9782702153543-T

1800. Alma est une Whittaker, dotée d’une volonté de fer, profondément ancrée dans la réalité et ses «limites matérielles», mais tout aussi au fait des manigances et des rapports de force de ce monde. Logique, faits, hypothèses, démonstration - et patience. L’esprit scientifique de son père comme de sa mère font rapidement d’elle une fillette ouverte au monde et avide de faire ses armes à la table familiale, impatiente de se jeter dans le feu des débats qui sont monnaie courante plusieurs fois par semaine. Car l’éducation que lui donne sa mère Beatrix ne fait aucune part à la fantaisie, l’insouciance, la désinvolture ou la sensiblerie ; depuis toute petite, Alma se doit d’être rigoureuse, curieuse, et impitoyable envers elle même : elle doit cacher l’exaltation de ses sentiments (aucuns pleurs n’étant tolérés, toute hystérie sévèrement réprimée). 
C’est un univers qui pourrait nous sembler âpre, mais l’âme d’Alma étant déjà formatée, tout ceci lui convient à la perfection, et très (très) jeune, les langues deviennent son terrain de jeu. La botanique l’accueille rapidement dans sa grande famille de fervents admirateurs de la Nature - mais toujours en fond de logique, d’hypothèses solides et de conclusions irréprochables.

Cette petite fille intelligente voit cependant son petit monde voler en éclat quand une nuit,  elle descend les escaliers alertée par des bruits, persuadée que son aide est nécessaire et souhaitée, toute gorgée d’importance (sans surprise, la petite Alma connait ses capacité, et, adorée de son père, joyeuse et infatigable exploratrice de tout le domaine, régnant sans conteste sur la bibliothèque et faisant déjà plier certaines personnalités imprudemment échouées au dîner et jetées dans les débats passionnés orchestrés par son père, sa réaction est tout à fait normale). Mais cette nuit bouleversa ses repères en lui apportant une sœur adoptive, Prudence.    

La ressemblance physique d’Alma avec son père est troublante - ce qui n’est absolument pas un avantage comme le souligne maintes fois l’auteur, Alma n’entrant pas véritablement dans les codes de la beauté - mais Prudence est exactement le contraire : sa beauté fait bientôt sa réputation, malheureusement pour elle doit-on dire, car la beauté peut rapidement s’avérer dangereuse et avilissante : Prudence est confinée dans ce rôle de poupée statique dès qu’elle se trouve confrontée à l’extérieur ; et pourtant, loin d’être stupide (mais évidemment à des années lumières de l’intelligence et de l’avance d’Alma), docile, elle se plie aux enseignements ardus de Beatrix la mère, et du précepteur. 

Prudence est un personnage intéressant. Alma remarque vite une froideur chez sa sœur qu’elle n’arrive pas à expliquer, et encore moins à briser. Aucun lien de se tisse entre elles deux, aucune affection ne ressort, si ce n’est une politesse respectueuse et distante. L’auteur n’explique jamais vraiment le caractère profond de Prudence (je suis là restée sur ma faim), même si les pages dévoileront quelques faits révélateurs d’une personnalité qui semble riche. J’aurais aimé que l’auteur explore plus ce personnage.

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Un microcosme se crée autour de la demeure, quelques personnes reviennent régulièrement, apparaissent, et l’on se familiarise vite. Le père, Henry Whittaker, ouvre d’ailleurs le roman, ce qui nous permet d’entrer très vite dans l’esprit du roman, et de s’attacher à cet homme et à ses aventures rocambolesques. L’enfance de sa fille prend le relais du récit, mais pourtant, très vite, l' «ouverture intellectuelle» d’Alma dérive sur le sujet (tant adoré des actuels romanciers on dirait !!) de la sexualité, et alors là, ce livre m’a profondément déçue. Car je ne m’y attendais véritablement pas. Je pensais pouvoir m’installer confortablement, en toute confiance, dans ce roman, et plonger dans un univers doux, sensible, dynamique, puisqu’il était décrit comme une petite fresque du XIX° siècle, avec ses révolutions scientifiques, géographiques, et sociales. Mais cette tâche, les «activités» d’Alma, m’ont rebutée (et dégoutée) immédiatement. C’est bien dommage que ce sujet réapparaisse régulièrement au détour des pages ; pour moi, tout ceci dérivait vraiment vers le voyeurisme. Et ce sujet devient de plus en plus proche de la trame principale du roman.

