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1920. Dans une Barcelone troublante et gothique, le jeune David Martìn vit difficilement d'un emploi peu gratifiant à La Voz de la Industria, livré à lui même depuis la mort de son père, assassinat survenu quelques années plus tôt sous ses propres yeux. Son seul soutien résidant dans la personne de Pedro Vidal, riche et généreux personnage, qui planera dans tout le roman.

"Là où mes camarades voyaient de l'encre semée en chiures de mouche sur des pages incompréhensibles, je voyais de la lumière, des rues et des êtres humains. Les mots et le mystère de leur science cachée me fascinaient et m'apparaissaient comme une clef permettant d'ouvrir un monde infini, bien loin de cette maison, de ces rues et de ces jours opaques où, j'en avais déjà l'intuition, ne m'attendait qu'un avenir sans intérêt."

Quand enfin, à 17 ans, il quitte un travail de journaliste aux faits divers qu'il déteste pour se voir proposer la rédaction d'un feuilleton romanesque, David a la sensation de toucher enfin du dougt son rêve d'écrivain. Mais le véritable commencement de sa carrière et par là même de sa vie est marqué par cette mystérieuse enveloppe au seau d'ange déployé...Andrea Corelli, éditeur français, se dit impressionné par le travail de Martìn et laisse entendre une offre alléchante. Pourtant ce n'est que quelques années plus tard que les deux hommes se rencontreront et que Martìn acceptera la proposition de Corelli : écrire une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués.". Dès lors, une mécanique sourde et menaçante se met en marche ; et le ciel de Barcelone n'a jamais été aussi teinté de rouge et de "pénombres liquides" qu'à partir de ce moment là : investi de cette mission, Martìn s'installe assidument, dans sa maison de la tour, au pouvoir hypnotisant et sinistre...une maison à laquelle il n'a pas su résister, succombant dès que le peu d'argent rapporté par son feuilleton le lui a permis.
Autour de cette intrigue principale viendront se greffer de nombreux personnages, surtout féminins comme Cristina la fille du chauffeur de Vidal, et Isabella, jeune fille talentueuse et pleine d'admiration pour le héros. Des personnages que j'ai beaucoup appréciés, particulièrement Isabella, têtue mais adorable.
Barcelone, à mesure que les pages se tournent, devient de plus en plus vivante et les descriptions de plus en plus baroques, puis sanglantes, macabres...étouffantes.

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"C'était un temps où le sang et la violence devenaient le pain quotidien des rues de Barcelone. Jours de tracts et de bombes qui laissaient des corps déchiquetés, frémissants et fumants dans les rues de Raval, jours où des bandes aux visages barbouillés de noir rôdaient la nuit en répandant le sang, de processions de saints et de défilés de généraux qui puaient la mort et l'hypocrisie, de discours incendiaires où tout le monde mentait et où tout le monde avait raison. On respirait déjà dans l'air empoisonné la rage et la haine qui des années plus tard, devaient mener les uns et les autres à s'assassiner au nom de slogans grandioses et de chiffons de couleur. Le brouillard perpétuel des usines rampait sur la ville et noyait ses avenues pavées et sillonnées par les tramways et les voitures. La nuit appartenait aux lampadaires à gaz, à l'obscurité des ruelles rompues seulement par l'éclair des coups de feu et les traînées bleues de la poudre brûlée. C'était un temps où l'on grandissait vite et où, quand ils laissaient leur enfance derrière eux, beaucoup de gamins avaient déjà un regard de vieux."

largeAlors si bien sûr il s'agit somme toute d'une intrigue très prenante, même si j'ai eu l'impression qu'elle tardait à vraiment se déployer ; j'ai eu l'impression d'un "fouilli" dans les premières pages si bien que j'ai du mal à me remémorer exactement la chronologie des faits...et plusieurs fois je me suis demandé où l'auteur voulait en venir...mais il faut avouer que ce roman était juste parfait pour faire passer de longues heures de vol dans l'avion ! Aussi bien que dans la voiture....parfaite lecture d'été pour moi ! Mais à dire vrai j'ai eu bcp de mal à me laisser séduire par ce livre, et j'ai passé de nombreux jours sans avancer de plus de 10 pages...je n'arrivais pas à rentrer dans l'histoire car si le style est idéal pour dessiner un carde gothique à souhait, il me rappelait trop l'Ombre du vent dans ses descriptions et surtout dans ses personnages...heureusement cette lecture date un peu pour moi, mais je n'ai pas pu m'empêcher de reconnaître bcp de figures de style et certaines expressions (qui deviennent alors stéréotypées...)...une grosse impression de déjà lu à de très nombreuses reprises malheureusement. Un exemple parmi d'autres : l'auteur va jusqu'à reprendre le lieu emblématique de son précédent roman : le Cimetière des Livres Oubliés...même si je pense qu'il s'agit d'un fil rouge au travers de ses livres, ça sentait un peu le réchauffé. Comme les descriptions de Barcelone. Carlos Ruiz Zafon utilise même ses anciens personnages. Ce qui sauve le roman pour moi, ce sont les quelques points nouveaux : Isabella notamment, cette toute jeune fille qui a soif d'apprendre le métier d'écrivain et qui vient titiller notre héros très solitaire et retranché dans sa maison.

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"En l'écoutant parler, il me vint à l'idée qu'en cet instant la seule chose qui pourrait me donner quelque satisfaction serait de mettre le feu au monde entier et de flamber avec lui."

"Pas un jour ne s'écoulait sans que l'envie ne me vienne une bonne demi-douzaine de fois de l'étrangler. Lorsque je me réfugiais dans le bureau en quête de paix et de calme pour réfléchir, Isabella ne manquait jamais de faire son apparition quelques minutes plus tard, tout sourire, pour m'apporter une tasse de thé ou des petits gâteaux."

J'ai passé un bon moment de lecture, plus vers la fin puisque l'auteur sait ménager son suspens (mais pas son héros !!) ; ce roman m'aura rendu certaines heures interminables bcp plus supportables, mais (et c'est un gros mais...) j'ai trop souvent eu l'impression d'un copié collé...quant à la fin, je ne suis pas convaincue... comme certains passages dont je ne voyais pas l'utilité...
à lire quelques temps après le premier roman, ou pour découvrir l'auteur, sans passer par le premier tome...quoique je pense préférer l'Ombre du Vent réflexion faite. Sûrement grâce à la fraîcheur de la découverte. Tout en ne regrettant pas ma lecture, loin de là. Sentiment mitigé !

Les premières lignes :

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"Un écrivain n'oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d'argent ou quelques éloges en échange d'une histoire. Il n'oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu'il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.
Ce moment, je l'ai connu un jour lointain de décembre 1917. J'avais alors dix-sept ans et travaillais à La Voz de la Industria, un journal au bord de la faillite qui végétait dans une bâtisse caverneuse, jadis siège d'une fabrique d'acide sulfurique, dont les murs sécrétaient encore une vapeur corrosive qui rongeait le mobilier, les vêtements, les cerveaux et jusqu'à la semelle des souliers. Elle se dressait derrière la forêt d'anges et de croix du cimetière du Pueblo Nuevo et, de loin, sa silhouette se confondait avec celle des mausolées se découpant sur un horizon criblé de centaines de cheminées et d'usines qui faisaient régner sur Barcelone un perpétuel crépuscule écarlate et noir."

Traduction de l'image : "Savez-vous quel est l'avantage des coeurs brisés ? C'est qu'ils ne peuvent véritablement se briser qu'une fois. Les suivantes ne sont que des égratinures."

site du livre : http://www.lejeudelange.fr/ (sur l'ateur, le livre, extrait du livre)