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PRESENTATION : Nous sommes au lendemain de la Grande Guerre, le mal du siècle envahit les âmes, c'est l'époque de la Prohibition et des fortunes rapides.
En 1922, Jay Gatz, désormais Gatsby, se retrouve fabuleusement riche. Personnage mystérieux installé à Long Island dans une somptueuse propriété, milles légendes courent sur son compte. Elles n'empêchent pas les gens chic, et moins chic, de venir en troupes boire ses cocktails et danser sur ses pelouses.
Gatsby le Magnifique joue la carte de l'éblouissement et des folles dépenses comme un appât pour ramener à lui Daisy, mariée à Tom Buchanam, un millionnaire qui, à la différence de Gatsby, n'a pas gagné sa fortune, mais en a hérité.
Gatsby parviendra-t-il à reconquérir sa bien aimée ?
Nick Carraway, le cousin de Daisy, qui est un observateur lucide, nous raconte cette histoire...

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Il est de ces livres dont l'on sent la rareté et la puissance, l'envoûtant parfum du chef d'œuvre mêlé de la teinte enrobante du superbe et acidulée de l'excitation, cette implosion orchestrée par les plus talentueux, ceci dès les premières pages.
Il est de ces romans qui vous promettent de grands espoirs, de somptueuses joies, comme un écho juste et scintillant teintant, vibrant, scintillant à l'intérieur de l'âme.
Il est de ces histoires qui viennent vous saisir au plus profond de vous, creusant, cherchant jusqu'à la flamme bien cachée de la sensibilité pour l'envelopper délicatement, la ramener doucement à soi, et la garder au creux de ses pages.
Il est de ces auteurs qui sillonnent les pages comme ils sillonnent le cœur de leurs lecteurs, les rendant essoufflés, exaltés, tour à tour diplomates conquérants en territoires ronflants, puis équilibristes, attendant dans un murmure supplicié les mots qui tairont leurs craintes.
Il est de ces récits qui vous promènent, vous déposent, vous ramènent, vous créent des amis, vous donnent la richesse, vous parent de splendeurs, reprennent le tout, vous abandonnent, vous relancent dans le monde, vous agencent péripéties et intrigues, saupoudrant ce chemin d'immédiat, de spontané, de luminescent.
Des personnages comme du miel scintillant, lascif, onctueux, laissant une trace sucrée et irrégulière.
Gatsby le Magnifique est un roman envoûtant.

"Réserver son jugement est une preuve d’espoir infini."

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L'amour s'affranchissant des classes sociales est un lieu commun. Les contes de fées, ou plus réalistes peut être les romans du XIXe comme Au Bonheur des Dames, Tess d'Urberville. Et Gatsby le Magnifique. Mais la fin n'a rien emprunté aux précédentes histoires, et l'auteur trace son chemin sur une voie immaculée.
La beauté des personnages, du point de vue stylistique, le cadre épousant parfaitement le canevas de l'intrigue, les sentiments exacerbés, presque violents dans leur intensité, le contraste des clairs-obscurs à travers ces brusques émotions et la neutralité du narrateur, le calme de la nature environnante et le fastes des fêtes, tout ceci contribue à l'agencement d'un tableau somptueux et délicat, scintillants et troublants, de la poursuite d'un rêve, éparpillés en milliers de cristaux fracturés.
Dans ces années 30, le désoeuvrement de ces jeunes gens est palpable. Que vont-ils faire de leur après-midi ? Comment vont-ils occuper leur temps ? Flâner, aller aux fêtes, oublier ce sentiment de vide, de creux de vague. Pourtant, Gatsby, lui, loin de prendre part à ce sentiment général, continue son chemin, la voie qu'il s'est tracée, le rêve qui le maintient en vie.

"Après une période d’angoisse maladive, suivie d’une période de joie délirante, il était maintenant bouleversé par le miracle d’une présence. Cette attente l’habitait depuis si longtemps, il l’avait si souvent imaginée, du début à la fin, dans ses moindres détails, attendue dents serrées, peut-on dire, avec un tel acharnement, qu’il s’en trouvait par réaction comme annihilé - une pendule dont on aurait trop tendu le ressort."

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Jay Gatsby ne fait pas partie de ce milieu, il marche comme en terrain conquis sur ce sol fastueux, mais son attitude le trahit, son comportement en léger décalage, sa réserve devant les vicissitudes de la vie mondaine, ces tenues d'apparat qui finalement permettent au lecteur de déceler son envie de briller aux yeux des autres, celui de se faire accepter et admirer pour enfin toucher au rêve qui le ronge ; le rêve qui est à sa source, le fondement de son personnage, de son être entier.

