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Attention, billet virulent.

Un soir d'hiver en plein coeur de Broadway, Juliette, jolie Française de vingt-huit ans, croise la route de Sam, un jeune pédiatre new-yorkais. Par crainte de le décevoir, elle lui cache qu'elle multiplie les petits boulots en nourrissant des rêves d'actrice. Par peur de s'attacher, il prétend qu'il est marié alors que sa femme vient de mourir. Malgré ce double mensonge, ils vont s'aimer le temps d'un week-end intense, magique, inoubliable. Mais Juliette doit retourner à Paris et Sam ne sait pas trouver les mots pour la garder à ses côtés. À peine l'avion de la jeune femme a-t-il décollé, qu'il explose en plein ciel. Pourtant, leur histoire est loin d'être terminée...

Quand on est en vacances, il y a le sentiment qui va avec : envie de détente, de "courant d'air" ; pas de prise de tête, de la simplicité. Voilà pourquoi c'est avec plaisir que je me suis intéressée aux livres de notre chalet suisse ; quelques titres m'ont interpellés, d'autres simplement intrigués. Les auteurs m'ont ensuite intéressés et j'ai flâné en passant mon doigt sur les tranches. Toujours guidée par le même sentiment, je me suis saisie d'un "Seras-tu là ?", m'asseyant nonchalament sur le bras du canapé. Le résumé ne m'a pas du tout captivée, mais le nom de l'auteur m'a fait repenser à toutes ses ventes, son succès. Alors pourquoi ne pas saisir cette occasion -seule, au milieu de la neige, avec un temps considérable devant soi- pour me plonger dans son univers ? J'avoue ne pas me souvenir d'avoir même regardé le titre du deuxième livre de l'auteur présent, mais de l'avoir ouvert avec simplicité, d'être partie en arrière sur le canapé (position suprême de la détente) et d'avoir lu les premières pages avec plaisir. 
Mais voilà. L'opération "courant d'air" s'est révélée par trop efficace. Une intrigue simple, des sentiments vrais, quelque chose de plaisant sans être inoubliable était mon objectif. Ce livre a dépassé mes espérances, pour s'écraser bien loin devant, dans le désert de mes craintes inavouées.

Je ne pense pas utile de mentionner le fait que l'écriture est tristement simple ; cependant, ce n'est pas la cause de ma déception, car je m'y attendais et, parfois (rarement) (exceptionnellement) une écriture simple et épurée peut en révéler bien plus et dégager un certain charme. Mais les phrases sujet-verbe sont quand même totalement dépourvues d'attrait. Même très simplement et avec peu de mots (je pense ici à La Délicatesse), les sentiments peuvent être subtilement livrés, avec pudeur et douceur. Tout cela grâce à la force de ces merveilleux petits soldats, les mots. Il ne faut quand même espérer nous faire vibrer avec des phrases stéréotypées et banales. Les reprises nominales, pour donner un exemple, ne doivent pas être le fort de M. Musso. Jongler entre Sam, le médecin et il pour le héros, et Juliette, la Française et elle pour l'héroïne n'est pas un numéro de haute-voltige mais m'a plutôt fait penser à un clown sur le déclin grattant la terre de mon désert encore et encore pour essayer en vain de découvrir de la profondeur. En vain.

A un moment, je n'ai juste... pas pu. C'est un fait assez rare que de s'arrêter après avoir lu les 3/4 du roman et dépassé la 300ème page ; réfléxion faite, ça ne m'était pas encore arrivé. Une première. Car ce roman à l'origine "pas prise de tête" s'est transformé en véritable tempête d'inconsistance. Déjà, j'ai trouvé l'alternance des vies de Juliette et de Sam particulièrement stéréotypée, mais c'est ce qui plait je crois. Donc passons. La rencontre est assez banale, mais agréable à lire. Première soirée, petit rebondissement final en vérité très prévisible. Mais j'attendais. Weekend entre nos deux amoureux, avec l'échéance fatale du retour de Juliette en France. Attention cliché. Bon, j'avoue avoir cru à l'accident, à la mort de notre pauvre petite amoureuse transie (je suis très fleur bleue parfois, alors leur histoire d'amour à l'eau de rose ne m'a pas trop choquée par ses étapes hautement prévisibles, mais c'est comme les parfums, quand on en met trop ça donne horriblement mal à la tête). Car si Juliette mourrait, cela aurait donné un tournant intéressant au roman, et j'avais presque hâte de découvrir comment l'auteur allait faire plâner l'image de la femme disparue tout du long dans l'esprit des autres personnages - car il ne faisait aucun doute que Juliette était au centre de tout. Alors quelle déception les pages tournées. Tout après, n'est qu'une suite de conversations, de descritions pauvres. Mon clown sur le déclin grattait alors la terre sèche avec désespoir. Mais l'eau n'est pas venue pour transformer cette poussière en terre meuble. Alors il a essayé de faire avec ce sol sablonneux, mais il s'est étouffé en retournant chaque grain de poussière et s'est brutalement effondré alors que la ligne d'arrivée éclairée aux néons était si proche et tellement lumineuse que la regarder aveuglait. 

Le "surnaturel" m'a vraiment profondément atterrée. Je l'ai vu venir, gros comme un éléphant à l'échelle nanométrique. Mais je ne voulais pas y croire, parce que trop c'est trop. et que je croyais un peu en l'auteur. Mais on n'a pu éviter le crash qui s'est effectué dans un total contrôle du pilote, parfaitement conscient de ses manoeuvres et guidant avec précision et détermination ses passagers vers la mort littéraire. En prime, on a même eu droit à un petit coktail de drogue-explosifs pour admirer la trajectoire marquée en rouge et la belle croix sanglante qui marquait le terme de notre descente vertigineuse. (je salue au passage la beauté incroyable de la dernière phrase, véritable apogée du roman dans un style recherché et, en connaissant toutes les précédentes tergiversations, magnifique par sa conclusion hautement philosophique. Pour ceux qui l'ont oubliée : « Avais-je le droit de prendre cette décision ? Je n’en sais fichtrement rien, mais qu’importe... ... après tout, le ciel peut attendre. » ceux qui n'ont pas eu le plaisir de se plonger dans ce roman, ne la lisez pas, tout le suspens savamment déployé serait sauvagement anéanti)

« - Attention !!! Juliette s’arrêta net. La voiture l’évita de justesse et, pour la première fois de sa vie, la jeune Française sentit le souffle de la mort rôder autour d’elle (…) Déjà, il avait bondi hors de la voiture, empoignant sa trousse médicale toujours à portée de main sur le siège passager. - Ça va ? Vous n’avez rien ? Je suis médecin, je peux vous examiner ou vous conduire à l’hôpital. - C’est bon, je n’ai rien, assura Juliette. Il lui prit le bras pour l’aider à se relever et, pour la première fois elle leva la tête vers lui. Une seconde plus tôt, elle n’existait pas et soudain, elle était là, devant lui. »

Alors, ceux qui ont aimé, vous aurez le plaisir de savoir que tous les autres livres valent encore plus le détour que celui-ci. Des heures de plaisir vous attendent. Quelque soit votre prochaine lecture, ce sera un chef d'oeuvre en comparaison.

Plaisir de lecture : variable, passé de 6,5/10 à 1/10