imgres2452546933_1Voici sûrement un des contes les plus connu dans le monde. La preuve : la dernière adaptation, très récente, par Tim Burton, fut un grand succès. J'ai toujours adoré cette petite fille blonde si innocente, qui se retrouve dans un monde si incroyablement absurde. Pour moi, il incarnait toute la candeur de l'enfance, véritable hymne à l'imagination. Mais... je ne l'avais jamais lu... les contes de Perrault ont été bien vite et bien tôt avalés (je garde toujours une image particulièrement terrifiante dans la tête à l'énonciation de l'adjectif caillé) mais Lewis Carroll était un mystère pour moi. Et pourtant, j'avais la nette impression de le connaître sur les bout des ongles ! Que nenni, il m'était totalement étranger. Je me rend compte aujourd'hui à quel point. 
C'est pourquoi je remercie Milly d'avoir eu cette bonne idée ; vous pouvez voir les avis des participantes à cette LC ici : AlineMilly, l'Ogresse de ParisMélodieNina

Déjà, la genèse du romanLe 4 juillet 1862, profitant d'un voyage dans un bateau à rames sur la Tamise(entre Oxford et Godstow), la petite Alice Liddell alors âgée de dix ans demande à Charles Dodgson de la distraire en lui racontant une histoire. Pendant que le révérend Robinson Duckworth se charge de ramer, Charles Dodgson s'exécute en racontant à l'enfant et ses deux sœurs également embarquées, Edith (huit ans) et Lorina (treize ans), l'histoire fantastique d'une petite fille justement appelée Alice après qu'elle fut tombée dans le terrier d'un lapin. Quand il eut fini, Alice Liddell lui demande s'il est possible qu'il couche l'histoire sur le papier, insistant encore et encore, ce qu'il fait finalement.
En novembre 1864, soit deux ans et demi après qu'Alice Liddell l'ait prié d'écrire le livre, il achève une version intitulée Alice's Adventures under Ground (Les Aventures d’Alice sous terre). Il l'offre à Alice Liddell comme cadeau pour le Noël de l'an 1864 et le fait lire à son ami et mentor George MacDonald ainsi qu'à ses enfants, qui apprécient le livre. Sur le conseil de son ami, Charles Dodgson décide de soumettre le livre pour publication. Il développe l'histoire en rajoutant entre autres les épisodes du Chat du Cheshire et de la tea-party, faisant passer le manuscrit de 18 000 à 35 000 mots. (source : Wikipédia)

Le livre connaît une suite, De l'autre côté du miroir, et souvent les adaptations cinématographiques naissent d'un mélange de ces deux contes. Mon édition ne contenant que Alice au pays des merveilles, je me suis cantonnée à cette lecture.
Vous pouvez consulter le joli poème qui ouvre le récit ici

Billet écrit au fil de la lecture... 

