...! Voilà la suite de La Femme Fardée, dont je me souviendrai décidément. N'y aurait-il que la méprise des tomes, ce roman se serait déjà pas mal gravé dans ma mémoire, mais en plus, il s'agit d'une vraie lecture plaisir. À noter que je ne dis pas coup de cœur, malheureusement. Et dire que je l'avais déjà inscrit, mis sa couverture sur le billet... Enfin. J'ai encore tellement de lectures de prévu que je ne doute pas d'un coup de cœur prochain. 
À vrai dire je pense que j'ai finalement été victime de ma méprise de ces fameux deux tomes : dans mon esprit, La Femme Fardée reste un roman tronqué, divisé en deux parties, division qui n'a aucunement lieu d'être. Car l'histoire se poursuit sur le même ton, évidemment on approfondit les caractères, les situations se précisent, mais le mordant de Françoise Sagan est toujours perceptible, la ligne directrice reste inchangée. C'est pourquoi mon grand enthousiasme à la lecture du Tome I s'est elle un tout petit peu refroidie devant un Tome II en tout point similaire. L'effet de surprise, l'originalité à le temps de fondre en 545 pages; certes c'est un petit bijoux d'ironie, d'étude comportementale sur un ton sarcastique et délicieusement pointu, mais certaines scènes, même si elles s'accordent à merveille dans le canevas, ne sont pas indispensables, et parfois j'ai eu peur de me noyer, le comble, à bord du Narcissus, croisière de luxe...mais le style, si beau, me sauvait à chaque fois, et je me prenais quelques fois à en oublier le sens des phrases...ces phrases si belles, qui partent, innocentes, de la majuscule, pour s'étendre, gonfler, envahir le lecteur, le submerger, et d'une petite pointe ironique et légère, le laisser émerveillé de tant de talent. C'est donc un roman qui sur le plan stylistique, se déguste lentement, à la manière des morceaux de sucre de Mr Bautet-Lebrêche.

 C'est étonnant comme à chaque fois, les concerts ancrent l'état d'esprit général en le reflétant, le caricaturant, résumant les scènes, exhortant les passagers à l'aveu, à l'expiation, du moi,s à la reconnaissance de leurs actes, de leurs sentiments, de leurs attitudes. À chaque fois, la musique les soulève, les font s'élever et les regarder eux mêmes, dans une pause au milieu de toutes ces manigances. La voix de la Doriacci, la capricieuse et hautaine diva, fine, brillante par son intelligence et sa vive et brève cruauté par instants, accompagnée au piano d'Hans Helmut Kreuze le maestro, mais également des deux acolytes quinquagénaires (plus en retrait), ces musiciens offrent une oasis dans cette croisière devenue étouffante, car enserrée dans des milliers de fils tissés entre chacun, formés d'histoires sentimentales, de vengeances, de rage, de complicité...

Et quelques personnages s'étoffent, à ma grande joie je dois dire, car même 284 pages ne suffisent pas pour ancrer définitivement un caractère dans la mémoire -comme 545 pages peuvent des fois se révéler trop. Je ne saurai dire au final si ce roman était trop long ou pas selon moi, du fait que cela permettait non seulement d'enrichir les personnages mais aussi l'intrigue...  et certains événements closent admirablement de nombreux quiproquos, manigances et autres tromperies.
Mais encore ici, certaines scènes sont délicieuses : Armand Bautet-Lebrêche prend enfin un semblant de consistance, par l'intermédiaire de la Doriacci, la diva, et d'Éric Lethuillier (tout simplement le sale type par excellence; mais justement, comme les "méchants" sont indispensables aux "gentils" (ils seraient fades sans eux), Éric s'est révélé absolument génial dans son rôle. Bref, le mari d'Edma est le héros de quelques pages, et la matinée du dernier jour, c'est temporairement sourd qu'il vaque à ses petites affaires. Et quand on coupe le son, l'expérience peut se révéler désastreuses pour les personnes rencontrées durant ce laps de temps; on se rend alors compte de toutes leurs simagrées ridicules, des gestes qui encore plus que leurs mots témoignent de leur hypocrisie naturelle. Finalement, on laisse notre pauvre Armand, un peu déboussolé de ce qui lui est arrivé, essayer de retrouver son quotidien monotone d'homme d'affaire dans les pages de son cher Financial. Même le capitaine Ellédocq se montre charmant :)
Clarisse et Julien continuent dans le chemin que l'auteur leur avait ostensiblement tracé, et ce des le premier tome, don rien de nouveau pour leur relation, qui du coup perd un peu de son attrait. Ne serait l'évolution de Clarisse, ils paraitraient presque fades et sans saveurs...heureusement la jeune femme à tant à rattraper, de sa vie d'humiliée et de soumise, tant à découvrir des petites joies de l'existence, tant à profiter de sa jolie personne qu'avant elle s'efforçait à cacher, qu'elle nous offre encore de belles surprises et des scènes jouissives. 

