imgresEt je continue sur ma lancée ! Il va bientôt falloir que je crée un challenge littérature française classique ! Bref, revoilà un livre typique du lycée ; tout aussi bien. Mais ce n'est pas parce qu'on a plus de 18 ans qu'on ne peut plus se plonger dedans !
Le sujet est tout simple : Conversation entre A et B à propos du voyage de Bougainville. 
Mais évidemment, comme vous vous en doutez, c'est bien une réflexion philosophique et une critique acerbe de la société de l'époque. Quoi ! encore ?? Eh oui, encore. Mais je ne m'en lasse pas ! Car le style de Diderot comme celui de Voltaire est délectable ; piquant, ironique, voire carrément drôle, on ne s'ennuie pas. Alors lancez-vous ! Les textes sont très modernes et agréables à lire ; en tout cas, tel est mon avis. 
Ainsi, dans ce petit livre de moins de 70 pages sont exposées nombre de choses très intéressantes. Toute la société est remise en question par le voyage qu'entreprend Bougainville en 1766. B est en train de lire Le voyage de Bougainville quand A l'interroge sur l'auteur et l'oeuvre. B lui expose alors le sujet du livre et lui narre quelques péripéties.
Otaïti (aujourd'hui Tahiti) est une contrée totalement isolée de l'Europe et qui n'a pas connaissance des moeurs de nos ancêtres.  Alors imaginez leur surprise quand on leur narre les coutumes européennes ! Quelle surprise, quel étonnement ! 
Tout le monde connaît le discours du vieillard au départ des voyageurs ; des paroles justes et méritées par lesquelles le sage exhorte les Otaïtiens à poursuivre selon leur mode de vie. Car les maladies apportées et les mots susurrés à l'oreille des habitants les font rougir à la pratiques de leurs coutumes. 
Mais Orou saura éclairer l'aumônier aux moeurs de l'île tout en les justifiant du droit naturel ; et l'on peut se demander ce que vaut l'une par rapport à l'autre. L'aumônier, à titre d'exemple, ne sera pas long à fléchir quand cette faveur demandée répond à son plaisir.
Ainsi ces "sauvages" savent-ils défendre leurs opinions et ne pas se laisser corrompre. Par les mots, un ton véhément et une critique acerbe, ils renvoient une image guère flatteuse de ces occidentaux.
A la fin, l'auteur poursuit le dialogue entre A et B ; ceux-ci commentent les aventures et comparent les civilisations. Sur cette partie, il faut être attentif, et même s'arrêter quelques fois sur un passage pour mieux l'assimiler. Car le langage y est soutenu et les idées complexes, toutes intéressantes et développées. L'homme naturel doit-il rester inférieur à l'homme artificiel ? L'être humain doit-il laisser libre cours à ses passions ? Doit-il se marginaliser ou s'assujettir à la menaçante machine qu'est la société ? Les deux amis sont en tout cas d'accord pour se plier aux règles de leur monde tant qu'elles ne seront pas réformées ; car celui qui enfreint une règle autorise par là un autre à en enfreindre une, qu'elle soit bonne ou mauvaise...

Le sous-titre du livre, Dialogue entre A et B sur l'inconvénient d'attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n'en comportent pas, nous éclaire sur les intentions de Diderot, déjà guère déguisées.
Diderot, philosophe des Lumières était très avancé sur son temps ; ce récit, faisant figure de conte philosophique, n'est pas sans rappeler d'autres textes de cette période. Par un dialogue dynamique et des péripéties enlevées, Diderot nous interroge encore aujourd'hui. 

Plaisir de lecture : 10/10