21 février 2012

Sauve-moi... de Musso...

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Attention, billet virulent.

Un soir d'hiver en plein coeur de Broadway, Juliette, jolie Française de vingt-huit ans, croise la route de Sam, un jeune pédiatre new-yorkais. Par crainte de le décevoir, elle lui cache qu'elle multiplie les petits boulots en nourrissant des rêves d'actrice. Par peur de s'attacher, il prétend qu'il est marié alors que sa femme vient de mourir. Malgré ce double mensonge, ils vont s'aimer le temps d'un week-end intense, magique, inoubliable. Mais Juliette doit retourner à Paris et Sam ne sait pas trouver les mots pour la garder à ses côtés. À peine l'avion de la jeune femme a-t-il décollé, qu'il explose en plein ciel. Pourtant, leur histoire est loin d'être terminée...

Quand on est en vacances, il y a le sentiment qui va avec : envie de détente, de "courant d'air" ; pas de prise de tête, de la simplicité. Voilà pourquoi c'est avec plaisir que je me suis intéressée aux livres de notre chalet suisse ; quelques titres m'ont interpellée, d'autres simplement intriguée. Les auteurs m'ont ensuite intéressée et j'ai flâné en passant mon doigt sur les tranches. Toujours guidée par le même sentiment, je me suis saisie d'un "Seras-tu là ?", m'asseyant nonchalament sur le bras du canapé. Le résumé ne m'a pas du tout captivée, mais le nom de l'auteur m'a fait repenser à toutes ses ventes, son succès. Alors pourquoi ne pas saisir cette occasion -seule, au milieu de la neige, avec un temps considérable devant soi- pour me plonger dans son univers ? J'avoue ne pas me souvenir d'avoir même regardé le titre du deuxième livre de l'auteur présent, mais de l'avoir ouvert avec simplicité, d'être partie en arrière sur le canapé (position suprême de la détente) et d'avoir lu les premières pages avec plaisir. 
Mais voilà. L'opération "courant d'air" s'est révélée par trop efficace. Une intrigue simple, des sentiments vrais, quelque chose de plaisant sans être inoubliable était mon objectif. Ce livre a dépassé mes espérances, pour s'écraser bien loin devant, dans le désert de mes craintes inavouées.

Je ne pense pas utile de mentionner le fait que l'écriture est tristement simple ; cependant, ce n'est pas la cause de ma déception, car je m'y attendais et, parfois (rarement) (exceptionnellement) une écriture simple et épurée peut en révéler bien plus et dégager un certain charme. Mais les phrases sujet-verbe sont quand même totalement dépourvues d'attrait. Même très simplement et avec peu de mots (je pense ici à La Délicatesse), les sentiments peuvent être subtilement livrés, avec pudeur et douceur. Tout cela grâce à la force de ces merveilleux petits soldats, les mots. Il ne faut quand même espérer nous faire vibrer avec des phrases stéréotypées et banales. Les reprises nominales, pour donner un exemple, ne doivent pas être le fort de M. Musso. Jongler entre Sam, le médecin et il pour le héros, et Juliette, la Française et elle pour l'héroïne n'est pas un numéro de haute-voltige mais m'a plutôt fait penser à un clown sur le déclin grattant la terre de mon désert encore et encore pour essayer en vain de découvrir de la profondeur. En vain.

A un moment, je n'ai juste... pas pu. C'est un fait assez rare que de s'arrêter après avoir lu les 3/4 du roman et dépassé la 300ème page ; réfléxion faite, ça ne m'était pas encore arrivé. Une première. Car ce roman à l'origine "pas prise de tête" s'est transformé en véritable tempête d'inconsistance. Déjà, j'ai trouvé l'alternance des vies de Juliette et de Sam particulièrement stéréotypée, mais c'est ce qui plait je crois. Donc passons. La rencontre est assez banale, mais agréable à lire. Première soirée, petit rebondissement final en vérité très prévisible. Mais j'attendais. Weekend entre nos deux amoureux, avec l'échéance fatale du retour de Juliette en France. Attention cliché. Bon, j'avoue avoir cru à l'accident, à la mort de notre pauvre petite amoureuse transie (je suis très fleur bleue parfois, alors leur histoire d'amour à l'eau de rose ne m'a pas trop choquée par ses étapes hautement prévisibles, mais c'est comme les parfums, quand on en met trop ça donne horriblement mal à la tête). Car si Juliette mourrait, cela aurait donné un tournant intéressant au roman, et j'avais presque hâte de découvrir comment l'auteur allait faire plâner l'image de la femme disparue tout du long dans l'esprit des autres personnages - car il ne faisait aucun doute que Juliette était au centre de tout. Alors quelle déception les pages tournées. Tout après, n'est qu'une suite de conversations, de descritions pauvres. Mon clown sur le déclin grattait alors la terre sèche avec désespoir. Mais l'eau n'est pas venue pour transformer cette poussière en terre meuble. Alors il a essayé de faire avec ce sol sablonneux, mais il s'est étouffé en retournant chaque grain de poussière et s'est brutalement effondré alors que la ligne d'arrivée éclairée aux néons était si proche et tellement lumineuse que la regarder aveuglait. 