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" Elle dansait contre Julien et avait l'impression de s'appuyer contre un fil a haute tension. Le même court circuit allait les foudroyer bientôt, tout pouvait lui arriver à nouveau d'heureux, de malheureux, de différent. La vie était tout sauf monotone, et ce émis qui restait à vivre -et qu'elle jugeait interminable une semaine plus tôt- lui paraissait odieusement court maintenant qu'elle devait le partager avec un homme qui la désirait. Il fallait qu'elle montre à Julien tous les paysages, tous les tableaux, qu'elle lui fasse écouter toutes les musiques, qu'elle lui raconte toutes les histoires emmagasinées chez elle dans les greniers et caves de sa mémoire, de son enfance, de sa culture, de sa vie amoureuse,   de sa vie solitaire. Et il lui semblait qu'elle n'aurait jamais le temps de tout raconter de cette vie pourtant plate, qu'elle avait jugée désespérément plate jusque la et qui, grâce à l'oeil de Julien Cet homme qui frémissait contre elle d'un plaisir anticipé, dont il avait un peu honte, cet homme lui avait non seulement rendu le présent, non seulement promis le futur, mais il lui rendait un passé éclatant, vivant, et dont elle n'avait plus à avoir honte."

Ce comportement, maintenant ouvert, fait bien sur grincer les dents d'Eric son époux; cependant, la rupture ne semble pas si...fastidieuse que cela, en définitive. Peut être est ce du à la petite peste Olga Lamouroux, toujours plus ridicule, et le sentant de plus en plus; en effet, son rôle comme son pouvoir sur autrui s'effiloche, et ce n'est plus qu'une marionnette repoussante de frustration qui continue ses pantomimes devant un public inexistant. La nouveauté ne figurant pas dans cette absence d'applaudissements, mais dans la prise de conscience d'Olga de cette absence. Décidément, la petite starlette aura bien tout perdu, et l'aura amplement mérité. Celle qui rêvait de se voir pleuvoir les grands rôles et récompenses, ne décrochera que celle de la femme la plus niaise, insipide, fausse et définitivement insupportable de ce monde bourgeois pourtant si superficiel. À parodier cette superficialité, ou à en faire sa propre nature, on ne peux que sombrer dans le mépris de ceux qui l'exercent avec talent et lucidité. Exit Olga
En attendant, Simon Béjard, le producteur, littéralement aux pieds de la garce, apprend à se relever et à marcher dans une société ou il est accueilli à bras ouvert. Après dix jours de souffrances sentimentales, le pauvre gus à bien droit à quelques lauriers ! 
La Doriacci reste un personnage fascinant. Est-ce son âge et son expérience du "monde" qui la rendent si fine et subtile, si époustouflante sous ses fards appliqués avec talent ? Ses caprices ne la rendent que plus attrayante, ses remarques perçantes et son jeu que plus surprenante et agréable. Il n'y a que son toutou que j'ai trouvé un peu insipide, Andreas le prétendu gigolo, qui au final ne l'est pas du tout. Une sensibilité à fleur de peau, une naïveté qui frise la bêtise, une innocence juvénile qui flirte avec le mauvais goût, ce personnage tellement prévisible et répétitif ne m'a pas beaucoup touché. C'est d'ailleurs dommage que Charley, le second, en bon pédéraste, s'intéresse à lui, Charley si souriant et dynamique, pimpant, enjoué et drôle
Et Edma, toujours si caustique, si fraîche et piaillante, si "fine mouche", adorable en définitive, autant dans son rapport avec les autres, que dans ses agissements. Elle se révèle pleine de bons sentiments derrière ses airs de grande dame hautaine, jeu dont personne n'est dupe, et ses nouveaux amis dans cette croisières sont nombreux. Elle manquera, autant aux autres protagonistes, qu'aux lecteurs, car elle parfaitement réussi ce qu'elle convoite : une entrée et une sortie triomphante !

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Un livre excellent donc, mais pour ce deuxième tome je dois avouer que la nouveauté ayant disparu, j'ai été un tout petit moins emballée...enfin, disons que le premier tome est un coup de cœur, et le deuxième des agréables retrouvailles. Il demeure que dans mon esprit malheureusement le roman est coupé en deux. 

Plaisir de lecture : 8/10

Reste à voir le film ? Je ne sais pas...

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