Première qualité de ce conte : l'écriture fluide, facile et entraînante de Lewis Carroll qui nous embarque malgré nous, accrochés à notre bouquin, dans ce fabuleux voyage : " pourtant, quand le Lapin s'avisa de tirer de son gousset une montre, de consulter cette montre, puis de se remettre à courir de plus belle, Alice se dressa d'un bond, car l'idée lui était tout à coup venue qu'elle n'avait jamais vu de lapin pourvu d'un gousset, ou d'une montre à tirer de celui-ci. Brûlant de curiosité, elle s'élança à travers champs à la poursuite de l'animal, et elle eut la chance de le voir s'engouffrer dans un large terrier qui s'ouvrait sous la haie. 
Un instant plus tard elle s'y enfonçait à son tour, sans du tout s'inquiéter de savoir comment elle en pourrait ressortir." Dès les premières pages, on sent que c'est un livre à savourer tout doucement au coin du feu ou allongé dans l'herbe. Lors d'un moment unique. Ou peut-être est-ce le-dit livre qui crée cet instant hors du temps.
Donc Alice tombe dans le terrier, sur cela, pas d'équivoque possible. Et encore, il est à dire que la description est évidemment infiniment plus riche et drôle : la chute est si longue que la fillette a tout le temps d'observer les étagères et leur contenu hétéroclites sur les parois du trou. Dans la salle aux portes, Alice trouve le flacon, jusque là pas de soucis ; mais encore, l'on nous offre mille détails : "Alice se hasarda à en goûter le contenu, et, l'ayant trouvé délicieux (il avait, en fait, un goût de tarte aux cerises, mêlé à des saveurs de crème à la vanille, d'ananas, de dinde braisée, de caramel et de rôties au beurre), elle eût tôt fait de l'avaler jusqu'à la dernière goutte." Mais après ? Mais après ? Après avoir rapetissée et grandi et rapetissée (nettement plus laborieux que dans l'adaptation), les aventures d'Alice commencent ! Et même avant de quitter la fameuse salle, car une souris lui contera ses propres aventures sur le rivage, devant l'immense mare formée par les pleurs de la graaande Alice.
La rencontre avec le Ver à Soie est complètement loufoque (type dialogue de sourd), et je suis sûre que ce n'est pas la pire. Je redoute le fameux chapitre 7 "Un thé chez les fous". Mais avant, après un détour par la maisonette du lapin blanc, la pauvre Alice qui ne sait plus où elle en est (changer de taille plus de 5 fois en dix minutes doit être assez éprouvant) fait la connaissance de la Duchesse et de son bébé brailleur. Il faut dire que lui jeter à la figure tout ce que l'on a à portée de la main n'est pas pour l'arrêter : "Tandis qu'elle essayait d'en trouver un
(sujet de conversation), la cuisinière retira du feu le chaudron de soupe et se mit aussitôt en devoir de lancer, en direction de la Duchesse et du bébé, tout ce qu'il lui tombait sous la main : d'abord le tisonnier, puis une volée de casseroles, de plats et d'assiettes. La Duchesse n'y prêta pas la moindre attention, même lorsque certains de ces ustensiles la frappèrent ; quant au Bébé, il hurlait déjà si fort auparavant qu'il était tout à fait impossible de savoir si les coups au but lui faisaient mal ou non." 
Puis, une brève rencontre avec le Chat du Cheshire
(qui plaît à beaucoup de monde -je me compte dedans), très souriant ("to grin like a Cheshire Cat"), donne le ton du livre : "Ici, tout le monde est fou. Je suis fou, vous êtes folle." Après un véritable dialogue de fou, la naïve Alice se dirige, selon les indications du matou, vers la maison du Lapin de Mars ("mad as a March hare", nous dit un autre proverbe anglais). Et la maison est vite reconnaissable : "Elle n'avait pas parcouru une bien longue distance lorsqu'elle arriva en vue de la maison du Lièvre de Mars ; elle pensa que ce devait être la maison qu'elle cherchait parce que les cheminées figuraient une paire d'oreilles et le toit était tapissé de fourrure." Ca promet.
Fameux chapitre 7. Déjanté à souhait. Hilarant, génial ! Mon passage préféré ! C'est tout à fait ce que j'imaginais, après avoir vu l'adaptation de TB. Je garde les images en tête, avec J.Depp comme chapelier ; ici cependant, nous avons un loir. La conversation commence sur la réponse d'Alice au Lièvre de Mars ("je dis ce que je pense" et "je pense ce que je dis" : est-ce la même chose ?) et chacun y va de sa réplique. S'ensuit une brève discussion sur l'emploi du beurre pour remonter une montre (quel imbécile ce lièvre : introduire le beurre avec un couteau à pain ! Il y aura des miettes dans le mécanisme ! Il faut vraiment être fou...). Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ? Telle est la question. Et le meilleur, c'est que personne ne connaît la réponse. Mad as a hatter, aucun doute là dessus. Mais l'explication de cette scène extravagante nous est vite donnée : ils essaient de fixer le Temps en affirmant que c'est toujours l'heure du thé. Mais Alice, qui s'entête à poser des questions rationnelles à propos de l'histoire du Loir, s'en va sans regrets devant tant d'insolence. Et c'est seulement à ce moment-là, à la 90°page qu'Alice franchit la porte de la salle aux portes menant au jardin enchanté. 
La partie de croquet de la Reine Rouge. Exactement aussi odieuse que dans l'adaptation de TB. "La Reine ne connaissait qu'une seule façon de résoudre toutes les difficultés, grandes ou petites : "Qu'on lui tranche la tête !" ordonna-t-elle, sans même se retourner". La partie de croquet, comme l'on pouvait s'en douter, est totalement folle, les flamants roses et les hérissons servant de matériel, les gardes contorsionnés servant d'arceaux. Après maintes exécutions, et une petite discussion avec la Duchesse moralisatrice, Alice est conduite vers la tortue "fantaisie" par la Reine. Récit loufoque interrompu régulièrement par les questions d'Alice, guère dans son élément. ""Vous n'avez sans doute pas beaucoup vécu sous la mer... ("Non, en effet", dit Alice)... et peut-être ne vous a-t-on jamais présentée à un homard... (Alice commençait de dire : "J'ai goûté une fois..." mais elle se reprit à temps et déclara : "Non, jamais")... aussi vous ne sauriez imaginer quelle ravissante danse est le Quadrille des Homards !". Une dance vraiment incroyable et très drôle, à vrai dire ! S'ensuivent pleins de jeux de mots sur les poissons, des comptines, jusqu'à ce qu'on annonce l'ouverture de l'audience. 
Je me souviens que le vol des tartes avait vaguement été effleuré dans l'adaptation récente, mais ici, il s'agit de deux chapitres entiers, très réussis !

