Ce livre nous propose un beau sujet de philo: Manger de la viande industrielle, est-ce moral ?

L'auteur a répondu en 328 pages. Et celui qui aura l'audace de le corriger lui mettra soit 0 s'il choisit de se dénaturer, soit 20 si cet ouvrage lui aura permis d'ouvrir les yeux. C'est selon.
Et c'est exactement les deux façons de réagir qui s'offrent au lecteur.

J'ai conscience du (affreusement) long billet que j'ai écrit, mais c'est une façon pour moi même de ne rien oublier et d'y revenir. Comme un bloc notes. J'espère que vous en lirez quelques passages !

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J'avais fait il n'y a pas longtemps un billet sur mon avis quant à l'alimentation, et mon chemin dans la compréhension d'un meilleur mode de vie alimentaire (le végétarisme), et je reviens sur ce sujet, plus convaincue que jamais grâce au récit de Jonathan Safran Foer. Qu'on se le dise, il ne s'agit en aucun cas d'un plaidoyer pour le vegetrisme mais bien d'un ouvrage informant sur les conditions d'élevage des animaux dans les fermes industrielles et le rapport de l'Homme à la nourriture d'origine animale. Si l'on en conclut d'après cette brève présentation que la conclusion sera évidente et tendra vers le végétarisme, c'est bien que l'on se rend compte que, après avoir étudié ces quelques points, un changement s'impose. Puisque les gens, en lisant ce titre, sont convaincus de l'issue de ces 300 pages, c'est donc que la chaîne de l'alimentation industrielles pose problème sur les faits et dans les consciences.

Saviez vous qu'Henry Ford lui même, avant de concevoir le travail à la chaîne dans l'automobile, avait été impressionné par l'efficacité des chaînes d'abattage nouvellement créées et avait transféré ce concept dans le domaine où il se sera rendu célèbre ? Un bel engrennage bien huilé, s'appuyant sur l'ignorance, et la faculté à s'illusionner des hommes.

"Les Américains aiment les animaux. Vivants (46 millions de chiens et 38 millions de chats domestiques, 170 millions de poissons en aquarium), en liberté dans la nature (voir le très beau Into the Wild de Sean Penn), mais aussi souvent pour les abattre. Morts et mangés chaque année : 35 millions de boeufs, 115 millions de porcs et 9 milliards de volailles." Extrait Le Point http://www.lepoint.fr/culture/faut-il-manger-des-animaux-desosse-notre-appetit-de-viande-05-01-2011-127036_3.php

L'auteur choisit, à chaque double page d'ouverture de chapitre, sous forme d'une phrase écrite en petits caractères, de présenter des données chiffrées :
"Les Américains choisissent de manger moins de 0,25 % des denrées comestibles connues de la planete.
Les lignes de pêche industrielles modernes peuvent mesurer jusqu'à 120 km de long - la même distance qui sépare le niveau de la mer des dernières couches de l'atmosphère.
Le secteur de l'élevage industriel participe au réchauffement planétaire pour 40% de plus que l'ensemble des transports dans le monde ; c'est la première cause du changement climatique.
Un Américain mange en moyenne l'équivalent de 21000 animaux entiers durant son existence - un animal pour chacune des lettres des 13 dernières pages (couvertes des mots mutisme et influence en gras).
Près d'un tiers de la surface des terres de la planète est consacré à l'élevage.
Moins de 1% des animaux tués pour leur viande en Amérique proviennent d'élevage traditionnels."