"Il me sourit avec une sorte de complicité - qui allait au-delà de la complicité. L'un de ces sourires singuliers qu'on ne rencontre que cinq ou six fois dans une vie, et qui vous rassure à jamais. Qui, après avoir jaugé - ou feint peut-être de jauger - le genre humain dans son ensemble, choisit de s'adresser à vous, poussé par un irrésistible préjugé favorable à votre égard. Qui vous comprend dans la mesure exacte où vous souhaitez qu'on vous comprenne, qui croit en vous comme vous aimeriez croire en vous-même, qui vous assure que l'impression que vous donnez est celle que vous souhaitez donner, celle d'être au meilleur de vous-même. Arrivé là, son sourire s'effaça - et je n'eus devant moi qu'un homme encore jeune, dans les trente à trente-deux ans, élégant mais un rien balourd, dont le langage policé frisait parfois le ridicule. Avant même de savoir qui il était, j'avais été surpris du soin avec lequel il choisissait ses mots."

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Car Gatsby est un usurpateur, cela se murmure parmi les tables, certains imaginent même qu'il a tué un homme, pensant le voir transparaître dans son attitude. Mais le seul homme auquel il a enlevé la vie n'est autre que lui-même, son moi passé, reconstruisant par dessus un être factice, se forgeant suivant le moule qu'il aspirait. La raison ? L'amour, la pâle et envoûtante Daisy, la naïve et riche Daisy, flottant dans le monde de la Côte Est, monde du clinquant et de la frivolité, en contraste brutal avec l'Ouest natal de Gatsby, du narrateur et de quelques personnages principaux ; si eux conservent une distance et une maîtrise sur cette atmosphère légère, Daisy, elle, s'en enveloppe et s'y appuie pour se construire.

"Chaque nuit il ajoutait au tableau de ses chimères, jusqu'au moment où le sommeil refermait son étreinte oublieuse sur une scène aux couleurs éclatantes. Ces rêveries servirent un temps d'exutoire à son imagination ; elles constituaient une preuve satisfaisante de l'irréalité du réel, et l'assuraient que le monde était un rocher solidement posé sur une aile de fée."
"Et par moments peut-être au cours de cette après-midi Daisy s'était-elle montrée inférieure à ses rêves ― mais elle n'était pas fautive. Cela tenait à la colossale vigueur de son aptitude à rêver. Il l'avait projetée au-delà de Daisy, au-delà de tout. Il s'y était voué lui-même avec une passion d'inventeur, modifiant, amplifiant, décorant ses chimères de la moindre parure scintillante qui passait à sa portée. Ni le feu ni la glace ne sauraient atteindre en intensité ce qu'enferme un homme dans les illusions de son coeur."

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Alors comment atteindre cette femme, l'objet d'une ardente passion, quand on est si éloigné d'elle, que chacun de ses mots, de ses gestes, sa mise, son attitude, crient à quel point tout les oppose ? Car Daisy est aujourd'hui mariée à Tom Buchanan, un homme sans finesse, mais avec la plus belle vertu : la richesse.
Comme le héros éponyme du roman Martin Éden de Jack London, Gatsby s'entoure de chimères, mais si pour le premier l'intelligence et la culture sont les deux leitmotivs de son ascension, ceux de Gatsby sont la richesse et l'opulence, misant sur l'extérieur plutôt que l'intérieur et l'âme, oubliant même de la considérer et de la sonder.

"Gatsby se tourna vers moi. Il était comme paralysé.
- Impossible de m'expliquer avec lui dans sa propre maison, cher vieux.
- La voix même de Daisy y est différente, en effet. Une voix impudique, arrogante. Elle semble pleine...
Je cherchais le mot juste.
- Elle a la voix pleine d'argent, dit-il soudain.
C'était vrai. J e ne l'avais pas compris jusque-là. Pleine d'argent - d'où sa fascination, le charme envoûtant des modulations, ce cliquetis, ce frémissement de cymbales... Lointaine, en son palais de marbre, fille du Roi, princesse d'or..."