Mais quelle différence ! Quelle différence ! A lire absolument, aucun doute ! :D
J'ai lu chez les autres participantes des avis plus partagés. C'est vrai, Alice au pays des merveilles ne suit auncune trame, et là les adaptations ont réussi un tour de force. Mais justement, ce fil conducteur absent va tout à fait dans la... logique (le mot n'est pas très approprié !) du texte. La folie, l'extravagance à l'état pur. Et j'ai adoré, tout bonnement. J'ai plongé avec Alice, j'ai trouvé ce monde complètement loufoque, certes, mais terriblement attachant. Les personnages y sont pour beaucoup : chacun a sa personnalité, son trait de caractère qui en fait un être unique. Les dialogues s'enchaînent, les aventures se poursuivent, sans queue ni tête.

Un conte très agréable à lire, qui nous replonge dans l'enfance. Mais attention ! je ne pense pas qu'il soit si simple que cela. Particulièrement mystérieux, il le restera toujours pour moi ; car qu'est-ce qui a poussé Lewis Carroll à écrire ce conte ? Y a-t-il une morale derrière chaque aventure ? Une critique ? Sont-elles les fruits d'une imagination débordantes, ou puisent-elles dans les souvenirs de l'auteur ? Les personnages sont-ils allégoriques ? et surtout, le pays des merveilles existe-t-il ? C'est un délice de ne pouvoir répondre à aucune de ces questions. La dernière surtout. 
L'on pourrait cependant dégager quelques grands thèmes (la quête de son identité, le temps qui passe, l'intolérance...), mais je préfère les laisser dans le flou, au milieu de toutes ces aventures rocambolesques ; car comme le dit Alice : "Peut-être n'y a-t-il aucune morale à en tirer."

Plaisir de lecture : coup de coeur

Alors quelles sont vos impressions de lecture ? Qui a littéralement plongé dans le terrier du lapin et a du mal à en ressortir ? Qu'aimez-vous dans ce conte (lu ou pas) ? Qu'est-ce qui vous déplait ? Avez-vous vu l'adaptation de Time Burton ? Aimeriez-vous aller dans ce pays merveilleux ? Comment trouvez-vous les personnages ? Vous êtes-vous indentifié à Alice ?
Tribune ouverte, comme pour Northanger Abbey du mois de novembre ; ne vous gênez pas, donnez votre avis !!

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