Le "surnaturel" m'a vraiment profondément atterrée. Je l'ai vu venir, gros comme un éléphant à l'échelle nanométrique. Mais je ne voulais pas y croire, parce que trop c'est trop. et que je croyais un peu en l'auteur. Mais on n'a pu éviter le crash qui s'est effectué dans un total contrôle du pilote, parfaitement conscient de ses manoeuvres et guidant avec précision et détermination ses passagers vers la mort littéraire. En prime, on a même eu droit à un petit coktail de drogue-explosifs pour admirer la trajectoire marquée en rouge et la belle croix sanglante qui marquait le terme de notre descente vertigineuse. (je salue au passage la beauté incroyable de la dernière phrase, véritable apogée du roman dans un style recherché et, en connaissant toutes les précédentes tergiversations, magnifique par sa conclusion hautement philosophique. Pour ceux qui l'ont oubliée : « Avais-je le droit de prendre cette décision ? Je n’en sais fichtrement rien, mais qu’importe... ... après tout, le ciel peut attendre. » ceux qui n'ont pas eu le plaisir de se plonger dans ce roman, ne la lisez pas, tout le suspens savamment déployé serait sauvagement anéanti)

« - Attention !!! Juliette s’arrêta net. La voiture l’évita de justesse et, pour la première fois de sa vie, la jeune Française sentit le souffle de la mort rôder autour d’elle (…) Déjà, il avait bondi hors de la voiture, empoignant sa trousse médicale toujours à portée de main sur le siège passager. - Ça va ? Vous n’avez rien ? Je suis médecin, je peux vous examiner ou vous conduire à l’hôpital. - C’est bon, je n’ai rien, assura Juliette. Il lui prit le bras pour l’aider à se relever et, pour la première fois elle leva la tête vers lui. Une seconde plus tôt, elle n’existait pas et soudain, elle était là, devant lui. »

Alors, ceux qui ont aimé, vous aurez le plaisir de savoir que tous les autres livres valent encore plus le détour que celui-ci. Des heures de plaisir vous attendent. Quelque soit votre prochaine lecture, ce sera un chef d'oeuvre en comparaison.

Plaisir de lecture : variable, passé de 6,5/10 à 1/10

Posté par -Perrine- à 10:41 - - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires sur Sauve-moi... de Musso...

A te lire, je medis qu'il faut que je fasse l'effort d'en lire un, ne serait-ce que pour argumenter de façon vraiment personnelle devant mes élèves (certaines ne jurent que par Musso et Lévy, très bien pour elles, mais je souhaite vraiment qu'elles découvrent autre chose !!) Cette dernière phrase est effectivement un régal de platitude, d'invraisemblale (tu sens le souffle de la mort quand tu as un accident, toi ?) et de changement de point de vue d'une phrase à l'autre, très perturbant (c'est mon instinct de correctrice qui reprend le dessus) (personne ne peut les obliger à corriger ce genre de fautes chez leurs éditeurs ??)

Posté par Anne, 21 février 2012 à 10:53

Très drôle ! Je n'en ai jamais lu et je ne sais pas si je céderai à la tentation ! Mais je pense que c'est le lecteur qu'il faut "sauver" ici !