L’histoire continue pourtant, l’esprit de l’héroïne se forge, et comme nous le promet la quatrième de couverture, on avance dans la vie d’Alma - à toute allure. Un bond de 30 ans est subitement fait, et l’on doit se familiariser avec une Alma qui, finalement, n’a pratiquement pas bougée d’un iota. Ses faibles espoirs amoureux ayant été rapidement étouffée (la pauvre étant exceptionnellement grande, large, avec des cheveux décrits comme assez peu enclins à lui être d’aucun secours auprès des hommes, tout comme sa personne entière), elle s’est immergée dans sa subite passion pour les mousses et étudie avec ferveur celles qui poussent sur les rochers du domaine. 

Ce roman fonctionnant finalement par à-coups et rebondissements (période stable et calme, rupture, période agitée, solution, puis retour à la normale, un peu montagnes russes tout ça !), Ambrose Pike, jeune illustrateur de génie, vient déranger la retraite tranquille de la bryologiste. Pensant enfin s'être trouvée un campagnon d'âme (et plus si affinités ?), elle l'accueille à bras ouverts, heureuse et exaltée, pour la première fois de sa vie. Ces deux âmes vont bientôt se trouver indissociables - mais une ombre au tableau voile cette perfection : Ambrose n'a pas tout à fait les pieds sur terre. Parlant communion avec la nature, traces du divin laissées sur les plantes, frôlant (ou s'engageant franchement) dans l'ésotérisme, tout ceci n'est pas véritablement au goût d'Alma, profondement rationnelle. 
Ambrose Pike est finalement le pivot de ce roman, bien qu'il n'arrive que tardivement. De là partent les aventures, les voyages, la découverte du monde, même si l'emsemble est plus simple que le résumé au dos ne le laisse imaginer - enfin c'est mon avis. Et puis ces aventures ne débutent que tard dans le roman...un tout un peu mal équilibré sur certains aspects.

Au final, j'ai trouvé ce roman...un chouilla bancal. Du bon...et du très mauvais, ou en tout cas des parties qui ne me conviennent pas du tout. J'arracherais bien une dizaines de pages (assez salaces, soyons francs), pour me sentir mieux. Un avis en demi teinte, tant par l'histoire (qui ne m'a pas semblée très aboutie) que par certains sujets qui semblent chers à l'auteur et que j'aurais préféré absents. Déjà, j'aurais aimé passer plus de temps en compagnie de la sœur Prudence ; l'équilibre du roman ne m'a pas non plus parut très logique, les différentes parties marquant chacune (et c'est surement voulu) un tournant ; j'ai eu en fait la sensation que l'auteur avait écrit ces parties indépendamment... accordant plus d'intérêt à certains aspects tout en en occultant d'autres... je ne me suis pas sentie à l'aise, et je ne me suis pas identifiée à l'héroïne, tout simplement. Alma ne m'a pas convaincue et à aucun moment je ne me suis dit que j'aurais aimé la rencontrer.
La botanique était un sujet prometteur, et certaines aventures ou descriptions m'ont plues mais le roman dans sa globalité me laisse...assez déçue et peu convaincue. Les faits historiques sont mis bout à bout, sans véritable état d'âme le plus souvent, ce qui ne joue pas vraiment en faveur d'une quelconque cohésion. Parfois décousu, certains passages sont un peu longs, et le dénouement (si l'on peut l'appeler ainsi) est prévisible et décevant - ou plutôt il l'a été pour moi, car étrangement les bons avis ne sont pas en manque...d'où ma surprise et ma déception quant à ce roman, qui surfe sur le succès de l'auteur et de son précédent livre Mange Prie Aime, que j'ai vu au cinéma et auquel j'avais été sensible ; c'est d'ailleurs pour cette raison que j'avais enfin pliée et acheté ce roman broché (son succès précédent ayant mis un an à sortir en petit format !!).
Je ne sais trop quoi dire de plus si ce n'est qu'il m'a permis de me vider un peu la tête et de m'occuper au soleil. Sinon, plus j'y pense, plus je me dis que ce n'est absolument pas mon style de roman, tout en étant relativement trompeur car sous ses airs de "fresque d'une vie", sciences au XIX° et toutes les avancées de ce temps, héroïne volontaire et déterminée, il paraissait avoir tout pour plaire. Malheureusement loin du compte.