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La partie Chercher/Cacher est assez saisissante en cela qu'elle retrace l'émergence de l'industrie de la volaille notamment, en partant de l'incident déclencheur au concours du Poulet de Demain qui aboutira lui même à l'ère du poulet génétique, et particulièrement à l'émergence de deux volailles distinctes : une pour la viande, l'autre pour les œufs. "Entre 1935 et 1995, le poids moyen des poulets de chair a augmenté de 65%, tandis que la durée de leur croissance maximale chutait de 60% et leurs besoins en nourriture de 57%. Pour se faire une idée du caractère radical de ce changement, il faut imaginer des enfants atteignants 150 kg à l'âge de 10 ans tout en ne mangeant que des barres de céréales et des gélules de compléments vitaminés."
Le dernier éleveur de dindes s'insurge du code génétique "bousillé" des dindes industrielles
"réfléchissez une seconde à ça : un poulet qu'on ne peut pas laisser vivre au delà de l'adolescence"(abattus au bout de 39j)
"Ce dont l'industrie a pris conscience - et c'est ça qui a été la véritable révolution -, c'est que ça ne vaut plus le coup d'élever des animaux sains pour gagner de l'argent. Les animaux malades sont plus rentables. Les animaux ont payé le prix fort pour satisfaire notre désir d'avoir tout à notre disposition à tout moment pour une somme dérisoire."
Autant se dire que la nature n'a plus son mot à dire.
"C'est une honte te les gens le savent. Ce n'est pas la peine de les convaincre. Il faudrait juste qu'ils agissent autrement"
Ce n'est pas dit de manière moralisatrice, mais comme une évidence que l'on s'invite à redemontrer, dont on démonte chaque mécanisme pour s'en convaincre soi même : il s'agit d'une démarche intérieure, celle de vivre selon ce qu'à l'intérieur de nous notre conscience nous dit.

P26 :"Même si ce livre est le résultat d’une énorme accumulation de recherches, et s’il est aussi objectif que peut l’être un travail journalistique – j’ai utilisé les statistiques les plus prudentes (provenant presque toujours de sources officielles, ou bien de sources industrielles et universitaires validées par des pairs) et engagé deux personnes chargées de les corroborer –, je le considère comme une histoire. On y trouvera quantité de données, mais elles sont souvent minces et malléables. Les faits sont importants mais, par eux-mêmes, ils ne génèrent pas de sens – surtout lorsqu’ils sont liés à ce point à des choix linguistiques. Que signifie mesurer exactement la réaction de douleur chez un poulet ? Peut-on parler de douleur ? Que signifie la douleur ? Quoi que nous apprenions sur la physiologie de la douleur – combien de temps elle dure, les symptômes qu’elle produit, etc. –, nous ne saurons jamais rien de définitif à son sujet. Mais insérez les faits dans une histoire, une histoire de compassion ou de domination, ou peut-être des deux – insérez-les dans une histoire sur le monde dans lequel nous vivons, sur qui nous sommes et qui nous voulons être – et alors vous pourrez commencer à parler de façon significative du fait de manger les animaux.

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Santé
La demande de viande, d'oeufs et de produits laitiers influence directement les maladies zoonotiques émergentes. Les pratiques industrielles d'aujourd'hui favorisent l'émergence et/ou la dissémination des maladies, c'est un fait avéré que soulignent bon nombre d'organisations mondiales concernées, comme l'OMS. Autrement dit, le lien entre élevage industriel et pandémie est clairement établi.
"L'ancêtre original de la récente flambée de grippe porcine H1N1 provenait d'un élevage de porcs situé dans l'Etat américain qui en comporte le plus grand nombre, la Caroline du Nord, et s'est rapidement disséminé d'un bout à l'autre du continent américain."
"L'UCS a calculé que ce sont 12 300 tonnes d'antibiotiques qui sont mélangées chaque année à la nourriture des volailles, porcs et autres animaux d'élevage, ce chiffre ne prenant en compte que les utilisations non thérapeutiques. Les scientifiques ont également déterminé que, sur ce total, près de 7000 tonnes sont constituées d'antimicrobiens considérés comme illégaux dans l'Union Européenne." On a clairement identifié la conséquence directe sur l'accroissement de la résistance microbienne et la demande d'interdiction de cet usage par l'OMS, les CDC et bien d'autres organismes, n'a pas Europe de suite, du fait du pouvoir incroyable du secteur de l'élevage, secteur plus puissant que les professionnels de la santé publique.
"Des scientifiques des universités de Princeton et Columbia ont pu remonter, jusqu'aux éleveurs industriels nord américains, la trace de 6 des 8 segments génétiques des virus (actuellement) les plus redoutés au monde."

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"Nous savons que si quelqu'un nous propose de nous montrer un film sur la façon dont notre viande est produite, ce sera un film d'horreur"
pour manger de la viande industrielle, il faut accomplir un acte presque héroïque dans le refus de savoir ou l'oubli

Et le fait que l'élevage contribue à la faim dans le monde est clairement établie : "d'ici 2050, le bétail de la planète dévorera autant de nourriture que 4 milliards de personnes."