Posté par maggie, 21 février 2012 à 13:48

En tout cas, ton billet est hautement recommandable et argumenté.
Figure toi qu'après avoir lu La princesse de Clèves, des Balzac, tous les Rougon Macquart, la recherche du temps perdu trois fois (hum) et autres trucs sympa, j'ai craqué sur un Musso, histoire de dire "au moins je peux critiquer en connaissance de cause".
D'abord moi j'ai fait bonne pioche avec La fille de papier parce que l'histoire n'est vraiment pas mal trouvée, pour un lecteur adorant les livres, c'est accrocheur.Un personnage qui sort du roman pour titiller l'auteur en panne, pas mal, non?
Hélas ce fut assez vite une lecture en zig zag, pas d'écriture, pfffou. Sauf quelques moments de grâce, toi aussi en as repéré.
Conclusuin :: toi aussi peux dire "j'ai lu un Musso" , dis donc, on se fait un Levy en lecture commune? OK, je sors, je plaisantais, là!

Posté par keisha, 21 février 2012 à 14:21

je n'ai jamais lu musso, mais je l'ai mis dans le même sac que levy => à n'ouvrir sous aucun prétexte (j'ai lu un levy, pour voir et comme julesC, j'ai vu, merci)

hors sujet = jolie nouvelle bannière, très romantique (influence musso ? )

Posté par niki, 21 février 2012 à 14:26

@ Anne : Evite-toi cet effort, ça ne vaut pas le coup !! Quant à convaincre tes élèves... j'ai l'impression parfois que c'est peine perdue... une fois qu'on a plongé dans la simplicité... on ne comble pas facilement le gouffre
Je vois que tu adores l'extrait autant que moi Ah, le souffle de la mort... Le mieux c'est quand même "Je suis médecin, je peux vous examiner ou vous conduire à l'hôpital"

@ Maggie : J'ai bien aimé écrire ce billet, j'avais l'inspiration. Et j'avais tellement envie de casser cette image des livres de Musso... au moins sur mon blog !

@ Keisha : C'est sur qu'après tous les grands classiques, on ne parle plus de chute, mais de descente aux enfers... n'empêche celui-là je l'ai lu entre Le Lys dans la Vallée et Bleak House... mais ça ne l'excuse pas.
Oui, l'idée a l'air plutôt sympa, mais à chaque fois on est déçu...
Allez !!!!!! Levy en lecture commune je suis partante XD juste histoire de bien le critiquer après... ça sera à celle qui tient le plus longtemps ^^'

@ Niki : Noooooon ! Rien à voir avec Musso !!! Rah ! Non, c'est juste parce qu'on sent de plus en plus le printemps en ce moment... Donc je crois que tu as compris : ne reviens pas sur ta décision de ne jamais en ouvrir hein surtout Quoique d'un côté, comme dit Keisha, maintenant, on peut critiquer ouvertement...

Posté par -Perrine-, 21 février 2012 à 15:04

On m'en a offert un parmi mes cadeaux de Noël... Quelle horreur!

J'aime beaucoup le nouveau look du Hérisson!

Posté par Aline, 21 février 2012 à 17:39

Et en plus les couvertures sont de très mauvais goût (de mon point de vue) et c'est rédhibitoire chez moi ! Oui, c'est vrai, le médecin c'est le top du top Un Lévy en LC ??? noooon, Keisha, t'as avalé un clown ce matin ?

Posté par Anne, 21 février 2012 à 19:44

@ Aline : Quelle horreur sans rire... non j'y arrive pas !! Essaie de te vider la tête ce jour-là... XD

@ Anne : Vraiment de mauvais goût !! Et les titres ? Ca reflète bien les livres, non ? Seras-tu là, Et après, Sauve-moi... XD
Attention je suis médecin. Allongez vous par terre, je vais m'occuper de vous. Ou sont mes instruments ? Je suis médecin, attention...
Avaler un clown ? Expression ? J'adore Alors le Levy ne te tente pas ?

Posté par -Perrine-, 21 février 2012 à 20:07

Je suis incapable de lire Musso et j'ai essayé 2 Lévy et pareille! Je crois qu'on aime ou pas. Car ils sont très très populaire. Même que j'ai essayé avec un film tiré d'un roman de Lévy...rien à faire, je ne me suis pas rendue à la fin!! Il en faut pour tous les goûts!!!

Posté par Milly, 21 février 2012 à 22:17

Lévy a l'air de faire dans le surnaturel en plus, et ça, c'est rhédibitoire. Même ma mère, fan de daniele Steel et de romans du terroir, a lâché!

Posté par keisha, 22 février 2012 à 08:21

@ Milly : Oui, c'est vrai, il en faut pour tous les goûts... mais c'est tellement dommage que tant de gens se cantonnent à ses lectures alors que des trésors littéraires sommeillent...

