imageArto Paasilinna. Je ne connaissais pas du tout cet auteur, et a vrai dire je ne me souviens plus comment ce nom à croisé la route de mes lectures. En tout cas, même s'il s'agit d'une lecture relativement légère, je pense que je me souviendrai de lui, ne serait ce que grâce a son nom ;) . Il me reste d'ailleurs Le meunier hurlant du même auteur. Fidèle a ma tournée dans le Nord, me voici en Finlande. Je me souviens de ma visite en Islande avec Göran Tunström et Audur Ava Olafsdottir, puis en Suède avec Stieg Larsson, et Camilla Lackberg. La Finlande était toute désignée ;) Mankell m'attend encore, Olafsdottir et Tunström referont une apparition sous peu. 

En fait, je trouve la littérature nordique particulièrement attrayante, leur mode de vie, et donc leur manière de penser, leur culture, de nombreux points les éloignent de la France. J'ai découvert récemment Le Magazine Littéraire à la médiathèque, j'ai emprunté le numéro sur ce sujet, qui semble particulièrement approfondi, ça promet d'être véritablement passionnant et enrichissant. Et ça coupera délicieusement ce bourrage scientifique qui nous asseye depuis la rentrée. Tout devient matière à s'évader des sciences exactes, et c'est avec un plaisir renouvelé que j'explore la littérature sous un angle plus...professionnel.

Revenons donc à La Douce Empoisonneuse. Ce fut une lecture distrayante, qui même si elle ne marque pas les esprits, reste plaisante et fraîche : par certains aspects, l'histoire se rapproche du film Le Vilain (avec Catherine Frot) : les aventures cocasses d'une vieille dame, colonelle en l'occurrence, victime puis bourreau de son neveu. Linnea Ravaska est une femme de caractère, distinguée, et pimpante, coulant une douce fin de vie de veuve dans sa petite fermette d'Harmisto. Imaginez vous le chat, les fleurs, l'arrosoir, les jolies plates bandes, la douce maisonnette colorée, et vous verrez le cadre idyllique et légèrement caricatural où s'ouvre le roman. Sympathique, mais insipide. Heureusement, une ombre au tableau vient dynamiser, voire dynamiter, le tout : dans notre monde actuel, une représentation réelle de la société ne pourrait se faire sans quelques jeunes dépravés portés sur la boisson et la drogue, bref porteurs de tous les maux. Kauko Nyyssönen illustre parfaitement cette définition, et c'est avec régularité que ce grand gaillard de trente ans vient rendre visite à sa chère tante tous les mois. Visite amicale teintée d'un amour quasi filial, il n'en est rien. Il ne s'agit que de profiter du calme du lieu pour se livrer aux pires déboires, voler une partie de la pension de la tante, et amener quelques amis du même acabit pour jouir du sauna de la fermette. Peut être la description de la visite aurait elle pu être plus courte, l'auteur moins insistant. Il est vrai cependant que le lecteur est mieux à même de juger les conséquences futures de cette visite, et ainsi de convenir de la nécessité pour Linnea de se débarrasser de ce parasite dangereux. Tout y passe : de la soirée très arrosée au sauna, en passant par les beuglements, le manque de pudeur, le vol d'un porcelet, quelques virées au village, tout est décrit pour condamner les trois jeunes vauriens. Avec pour point culminant la signature d'un testament en leur faveur qui assure à Kauko l'argent de sa tante a son décès. Tante qui a presque remplacé sa mère quand il était petit, s'est occupée de lui comme un fils, jusqu'au jour où, pressé par les dettes, il l'a poussé à vendre son appartement en ville, pour ne jamais la rembourser. Charmant garçon ;) après une telle démonstration de débauche, Linnea se décide à partir et trouve refuge chez un ancien ami, son vieux médecin de qui il est toujours restée proche. Ces trois vermines continuent cependant a la hanter, et consciente de la dangerosité de sa situation, elle se décide : elle va se suicider. Au poison. Mais comment aurait elle pu deviner à quel point la préparation d'un poison pouvait être aussi passionnante ? Et flacons et ustensiles s'alignent. La mixture a vraiment tout du méchant poison nauséabond et fumeux ! Pourtant, au fil des pages, force est de constater que cette chimie ne finira pas dans le sang de notre héroïne, et Paasilinna, jouant du comique de situation, mène ses marionnettes avec humour et légèreté. D'un côté, c'est ce que nous promettait la quatrième de couverture, et finalement sur ce point on est presque un peu déçu. Les aventures se succèdent, les coups foireux s'enchaînent toujours contre Linnea mais jamais la bave des crapauds n'atteint la blanche colombe ;) Je me l'imaginais différemment à vrai dire, et j'ai eu du mal à entrer véritablement dedans. J'ai pensé aux Looney Toons, notamment Bip Bip et Vil Coyote, vous savez, le coyote qui essaie toujours, inlassablement, d'attraper l'autruche dans le désert, qui file plus vite que son ombre. Au départ, on rit, et on est heureux que l'autruche ne se fasse pas attraper, mais a mesure que l'on grandit, on en finit par plaindre le pauvre coyote, a qui il arrive des aventures vraiment incroyables. Ne jamais JAMAIS réussir à atteindre son but, même avec autant de volonté, c'est cruel de la part des auteurs !! Le pauvre se démène, en vain. Eh bien ici c'est la même chose, toujours Linnea s'en sort, encore plus pimpante, image de la petite vieille guillerette et frêle qui échappe aux grands méchants. Qui du coup apparaissent comme particulièrement niais. Encore que je caricature, on en arrive pas a ce point, mais l'idée est la. Et a certains moments, c'était tellement prévisible et répétitif que parfois j'ai eu du mal. Bon pour contrebalancer, l'ambiance est très agréable tout de même, les descriptions sont bien écrites, le style assez épuré et fluide. Il y a aussi un pu de Amélie Poulain, dans ces détails poussés à l'extrême : les conséquences de certains événements sont suivies jusqu'au bout, nous faisant rire, juste sur un ou deux paragraphes. Un peu effet papillon, et ça c'était bien réussi :) À la fin, on a un peu l'impression d'un pièce de théâtre, qui, avant de refermer le rideau, fait saluer ses artistes. Au passage, a noter que ces artistes ne sont pas très nombreux, l'intrigue étant unique et relativement simple. Seuls quelques paragraphes font entrer en scènes des personnages secondaires juste avant ou peu après avoir croisé la route des 5 personnages. Assez pauvre sur ces plans donc, mais ça ne devait pas être dans les objectifs de Arto Paasilinna que d'écrire un roman foisonnant avec cette histoire. Après tout, c'est un petit récit comique et léger, agréable en somme, laissant une douce impression :)

Plaisir de lecture : 6,75/10

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