C'est pourquoi le film tout juste sorti mise sur le clinquant, les fêtes, le faste. Mais ils semblent oublier la délicatesse et la subtilité de la plume de Fitzgerald. Je voulais avoir lu le livre avant de le voir, la prochaine étape sera d'abord le film avec Robert Redfordet Mia Farrow comme héros, on me le conseille si chaudement. Alors je serai en mesure de juger la dernière production ! Mais j'ai peur...la superficialité semble être le seul aspect ayant été retenu pour ce film...

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Le style en tout cas, est frais, presque...éphémère, une impression d'évanescence...ces années 30, désoeuvrées, moites...j'ai retrouvé un peu de Tendre est la nuit dans les relations entre les personnages...c'est un roman très fluide, qui nous emporte très vite dans son univers et nous fait ressentir avec une étrange intensité les émotions des héros.

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"Nous avons traversé un hall imposant, avant de pénétrer dans un espace de lumière rose, délicatement suspendu au coeur de la maison entre deux portes-fenêtres qui se faisaient vis-à-vis. Elles étaient entrouvertes et se découpaient en blanc sur le gazon frais, qui semblait sur le point d'envahir la pièce. Le vent jouait d'un mur à l'autre, jouait avec les voilages, repoussait l'un vers l'extérieur, tirait l'autre vers l'intérieur, comme deux drapeaux aux couleurs passées, les envoyait vers le plafond, glacé de sucre blanc, comme un gâteau de mariage - puis il cajolait le tapis lie-de-vin, qui se couvrait d'une ombre de petites rides, comme la brise en fait courir sur la mer. Le seul objet parfaitement immobile était un immense canapé, sur lequel deux jeunes femmes avaient trouvé refuge, comme dans la nacelle d'un ballon captif. Vêtues de blanc, toutes les deux, et leurs robes flottaient et dansaient sur elles, comme si le vent venait de les lur rendre, après les avoir fait voler autour de la maison. Je n'osai pas bouger, assourdi par le claquement de fouet des voilages et le grincement d'un tableau sur le mur. Puis, je crois à une explosion. Tom Buchnan venait de refermer l'une des portes-fenêtres, et le vent tomba, pris au piège, et les voilages, le tapis et les deux femmes aéronautes se posèrent lentement sur le sol.
La plus jeune m'était inconnue. Couchée de tout son long, à une des extrémités du canapé, dans une immobilité absolue, elle tenait le menton levé, comme si un objet qui s'y trouvait en équilibre, menaçait de tomber. Peut-être m'aperçut-elle du coin de l'oeil, mais elle n'en laissa rien paraître, et je me suis surpris à retenir un mot d'excuse de l'avoir ainsi dérangée.
L'autre femme, Daisy, fit un effort pour se lever : elle redressa la nuque avec un courage évident, puis elle se mit à rire, d'un rire absurde et adorable, et j'ai ri à mon tour en m'avançant vers elle.
- Je suis pa-a-ralysée de bonheur !
Réflexion très spirituelle, sans doute, car elle rit de nouveau, et me tint longuement la main, en me regardant dans les yeux, pour souligner que, de tous les humains, j'étais celui qu'elle désirait revoir avec le plus d'urgence - c'était sa façon d'être. Puis, elle m'informa dans un souffle que la jeune équilibriste se nommait Baker. (J'ai entendu que Daisy murmurait ainsi pour contraindre les gens à s'incliner vers elle ; pure médisance qui n'enlève rien à son charme).
Quoiqu'il en soit, Miss Baker entrouvrit le coin d'une lèvre, inclina la tête dans ma direction de façon presque imperceptible, et reprit aussitôt son immobilité - l'objet qu'elle tenait en équilibre ayant dû à son grand effroi vaciller légèrement. Je me surpris une fois encore à retenir un mot d'excuse. Presque toutes les démonstrations d'autarcie personnelle me laissent désarmé et confus.
Je revins vers ma cousine qui, d'une voix sourde, envoûtante, me posa diverses questions. C'était l'une de ces voix, dont l'oreille épouse chaque modulation car elles improvisent de phrase en phrase une suite d'accords de hasard que personne jamais ne rejouera plus. Son visage était triste et tendre avec de beaux éclats, l'éclat du regard, l'éclat brûlant des lèvres - mais on percevait dans sa voix une note d'excitation dont les hommes qui l'ont aimée se souviendront toujours : une vibration musicale, une exigence impérieuse et chuchotée : "Ecoutez moi, écoutez moi !", l'assurance qu'elle venait de vivre des instants radieux, magiques et que l'heure suivante lui en réservait d'autres, tout aussi magiques et radieux."