L'ADA souligne dans un rapport les bienfaits d'une alimentation végétarienne : la consommation optimale de protéines des végétariens est supérieure à celle des omnivores. Les risques cardio vasculaires, de diabète de type 2, d'obesité, de cancers et d'hypertension sont réduits. Prenons le cas des produits laitiers : les taux les plus élevés d'ostéoporose ont été enregistrés dans les pays où les gens consomment le plus de produits laitiers.
La seule raison pour laquelle un tel régime est difficilement compréhensible par le plus grand nombre est la diffusion des informations sur les apports nutritionnels : les principaux informateurs sont bien souvent des entreprises qui soutiennent l'industrie agroalimentaire. Les conflits d'intérêt font que les informations nutritionnelles sont bien souvent manipulées.
Saviez vous que Sao Paulo, Brême, San Franscisco, Los Angeles et Washington DC organisent une journée végétarienne par semaine ? Le lundi, et le jeudi en Allemagne.

P211 : après la visite d'un abattoir appartenant à la seule chaîne américaine d'élevage traditionnel... "Vous n'allez pas partir comme ça", me dit une des ouvrières. Elle disparaît quelques secondes et revient avec une assiette en carton couverte de pétales roses de jambon. "On serait de drôles d'hôtes si on ne vous proposait même pas un échantillon." (...) Je n'en veux pas. A vrai dire, sur l'instant, je ne veux rien manger du tout, mon appétit s'est évaporé dans le spectacle et les odeurs de l'abattoir. Et je refuse particulièrement de toucher au contenu de cette assiette, qui, il n'y a pas si longtemps, appartenait à un cochon qui attendait dehors, ans l'enclos. Peut-être qu'il n'y a rien de mal à en manger. Mais, tout au fond de moi, quelque chose - de raisonnable ou de déraisonnable, d'esthétique ou d'éthique, d'égoïste ou d'altruiste - refuse tout simplement que cette viande entre dans mon organisme. Pour moi, cette viande est une chose qu'il ne faut pas manger.
Et pourtant, tout aussi profondément, quelque chose me pousse à la manger. Je tiens vraiment à montrer à Mario que j'apprécie sa générosité. Et je veux pouvoir lui dire que ses rudes efforts produisent une nourriture délicieuse. Je veux lui dire : "Ouah, c'est fantastique !" Je veux même en reprendre. Je veux "rompre le pain" avec lui. Rien - ni une conversion, ni une poignée de main, pas même une accolade - ne permet d'établir des liens d'amitié aussi fortement qu'un repas pris ensemble. C'est peut-être culturel. Peut-être est-ce un écho des festins communautaires de nos ancêtres.
D'un certain point de vue, c'est là le fondement même de l'existence d'un abattoir. Dans l'assiette, sous les yeux, se trouve la fin qui promet de justifier tous les sanglants moyens utilisés dans la salle voisine. Les gens qui élèvent des animaux destinés à notre consommation ne cessent de le répéter, et c'est la solution pour comprendre l'équation : la nourriture - son goût, sa fonction - justifie ou non le processus qui lui permet d'aboutir dans l'assiette.
Pour certains, elle le justifie. Pas pour moi."

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Un autre problème de taille : les déjections. C'est le sujet de partie "Tas de merde" (explicite n'est-ce pas). On est d'accord que c'est loin d'être un sujet plaisant et une lecture agréable, mais il est nécessaire de connaître les faits, à savoir que les élevages industriels les rejettent dans des mares à proximité (jusqu'à une centaine de mares), détruisant les sols et portant atteinte à la santé collective, tout à fait légalement. Si quelqu'un venait à tomber dedans, il mourrait, ce qui s'est déjà produit à de nombreuses reprises. Il revient moins cher de payer des amendes pour activité polluante que de réformer tout le système. "Dans le cas de Smithfield, la quantité produite atteint environ 127 kilos pour chaque citoyen des États-Unis. Ce qui veut dire que Smithfield - une seule entité juridique - produit au moins autant de matières fécales que la population humaine totale des États de Californie et du Texas."
"Quelques années après (son installation en Caroline du Nord en 1995), Smithfield a rejeté plus de 75 000 mètres cubes de déchets liquides dans la New River, en Caroline du Nord. Ce déversage reste la plus grande catastrophe écologique de ce type, et est deux fois plus importante que la célèbre marée noire provoquée par l'Exxon Valdez six ans plus tôt. Il a libéré assez de lisiers liquide pour remplir 250 piscines olympiques. (...) non seulement Smithfield à survécu à (l')action en justice, mais l'entreprise a prospéré. (...) a l'époque du déversage (...), Smithfield était le septième plus grand producteur de porcs aux Etts-Unis. Deux ans plus tard, il était en tête du classement. Depuis, sa domination croissante sur le secteur n'a jamais fléchi. Aujourd'hui, Smithfield est une société si énorme qu'elle abat un porc sur quatre vendus dans le pays. Notre façon de manger actuelle - les dollars que nous versons chaque jour à Smithfield et consorts - récompense les pires pratiques imaginables."

