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En cherchant des romans de Henning Mankell, j'avais pour objectif premier de découvrir ses polars, et comme but sous jacent de partir à la découverte d'un auteur. À la médiathèque de ma ville, pendant les vacances d'été, pas moyen de mettre la main sur un de ses nombreux polars, tout était emprunté, à part Comedia Infantil, qui n'est pas a proprement parlé un "classique"de cet auteur. Mais après tout, je satisferai mon deuxième objectif, et l'histoire m'intriguait. Ni une ni deux, je le prends. Quel doux sentiment quand on ressort, quelques livres prometteurs sous le bras...
C'est donc sans apriori, sans aucun avis, que j'entame ce roman, qui semble plus s'apparenter au conte, qu'à une aventure. 
Mais...une fois le roman refermé, et même avant, ne serait-ce qu'en lisant le résumé, un paradoxe : un récit si tragique au titre si décalé ? "Pièce de théâtre dans laquelle les vices, les travers, les moeurs sont présentés d'une manière divertissante." nous dit mediadico ; on comprend le caractère satirique mais méchamment ironique de ce titre.

"Dans une ville africaine, un homme assis sur le toit d'un théâtre se remémore l'histoire que Nelio, l'enfant des rues, lui a confiée au cours des neuf nuits qui lui restaient à vivre..."

Prometteur non ? Un peu envoûtant comme début, un peu le même pouvoir que le sésame "il était une fois"...il s'en dégage une atmosphère douce et pénétrante, propre aux contes. L'on sait que l'on entre dans un monde différent, très semblable au notre, mais dont les émotions sont exacerbées, comme les caractères et les réactions. Le trait est renforcé pour distinguer le gentil du méchant, le pauvre du riche, le courageuse de la paresse. Ici, ces caractéristiques sont criantes, mais une fois que l'on est bien installés dans ce récit, et que l'on écouté le Chroniqueur des Vents, José Antonio Maria Vaz, les mots nous envahissent et nous portent vers d'autres contrées.   

Le narrateur découvre donc Nelio, ce garçon de la rue qui se distingue des autres par son extraordinaire sagesse, qu'il porte comme héritage des atrocités de son enfance trop tôt quittée. Ce petit garçon de 10 ans aux allures confondantes de vieillard, aura eu un destin extraordinaire où se réunissent toutes les qualités d'un parfait petit héros immortel.
Ce récit, à la facture très classique en somme, fut très doux et agréable, comme un baume apaisant. Le contexte cependant ne nous est pas très familier et nous ne pouvons que compatir à distance pour ces petits êtres qui errent et hantent les villes d'Afrique, pour qui la survie remplace la vie à jamais. Ce livre est touchant, mais n'a pas sû m'atteindre aussi profond que je le pensais au départ. Il reste cependant une belle lecture.

"Nelio abandonna ses cartes pour observer les gens affairés qui passaient devant lui sans le voir. Étaient ils encore vivants ou étaient ils déjà morts ? De temps en temps, il faisait un tour au bout de la jetée dans l'espoir de voir les requins qui apparaissaient parfois à l'entrée de l'embouchure. En regardant les rouleaux mourir sur la plage, il se demandait s'il y avait seulement un endroit ou la vie était censée exister, à cette époque féroce. Où trouver suffisamment de force et de joie pour résister au désespoir ?"

Plaisir de lecture : 8,5/10