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"Au cœur d'un XVIe siècle hanté par les querelles religieuses et philosophiques, le nouveau thriller historique de Frédéric Lenoir nous entraîne des palais aux prisons de Venise, du mont Athos au bagne des corsaires d'Alger, de Jérusalem au ghetto de Chypre. Un grand roman d'amour et d'aventures où passion, mort, mystique chrétienne et soufie, astrologie et kabbale rythment la quête initiatique de Giovanni, le jeune paysan qui avait osé lever les yeux sur la fille des Doges."

"Le récit que Lenoir nourrissait intérieurement depuis quinze ans est probablement, à la manière des romans d'Hermann Hesse, une métaphore de son propre itinéraire spirituel et intellectuel. Plusieurs lecteurs ont déjà témoigné sur son site combien ils avaient été ébranlés. Un souffle tempétueux balaye ce roman, poussant le héros sur les sentiers accidentés de son destin. En tournant la dernière page, on est étourdi par la sagesse, l'intelligence, la science, la force, la piété même ! qui l'imprègnent, ces qualités que la tradition chrétienne compte parmi les sept dons que le Souffle de Dieu prodigue à ceux qu'Il inspire... Un roman humaniste et mystique, qui porte une espérance sans édulcorer le tragique de l'existence. (Astrid de Larminat - Le Figaro du 9 novembre 2006 )"

Qu'ajouter de plus à cette 4ième de couverture et à cet avis ! Tout est là. Je ne saurais mieux décrire cette force qui imprègne chaque page, ce noyau puissant au coeur du roman, que l'on retrouve dans certains grands livres poignants (je me souviens de Martin Eden, Gatsby le Magnifique ou même Autant en Emporte le Vent, même si ces romans sont dans un genre relativement different). On sent une puissance alimentant le récit, on sent ce héros mû par son destin, enchaîné à cet oracle qui lui a été fait, et qui brosse en quelques lignes sa destinée. Se pose la question du libre-arbitre, qui tracera des échappées à cette ligne droite de la destinée. 
Comme le balaie si vite et si bien la 4ième de couv, les aventures se succèdent à un rythme effréné (à la limite du trop, mais heureusement, juste à la limite, tout va bien !), et impossible de lâcher ce pavé (723 pages) une fois lue la première centaine. Rebondissement sur rebondissement, obstacles et détours, fuites, duels, hypocrisie, masques vénitiens, ruelles sombres et grands palais, magnifiques demeures et bagnes corsaires, ce roman est avant tout un grand - et beau - voyage. 
Chaque nouveau lieu est un endroit vierge où l'imagination sans bornes de l'auteur se déploit en vagues, créant ici un îlot de sagesse et de reclusion, là une villa d'abondances et d'amour, là une Venise balottée entre les intrigues des grandes familles flamboyantes. 

L'histoire de Giovanni, petit paysan calabrais, débute à un moment très précis. Les rouages se mettent en branle, la destinée entame sa longue et tumultueuse marche. Et cet instant particulier, est marqué par un visage, celui de la belle Elena Contarini, arrière-petite-fille du Doge de Venise, fille du Gouverneur de Chypre, issue d'une des plus grandes familles vénitiennes. Par un hasard foudroyant -mais est-ce bien le hasard ?- le navire de la belle fait escale sur les côtes du village de Giovanni, victime d'une attaque corsaire. Furtivement aperçue, la jeune princesse (encore adolescente) hante les rêves du héros (déjà...), qui se frotte alors à ce qui lui deviendra bien vite familier : l'aventure, le danger. Par un heureux concours de circonstances, Giovanni parvient à contempler le visage de celle qui lui a déjà ravi son cœur, et ce visage, alors endormi, se grave à jamais dans son esprit.

largeCe n'est pourtant que bien plus tard (quelques années) que le héros parviendra à nouveau à l'approcher. Entre temps, une autre péripétie lui permettra d'enrichir considérablement son âme par des études philosophiques, théologiques, astrologiques, et (très utile) l'apprentissage du maniement des armes.
Riche de ces connaissances, il s'aide alors de sa ruse pour parvenir à ses fins. Mais...malheureusement pour lui, heureusement pour nous, Elena ne sera qu'un tremplin qui le poussera vers des aventures encore nombreuses et palpitantes ! 
C'est peut-être ce que j'ai le plus apprécié dans ce thriller historique : ce que nous pensons être une aventure somme toute assez simple, se révèle bien plus ouvragée, et complexe, par les méandres des péripéties. La fin que l'on imagine très bien au début est bien loin de la réalité, et Elena, probablement un des fils conducteurs les plus solides, n'aura pas forcément la place parfaitement lisse de l'amoureuse transie présente sur chaque page. Un roman bien plus riche vous dis-je ;)

 

 

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Enfin, et je vous laisserai là dessus (je ne voudrais pas vous assommer de trop de détails !), il y a une vraie dimension intellectuelle, pédagogique, en filigrane derrière le récit mouvementé : l'Histoire tout d'abord, la Religion ensuite, la Philosophie enfin. La Postface révèle que l'auteur semble très bien connaître son sujet (Platon à 15 ans... l'astrologie comme passion parmi d'autres...). Bien sûr, tout ceci fait partie intégrante de la trame romancée et se fond parfaitement dans l'histoire ; il n'empêche que les enseignements sont nombreux, passionnants pour ma part, captivants, comme tout le reste du récit ! Beaucoup d'idées sont à méditer, certaines à approfondir pour ceux qui le souhaitent ! C'est en effet ce que l'on se disait, en discutant entre lecteurs convaincus de cette lecture (et transcendés !) : ces aventures nous apprennent finalement quelques idées, faits, ou questions philosophiques auxquels on peut être sensibles : je sais maintenant que j'aimerais beaucoup me plonger un peu plus en avant dans l'histoire italienne (notamment vénitienne, et florentine (cette dernière envie étant apparue au détour des conversations, car Florence n'entre pas dans les lieux déjà nombreux visités au cours des pages)), mais aussi (mais ceci est plus flou...) dans la Religion... domaine bien vaste et bien intimidant...!

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Pour clore cet avis (que je pensais écrire seulement en quelques lignes,... désolée pour les impatients !...), je dirais juste que j'ai été très sensible (aussi !) aux lieux, comme tout le monde je pense : les monastères des Météores, perchés sur les falaises vertigineuses, Alger (fabuleuses descriptions !), Venise bien sûr toujours cette magie propre à la ville, mais aussi au cours des voyages eux-mêmes, dans les Abruzzes par exemple... passionnant ! et délicieusement haletant... Lecture vite avalée, mais pourtant particulièrement savourée.

En espérant vous avoir convaincu(e)s !

 

sources des images : palais des doges (mes photos d'un vieux voyage étant introuvables...), image ci-contreles météores