Sans parler du danger sanitaire d'habiter à proximité de telles entreprises. Il va sans dire que de plus en plus d'Organisations et d'Associations gouvernementales crient au scandale.
Autre information : Smithfield est aujourd'hui présent en France.

Et ne parlons pas de perversité de certains employés dans ces entreprises d'élevages industriels porcins, actes de violence innommables filmés en caméra cachée au cours d'enquêtes, notamment chez Tyson Foods et Pilgrim's Pride qui fournissent entre autres (!) KFC. Prenons l'exemple d'une truie en gestation, capable d'accoucher de neuf porcelets à la fois (nombre qu'on s'efforce d'augmenter...) : elle est perpétuellement maintenue en état de grossesse, on lui injecte des drogues pour contrôler le moment de l'accouchement, et, grâce à des hormones, on la prépare à l'insémination artificielle trois semaines après le sevrage des porcelets. Elle est maintenue dans une "cage de gestation" pendant les 16 semaines de la grossesse, puis dans des "cages de mise bas" où il lui est impossible de se retourner, où elle se blesse à force de se frotter. Les souffrances qu'engendrent psychologiquement un tel état sont encore plus dramatiques.
Pendant les premières 48h de la vie du porcelet, on lui arrache la queue et certaines dents, afin de limiter les violences entre eux, violence dues à un état de confinement qui les rend fous. Leur environnement est porté à une température élevé (22 à 27°C) et les porcelets vivent dans le noir : ils deviennent ainsi léthargiques, limitant les comportements dangereux pour le fonctionnement à haut rendement de l'entreprise. Je vous épargne la suite, tout aussi réjouissante (cages de "crèches" empilées les unes sur les autres, où les excréments de ceux du dessus tombent sur ceux du dessous, par exemple).
Un seul signe d'espoir (mais très grand) : 4 États sont en passe d'interdire les cages de gestation.
Des conditions de vie des plus scandaleuses sont aussi subies par la volaille dans tout le pays.

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En ce qui concerne l'élevage intensif sous-marins, à savoir l'aquaculture, je ne m'en doutais absolument pas... Une eau sale où il devient impossible de respirer, un surpeuplement qui mène au cannibalisme, les poux de mer qui pullulent et rongent les poissons... Sans compter l'abattage... "Comme dans le cas des poulets et des dindes, aucune loi n'impose que les poissons soient tués de façon humaine."
Quand à la pêche, trois méthodes sont clairement dénoncées : la ligne de traîne, le chalut et les sennes coulissantes, trois méthodes qui contribuent massivement à la destruction d'une hiérarchie, d'un équilibre alimentaire, en supprimant les prédateurs, comme détruisant la biodiversité de ces espaces. Le nombre d'animaux marins tués "accessoirement", par erreur, et rejetés morts par dessus bord, atteint des sommets.