@ Keisha : Je vois que notre LC Lévy tombe à l'eau ! Il y avait du surnaturel dans ce Musso-ci, une femme morte depuis 10 ans à qui "le ciel" avait confié la mission d'en ramener une autre qui aurait du mourir... comment ai-je fait pour tenir ?

Posté par -Perrine-, 22 février 2012 à 09:11

Ah ta critique est top ! Je fuyais déjà Musso... je vais m'arranger pour que nos chemins ne se croisent JAMAIS. Merci !!!

Posté par Une Comète, 23 février 2012 à 12:22

@ Béa : Merci Je me suis bien amusée à l'écrire Oui, je confirme, croiser son chemin n'apporte rien...

Posté par -Perrine-, 24 février 2012 à 09:03

Très drôle et très vrai ! Je deviens moi aussi allergique à Musso... !

Posté par FondantOchocolat, 24 février 2012 à 11:56

il est excellent ton billet!!! je crois que je l'ai lu mais j'ai tourné les pages très vite (ça mange à une allure!) et je ne me souviens de rien. Ce genre de lecture m'énerve parce que j'ai l'impression d'avoir passé un temps fou à... ne rien faire!

Posté par Violette, 24 février 2012 à 14:31

@ FondantOchocolat : Je le suis définitivement ! Pourtant, à ce moment-là, un roman "léger", m'aurait tout à fait comblée... mais là, il ne faut pas exagérer.

@ Violette : Merci Vers les 300p, j'ai lâché d'un seul coup, feuilletant vite fait la suite, mais en sachant pertinemment ce qui allait advenir... Tu as parfaitement raison, je suis ressortie avec la même impression : celle d'avoir perdu mon temps.

Posté par -Perrine-, 24 février 2012 à 16:49

Je ne me suis jamais risquée à lire Musso, hormis quelques pages en librairie qui m'ont suffi Et je t'ai taguée hehe

Posté par Lou, 26 février 2012 à 21:10

Je ne l'ai pas lu, celui-là. Ou du moins, je ne pense pas. Je ne les démêle pas, ces romans-là. J'ai été tellement découragée par le dernier que j'ai abandonné l'idée d'en lire d'autres!

Posté par Karine:), 29 février 2012 à 02:19

@ Lou : Quelques pages en librairie, ça me semble la meilleure manière d'apprécier ces romans ! Mais jamais plus loin... Je vais voir ton tag...

@ Karine : On les oublie vite, ces romans-là ! Il y a tellement de trésors littéraires qu'il vaut mieux ne pas trop gâcher son temps avec des livres pareils...

Posté par -Perrine-, 01 mars 2012 à 13:30

J'en ai lu un, j'ai été atterrée. C'était tellement vide que j'en aurais presque ri.

Posté par Sharon, 08 mars 2012 à 16:21

d'après un sondage effectué au moment de la foire (salon) du livre de bruxelles = nothomb, levy, musso = grands vainqueurs auprès des lectrices/lecteurs pour "facilité de lecture"
j'ai lu un levy, c'était si creux que je m'endormais

Posté par niki, 08 mars 2012 à 16:33

@ Nina : J'ai éclaté de rire à la fin... tellement c'était pathétique

@ Niki : Comme dit Milly, il en faut pour tous les goûts...

Posté par -Perrine-, 09 mars 2012 à 20:01
une bonne critique est une critique constructive

J'adore...
J'ai vraiment l'impression que Musso-Levy on a deux options: on aime soi ou on déteste...
je suis spécial car jai lu Musso ( La fille de Papier), jai aimé puis ai continué... jusqu'au dégout (monumentale erreure).
J'aimerais connaitre ton avis sur Les Errances Affectives.
J'ai aimé et suis en train de lire son second...
C'est une histoire à la fois simple et complexe qui m'a vrt touché.
Bonne lecture et continuation.

Posté par Olivier, 24 avril 2012 à 16:09

@ Olivier : Personnellement, j'ai une réaction différente : le début me plaît, comme tout roman léger me divertirait, puis la suite m'a parue tellement stéréotypée, tellement vide de toute profondeur, que même au trois quarts, je n'ai pu continuer, faute de temps à gâcher.
"Les Errances affectives" ? de Kamtchueng ? Je ne connais pas du tout, je garde le titre dans un coin de ma tête, les vacances permettront de me le faire découvrir.

Posté par -Perrine-, 08 mai 2012 à 08:50
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