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Le pasteur ne s'attendait sûrement pas à tout ce qui résulterait de sa rencontre avec la fillette alors qu'il remontait de la Chaux-de-Fonds. Hélas ! comment aurait-il pu deviner ce qui allait s'abattre sur lui ? Car ce jour-là, alors qu'on le presse pour voir une vieille mourante, il rencontre pour la première fois Gertrude. Cette jeune infirme, frappée de cécité, n'est alors qu'une pauvre créature abandonnée de Dieu : n'étant pas touchée par Son rayon, elle n'en connaît pas l'existence. Le pasteur, pensant être son devoir que de s'occuper de cette jeune brebis égarée, l'amène dans son foyer, sans prévoir la réaction de sa femme Amélie : "c'est une personne d'ordre qui tient à ne pas aller au delà, non plus qu'à rester en deçà du devoir". Mais alors qu'ils discutent, une solution s'offre au pasteur, que sa femme condamne déjà sans connaître la décision de son mari. Recueillir Gertrude chez eux ne signifie après tout que s'occuper d'une jeune infirme pour la remettre sur le chemin de la Lumière.

Cette aveugle de quinze ou seize ans, recueillie et élevée n'a de repère désormais qu'en ce nouveau foyer. Ne se rappelant elle-même plus son nom, on lui en donne un neuf ; habillée de haillons, on lui donne des habits propres. On la lave et lui coupe les cheveux ; on s'occupe d'elle. Gertrude est alors intimement liée à cette famille. 

C'est le pasteur qui, à travers de longues heures passées avec elle, l'éduque. Mais le parcours est semé d'embuches : d'abord isolée de tous, celle qui deviendra Gertrude ne manifeste, à leur approche, que de l'hostilité et reste muette. Grâce à son ami Martins qui lui redonne courage, le pasteur arrive à passer outre cette attitude et, à la surprise générale, l'aveugle fait de rapide progrès et se révèle intelligente et attentive. 

"Le 5 mars. J'ai noté cette date comme une naissance. C'était moins un sourire qu'une transfiguration. Tout à coup, ses traits s'animèrent."

Fort de cette victoire, le pasteur (dont on ignore le nom) allonge les heures d'études pour découvrir en son élève, une personnalité qui s'éveille, pure et innocente, et qui ne demande qu'à être guidée.
Bientôt, les sujets deviennent de plus en plus complexes, les questions de plus en plus nombreuses. Gertrude pousse son tuteur à s'interroger à son tour sur le monde et sa conception de la religion ; amenant au final le lecteur lui-même à se remettre en question. 
Toujours, Gertrude demande la vérité :

"- Il ne faut pas chercher à m'en faire accroire, voyez-vous. D'abord parce que ça serait très lâche de chercher à tromper une aveugle... Et puis parce que ça ne prendrait pas, ajouta-t-elle en riant. Dites-moi, pasteur, vous n'êtes pas malheureux, n'est-ce pas ?

Je portai sa main à mes lèvres, comme pour lui faire sentir sans le lui avouer que partie de mon bonheur venait d'elle, tout en répondant :

- Non, Gertrude, non, je ne suis pas malheureux. Comment serais-je malheureux ?"

Mais bientôt, de nouveaux sentiments se réveillent, menaçant l'équilibre de leur relation ; et une question hante le pasteur : que se passera-t-il si Gertrude recouvre la vue ?

Je ne connaissais pas le style d'André Gide, et, ne pouvant le rapprocher d'aucun de de ses autres livres, il m'apparaît désormais épuré et fluide. La symphonie pastorale est un livre qui peut, selon les individus, bouleverser ou indifférer. Pour ma part, ce court roman a eu plus d'impact que je ne l'imaginais. Car, à travers ce récit simple et innocent, se dégage une morale que l'on connaît déjà ; mais présentée différemment. André Gide revisite le mythe de l'enfant sauvage, confronté à la civilisation, mais avec douceur et tendresse ; j'ai été très sensible à l'histoire. Même si quelques fois, elle est cousue de fil blanc, c'est un beau et touchant récit. Cette jeune fille innocente et éphémère, grâce à cette couverture, est pour moi représentée par les pures edelweiss.

Plaisir de lecture : 9/10