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La dernière partie est sans conteste une formidable conclusion à tout ceci, et ce qui m'a le plus touché, d'une certaine façon, en me montrant comment l'auteur a finalement réagi à cette masse effroyable d'informations insupportables. La manière dont il explique sa réflexion, pas à pas, m'a vraiment fait réfléchir, et revenir sur ma propre réflexion et mes convictions.
Malheureusement pour l'auteur, le régime végétarien est moins riche que le régime carné, même si son choix est fait et qu'il s'en accommode. Pour ma part, l'inverse s'est produit, il devient donc infiniment plus facile de se passer de viande. Mais le poisson est une autre affaire, même si ma consommation est très modérée, car c'est le dernier lien social, si je puis dire, le dernier petit élément qui me permet de voyager et de manger au restaurant sans difficultés, les restaurants végétariens n'étant que très peu présents.
Mais il n'empêche qu'un changement de régime implique de lourdes conséquences sociales, et la manière dont l'auteur y revient m'a presque soulagée, qu'il partage ce malaise, mais l'analyse et finalement arrive à une belle conclusion (certaines traditions tournant autour de plats carnés demeurent primordiales et permettent de discuter de nombreux souvenirs, modifier quelque peu son organisation n'est qu'une manière de montrer notre progression, et garder l'ambiance de ce moment intact, échanger, s'impliquer même dans un moment qui a une signification, c'est finalement le plus important).
J'arrive au même point que l'auteur, c'est à dire refuser l'indécision permanente quant à la consommation d'animaux (au moins terrestre), qui serait un état impossible : se poser la question sur l'origine de la viande, sur les risques sanitaires, ce que l'animal a enduré, la signification de tout cela, j'ai préféré tout stopper et vivre selon ce qui me semble moral.

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Mais comme le souligne l'auteur avec justesse, il s'agit d'un cheminement personnel, qui implique certes un degré plus objectif, mais qui se fait dans le contexte d'une vie. Car toutes ces données plaident pour un élevage plus respectueux, soucieux du bien être des animaux ; et plus radicalement pour le végétarisme. Tout dépend de nous. Dès lors, qu'attendre des autres ? A-t-on le droit, le devoir, d'exiger une certaine attitude des autres devant les faits irrévocables ? Une autre démarche peut être effectuée en réponse à tous ces arguments forts, dans le cadre d'une autre vision du problème, et c'est une démarche qui sera aussi morale pour celui qui l'entreprendra, s'il décide de modifier d'une autre façon, à un autre degré, son régime alimentaire.
Tout ceci est en fait un peu flou pour moi, et le discours de l'auteur m'a fait la même impression, quant au rapport avec autrui à propos du régime alimentaire. A ceci je dirais qu' il s'agit avant tout d'une décision personnelle, mais qu'un refus de l'élevage industriel semble dans la continuité de la réalité. Le fait que manger de la viande provenant d'un élevage traditionnel (mais c'est de plus en plus dur aujourd'hui pour ces éleveurs car les infrastructures ont été détruites au profit de l'industrie) me soit aussi impossible relevé certes de certaines raisons objectives discutées dans ce livre, mais aussi d'une décision très personnelle. La prêcher à autrui est une étape encore au delà. Notre corps nous appartient, et c'est à nous même de décider comment le nourrir. Mais des réalités objectives concernant l'élevage industriel répondent tout simplement à une autre logique, c'est quelque chose de différent qu'une décision visant à exclure, il ne s'agit de radicaliser, il s'agit d'obéir à la mesure, de faire des choix et prendre ses responsabilités d'homme...
Le témoignage d'une éleveuse végétarienne est tout à fait intéressant, captivant, enrichissant. Celui de Bruce qui travaille pour PETA l'est tout autant (Il souligne d'ailleurs l'énorme gaspillage conséquence de l'élevage quelqu'il soit...effrayant). C'est une affaire personnelle, mais je peux dire que je me suis plus identifiée à son discours. De nombreuses visions du même problème s'entrecroisent, des réactions différentes sont montrées selon que l'on considère le droit des animaux ou le bien être des animaux. Et c'est quelque chose d'extrêmement complexés, les deux visions comportant des zones de vrais comme de contestable, l'une moins que l'autre cependant pour moi, et à des degrés autres.
A la lecture de ces témoignages, j'ai l'impression que la moralité atteint des degrés différents pour chacun, chacun digne de respect, mais chacun bien différent des autres, et le fossé est parfois bien important, chez deux personnes qui pourtant ont des intentions louables. Certaines démarches peuvent être respectées, mais incomprises au demeurant.
Ce qui est sur, c'est que ce choix éthique fondamental, à savoir le bien être des animaux en refusant l'élevage industriel, est tout simplement inexistant dans bon nombre de cas. La situation actuelle réside en grande partie dans l'ignorance des pratiques qui sont menées, comme ds notre perception, notre definition propre de ce qu'être humain signifie. Il existe alors de nombreuses réponses. Quand on choisit un morceau de viande, un yahourt ou des œufs au supermarché, porter sa main sur telle ou telle marque semble complètement anodin. Pourtant, le chemin est affreusement différent, et c'est cette image qu'il faut garder en main pour bien guider sa main.

