SCIencextrA-soleil (glissé(e)s)La-delicatesseNathalie est une femme discrète, à la vie sans heurt. Douce mais sûre d'elle-même, elle ne ressent aucune nostalgie et l'avenir ne l'effraie nullement. Elle vit tranquillement et aime les histoires d'amours tristes. Va-t-elle en connaître une ? Quand, un jour, elle rencontre François dans la rue, adepte de puzzles, la vie se fait encore plus douce et le bonheur s'ouvre à elle. Leur rencontre, si simple qu'elle en est surréaliste, est invraisemblable mais inévitable. François, timide à l'ordinaire, a été subjugué par Nathalie et c'est tout naturellement qu'il vient la saluer sans même la connaître. Et c'est aussi avec beaucoup de naturel qu'il l'invite à prendre un verre. Dans quelque chose d'aussi anodin que le choix d'une boisson, l'avenir de ces deux personnes se joue :

"Il pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Oui, le thé, c'est incontestablement une ambiance de belle-famille. Alors quoi ? De l'alcool ? Non, ce n'est pas bien à cette heure-ci. On pourrait avoir peur d'une femme qui se met à boire comme ça, d'un coup. Même un verre de vin rouge ne passerait pas. François continuait d'attendre qu'elle choisisse ce qu'elle allait boire, et il poursuivait ainsi son analyse liquide de la première impression féminine. Que restait-il maintenant ? Le Coca-Cola, ou tout autre type de soda...non, pas possible, cela ne faisait pas du tout femme. Autant demander une paille aussi, tant qu'elle y était. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse… 
- Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie. Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité."

J'adore ce passage, car je trouve que l'on a un bon aperçu du ton de ce livre. Vous allez rire : j'ai toujours commandé un jus d'abricot au café... mais je n'ai jamais croisé François ! 

La simplicité de leur relation est si belle, si reposante, qu'on se dit qu'elle ne peut pas durer. Réflexion faite, pourquoi sommes-nous toujours aussi pessimistes ? Non, je réctifie : moi, je voulais qu'elle dure. 
Nathalie et François sont heureux. Le temps passe vite quand on l'est, pour toujours s'étirer quand on ne l'est pas. 
Et quand François la demande en mariage, elle dit oui. Ils organisent des voyages, vivent des instants uniques de bonheur. Mais leur plus grande force est de sublimer le présent, la vie quotidienne. Dans chaque jour, il reste quelque chose du premier jour. 
Tout le monde les envie de ce bonheur ; mais secrètement, ils se disent que ce n'est pas fait pour durer, et attendent le moment fatidique pour rassurer l'un ou l'autre.

"François passa près d'elle : "Tu lis quoi ?""

Cet après-midi-là, rien ne sera plus comme avant. François est parti faire son jogging -comme à son habitude. Nathalie est restée à lire -comme à son habitude. Et le téléphone sonne. Inhabituel. Tout est brisé, tout est perdu. Nathalie sombre. François a eu un accident et, dans le coma, mourra quelques jours plus tard. Un drame affreux qui précipitera Nathalie dans une longue et silencieuse dépression. Elle quitte quelques temps son travail, dans une entreprise suédoise. Chacun essaie de l'aider à surmonter cette épreuve ; mais par-dessus tout, la jeune femme veut rester seule. 

Quelques temps plus tard, plus ou moins rétablie, Nathalie reprend sa vie quotidienne, avec le sentiment d'avoir un grand vide. 
Beaucoup de choses vont changer. Nathalie va rencontrer Markus

J'ai beaucoup aimé ce roman. En voyant les nombreux avis sur ce livre (et un de plus !), je me suis dit pourquoi pas, une lecture facile pour les vacances. A vrai dire, je ne connaissais même pas l'auteur ! 
Et j'ai vraiment été surprise -je ne m'attendais pas du tout à cela. Car après Les yeux jaunes des crocodiles (ma critique a fait rire beaucoup de monde, on dirait !!), quel bonheur de trouver ce petit livre réjouissant et lumineux ! Les sentiments sont bons, les personnages délicats ou maladroits, l'histoire simple, drôle et parfois grave. Cela m'a fait beaucoup de bien de le lire et j'en garde un excellent souvenir.
Bien sûr, ce roman n'est pas un chef d'oeuvre a proprement parler, une oeuvre incontournable mais il dégage un quelque chose que j'adore. Une atmosphère douce et paisible. Bref, c'est un roman doudou. Le titre convient parfaitement au roman. A le dire, à le savourer, délicatesse m'a semblé un mot magnifique, plein de promesses.

A ceux qui cherchent un roman simple et doux, frais et lumineux, La délicatesse est fait pour vous ! 

Les avis de Theoma, Karine, Titine, Cryssilda, Hendiadyn,

Plaisir de lecture : 9/10