SCIencextrA-soleil (glissé(e)s)imgresLe Roi se meurt est une pièce de théâtre courte qui peut à la fois se révéler hilarante et sombre. On connaît Ionesco, maître du théâtre de l'absurde mais critique caché ; on le retrouve tout à fait dans cette pièce ! 

Le rideau s'ouvre sur le Garde, annonçant le Roi Bérenger Ier, suivi de Marguerite (la Première Epouse), de Marie (la Deuxième Epouse), de Juliette (la femme de ménage et l'infirmière) et du médecin. La situation est critique : le chauffage refuse de fonctionner, les murs du château se lézardent, le Royaume rétrécit, le soleil se rebelle. Marguerite, aidée du médecin, reste froide, distante et s'efforce de faire réagir le Roi. Marie, elle, pleure, tente de rassurer le Roi, mais condamnée par Marguerite de frivolité et d'inconscience, elle se tait et se soumet. La Raison, la conscience combat les Sentiments, le coeur. Le Roi, inconscient de tous ces dangers, reste confiant en son pouvoir. Mais voilà que Marguerite se décide à avouer au Roi sa mort prochaine. Le médecin-astrologue la confirme, c'est bien la fin.

Comme dans toutes les oeuvres de Ionesco, on se trouve dans un lieu inconnu avec des personnages nommés par leur prénom, toujours simples (Marguerite, Marie, Juliette) ou leur fonction (Le Roi, le médecin, le garde). Le dramaturge se focalise sur un cas particulier qui reste cependant anonyme ; mais on y voit tout de suite une critique visant tout le monde ; car le Roi, c'est chacun d'entre nous. Sa réaction est la nôtre face à une vérité scandaleuse.
Dans un premier temps, le Roi nie tout et refuse de voir l'évidence de sa mort prochaine. Mais bientôt, devant Marguerite et le médecin soulignant sa décrépitude et celle de son Royaume, il se révolte, mû par l'espoir d'une possible autre fin. Enfin, la révolte laisse place à la désillusion puis à la résignation
Une force supérieure -le destin- le dépasse et la lutte est vaine. Tout semble se liguer contre lui : la décrépitude du Royaume semble le fait des murs, du soleil, du chauffage, des frontières eux-mêmes. 

Ainsi, par un dialogue enlevé et loufoque, Ionesco traite d'un sujet dérangeant : le temps qui passe, la vieillesse et la fin inéluctable. 

Plaisir de lecture : 9/10