imgresLa contrebasse est un petit livre de 92 pages, écrit bien gros, (donc très agréable !), et qui se lit d'une traite. 

Il met en scène un tuttiste contrebassiste d'orchestre. Le musicien nous fait ici l'éloge de son instrument, qu'il considère comme le plus indispensable de l'orchestre. En effet (toujours d'après lui), la contrebasse permet de porter les autres instruments, de les valoriser, de créer les plus belles atmosphères.

Cependant, au fil des pages, son avis se nuance, et petit à petit, il la juge encombrante, un "handicap", incapable de sortir une note juste, même au prix d'un effort colossal (pincer les doigts "à se faire saigner", maintenir sa position "à ne plus sentir son bras"). On découvre alors la raison de son choix, une raison familiale. 

Sa solitude est immense, pour cela on arrive à ressentir de la pitié pour ce musicien fonctionnaire dont la monotonie quotidienne devient navrante. Entré au Conservatoire, il apprend la technique s'en parvenir à ressentir son instrument. Il a maintenant intégré l'Orchestre National, où il a un poste stable ; en cela, il compare (subtilement) l'orchestre à la société : une hiérarchie bien définie, un rang à tenir. Cependant, comme il le fait remarquer, il ne peut changer de rang dans l'orchestre, et se voit condamné à conserver cette même place à vie. Il essaie de sublimer sa vie en recherchant quelques oeuvres pour contrebasse, qu'il trouve à "mourir de rire". Au final, il ne trouve rien de satisfaisant, et s'ennivre avec la bière (pour se "désaltérer") dans son apartement sans vie car sans bruits (insonorisé) où il coule ses journées à écouter des disques. 

J'ai la sensation de résumer un livre sur un alcoolo qui noit son chagrin en se passant en boucle des disques classiques. Mais ce n'est pas que ça ! Non, en fait, je vous assure, c'est un petit roman très drôle et facile à savourer !

La seule joie de sa triste existence se résume en la personne de la petite soprano de son orchestre, Sarah, dont il s'est entiché, disons plutôt violemment. Elle ne le connait pas, il ne la connait pas, mais sa voix a un pouvoir incroyable sur lui. Alors il rêve d'elle et imagine leur vie ensemble, sans vraiment dépasser le fantasme.

On rentre dans l'intimité du personnage, à travers un monologue au style simple, à l'image du musicien, agrémenté de didascalies. Peut-être essaie-t-il d'enrailler sa solitude en s'inventant des interlocuteurs (car il s'adresse bel et bien au lecteur). En tout cas, c'est très agréable à lire. L'auteur est bien documenté et agrémente son récit d'une foule de références, toujours justes. 

Quelques extraits :

"Plus on s’y connaît en musique, moins on est capable d’en dire quelque chose de valable."

"Une belle voix est intelligente par elle-même, même si la femme est idiote ; c'est ce qu'il y a d'affreux dans la musique."

"En un mot, la contrebasse est l'instrument à cordes le plus grave. Permettez, peut-être, que je vous montre... Un instant... 

Il reprend une gorgée de bière, se lève, prend son instrument, tend l'archet.

... d'ailleurs, ce qu'il y a de mieux dans ma basse, c'est l'archet."

"...la musique est le propre de l'homme. Par-delà la politique et l'histoire. Un élément constitutif de l'humanité universelle, une composante innée de l'âme humaine et de l'esprit humain. Et la musique existera toujours et partout, à l'est et à l'ouest, en Afrique du sud comme  en Scandinavie, au Brésil comme au goulag. Parce que la musique, justement, est métaphysique. Vous comprenez, mé-ta-phy-si-que, donc derrière ou au-delà de la simple existence physique, par-delà le temps et l'histoire et la politique, au-dessus de riches et pauvres, de vie et mort... La musique est... éternelle." (p46)

Karine en parle ici, Allie ici : c'est un livre très apprécié !

Plaisir de lecture : 8,5/10