C'est donc un livre à lire consciencieusement, attentivement, et en entier, car les données sont intégrées dans la réflexion qui s'établit dans la dernière partie, réflexion essentielle pour tout être humain. Aucune idée n'est imposée, chacun se fixe ses propres limites, mais tout lecteur ressortira changé et reconsidérera son rapport à l'alimentation. Cependant rien n'est jamais affreusement cloisonné et rigide, un végétarien peut être éleveur, un végétalien peut se lancer dans la construction d'un abattoir : "je peux être un végétarien qui soutient ce qui se fait de mieux dans l'élevage." En effet, si ces élevages, que l'auteur nous cite, pouvait se substituer à l'élevage industriel, ce n'est pas un pas qui serait franchi, mais tout un océan. Même si cette double position de la part de ces gens m'a paru étrange, c'est quelque chose qui existe.

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"Nous ne pouvons pas plaider l'ignorance, seulement l'indifférence. Les générations d'aujourd'hui sont celles qui ont appris. Nous avons la charge, mais aussi la chance de vivre au moment où les critiques à l'encontre de l'élevage industriel se sont frayées un chemin dans la conscience populaire. C'est à nous que l'on pourra demander, à bon droit : Qu'est-ce que vous avez fait quand vous avez su la vérité sur le fait de manger des animaux ?"
"C'est dans nos assiettes que se trouve l'une des plus grandes chances de vivre selon nos valeurs - ou de les trahir."
" Notre comportement face à l'élevage industriel est, au bout du compte, une mise à l'épreuve de notre comportement face à ceux qui sont impuissants, à ceux qui sont loin, à ceux qui n'ont pas voix au chapitre - c'est un test sur la acorn dont nous agissons quand personne ne nous oblige à nous comporter d'une façon ou d'une autre. Ce n'est pas une question de cohérence, mais d'engagement."
"Si plus rien n'a d'importance, il n'y à plus rien à sauver." Citation de la grand mère, qu'explicite l'auteur à travers tout ce livre.

1er chapitre :
http://www.lecerclepoints.com/page-etre-carnivore-est-moralement-legitime-decouvrez-190.htm
http://www.lecerclepoints.com/extraits/9782757826935.pdf

Entretien avec l'auteur :
http://www.lesinrocks.com/2011/01/18/actualite/faut-il-manger-les-animaux-entretien-avec-jonathan-safran-foer-1121069/
http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-grand-entretien-avec-jonathan-safran-foer-2010-12-24.html
http://www.arte.tv/fr/entretien-avec-safran-foer/6449206,CmC=6547794.html

Peut-on encore manger de la viande : article du Point

[Végétarien : ne mange aucun animal (ni viande, ni poisson, ni crustacé…).
Végétalien : végétarien ne mangeant pas non plus de produits issus des animaux (lait, miel, œufs…)
Vegan : anglicisme – végétalien qui ne mange ni ne consomme de produits issus des animaux (ne porte pas de cuir, ne consomme pas de produits testés sur les animaux…)]

 

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Antigone XXI nous rapporte une tranche d'horreur :

✖ cauchemar :

Projet proposé par André Ford, étudiant en architecture, pour produire en masse des poulets : créer des animaux dépourvus de cortex cérébral afin de les ‘désensibiliser’ et les empiler par milliers en un réseau de grappes verticales reliées. Ça vous fait penser à Matrix ? Nous n’en sommes pas loin avec ce Centre pour l’agriculture Inconsciente, mais qui fait encore mieux : pour gagner de la place, on supprime également les pattes des animaux ; la nourriture, l’eau et l’air sont livrés grâce à des tubes, qui permettent également de faire disparaître les excréments. C’est ainsi qu’on peut produire 11,7 poulets au mètre cube, bien mieux que les 3,2 actuels. Manque de pot, le manque de stimulation musculaire reste encore un défi pour Ford : qu’à cela ne tienne, des chocs électriques pourraient y remédier. Vive le progrès.

☛ Pour en savoir plus, c’est ici : Farming the Unconscious


Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Gilles Berton et Raymond Clarinard (éditions de l'Olivier, 336 p., 22 euros).