imgres-1A la cour du roi Henri II, l'apparence est des plus importante : les faux-semblants, les prétendues maladies, et les intrigues amoureuses sont le quotidien de toute femme de l'époque.
Melle de Chartres va sur sa 16ème année et est enfin présentée à la cour ; le roman débute sur son premier jour d'apparition. Mais la jeune demoiselle ne tarde pas à se faire remarquer. Sa première rencontre se fait chez le joaillier en la personne de Mr de Clèves ; celui-ci tombe éperdumment amoureux de la jeune fille et n'a de cesse de la voir. Il n'est cependant pas le seul à succomber aux charmes de Melle de Chartres dont la beauté n'a d'égal que la douceur. Mais ce monde de magnificence et de galanterie peut se révèler particulièrement cruel et la vie de la jeune fille sera bouleversée par l'arrivée de Mr de Nemours, important personnage au charme bien connu.

A vrai dire, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans ce livre ; les 20 premières pages décrivent le monde à l'époque de Mme de Lafayette et j'avoue avoir trouvé le temps long tout en appréciant certains détails. Cette partie est cependant indispensable à la compréhension de l'histoire. On découvre une autre conception du monde, d'autres valeurs, préjugés et restriction. Les lois qui gouverne cette société sont rigides et tout écart est suivi sous peu de la décadence. Les "salons" sont très prisés mais le lecteur observe vite qu'il ne s'y passe rien qui vaille vraiment la peine d'être dit. Ces lieux regroupent tous les "potins" de la cour et chacun y va de son commentaire. Les versions, à l'origine erronées sont vite déformées et les conséquences en sont parfois désastreuses... c'est le monde des précieuses.
J'ai retrouvé quelques personnages qui commencent à m'être familiers et j'ai pu approfondir mes connaissances de cette époque cruelle mais captivante que j'avais entre-vu dans Marie Stuart (S.Zweig) et Rouge Brésil (J-C. Rufin).
Melle de Chartres avance dans ce monde sans apriori et presque sans crainte car naïve et sûre d'elle-même. Son arrivée à la cour produira le même effet qu'une onde sismique à notre époque : les hommes s'agitent, enamourés, les femmes s'interrogent et suspectent. La jeune demoiselle arrive à se faire une place de choix et devient la confidente de Marie Stuart la reine dauphine. 
Son mariage avec Mr de Clèves connaît des heures prospères et heureuses mais ce bonheur ne dure pas car il y a une ombre au tableau : l'amour de Mr de Clèves n'est pas réciproque. Et le coeur de Mme de Clèves ne tarde pas à s'enflammer pour un autre homme. Cette femme est pleine de bonté et hésite à s'en ouvrir à son mari ; car si elle le fait, la jalousie rongera le pauvre homme. A l'inverse, elle-même sera dévorée par la culpabilité et succombera à la tentation de l'adultère... Et les suspicions iront bon train. 

Le vocabulaire est très riche et la langue complexe et j'ai eu énormément de plaisir une fois plongée dans La princesse de Clèves. J'ai apprécié les références historiques, parfois trop nombreuses mais intéressantes. La passion dévorante de la Princesse de Clèves est terrible car irrépressible ; c'est pourquoi ce roman est une tragédie. 
Le destin de Mr de Clèves est tragique ; le pauvre homme est pathétique parce que amoureux, sincère, honnête, mais complètement aveuglé par son amour. Sa femme est torturée moralement par sa passion et par l'objet de celle-ci, Mr de Nemours ; il souhaite en effet la voir le plus possible et ne voit pas les conséquences de ces actes ; et la cour, sorte de monstre et personnage à part entière s'agite comme une houle.
Les péripéties sont ainsi nombreuses et la lectrice n'a pas le temps de s'ennuyer. Je ne sais pas si ce livre pourrait plaire et avoir le même effet sur le lecteur car c'est un "livre de fille", je pense. Reste à voir ce qui détermine ces "filles".
J'ai choisi cette édition car elle offre des explications très constructive sur le roman et l'époque ; je vous la conseille fortement.

Bref, un classique à découvrir à tout point de vue.

Plaisir de lecteur : 8.5/10 

Les avis de Karine

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