imgresVoici donc le chef d'oeuvre de Voltaire. J'ai déjà découvert quelques petites nouvelles de cet auteur, mais Candide reste incontestablement mon préféré. Bon, bien sûr, c'est un livre extrêmement intéressant à étudier, je pourrais vous analyser des passages, expliquer pourquoi cet extrait constitue-t-il une "critique acerbe de la société", mais, voilà, je voudrais sortir du scolaire pour vous expliquer en quoi ce roman fut AGREABLE à lire, un vrai plaisir. Parce que dans nos esprits, cet adjectif n'est pas forcément attribué à Voltaire. Donc pourquoi ai-je aimé ?

Le roman débute ainsi :

"Il y avait en Westphalie, dans le château de monsieur le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon..."

Le début typique d'un conte, même s'il s'agit ici d'un conte philosophique. Les aventures du héros Candide sont très nombreuses, parfois lassantes pour certains, mais à aucun moment je ne me suis ennuyée. Tout est évidemment caricaturé, critiqué, ironique et va dans l'excès ; mais c'est justement ça qui fait le charme de ce livre.

Comment ne pas sourire à l'énonciation de tous ces noms alambiqués ? Que ce soit Thunder-ten-tronckh, Cunégonde ou même Candide, cela prête au rire. Mais surtout comment ne pas avoir pitié de ce personnage si naïf, si maladroit que ce Candide ? 

Au début, sa vie est paisible, tout va bien dans le meilleur des mondes. Il aime, il est aimé. Mais voilà que sa belle Cunégonde, en se promenant dans la forêt est la spectatrice d'une scène des plus étranges :

"Un jour Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme mademoiselle Cunégonde avait beaucoup de disposition pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne."

Bon. On ne peut que s'interroger sur ces expériences ^^' ! Mais voilà que le "drame" arrive, et c'est bien malgré lui que Candide fut chassé "du château à grands coups de pied dans le derrière."

Et Candide, promené de royaumes en royaumes, de pays en pays, fait des rencontres bien étranges et se met dans des situations tout aussi absurdes mais toujours animé par sa foi en l'Optimisme !

"Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes ; aussi avons-nous des lunettes . Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées et pour en faire des châteaux ; aussi monseigneur a un très-beau château : le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année. Par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise : il fallait dire que tout est au mieux." (Pangloss)

Et ce meilleur des mondes ne se révèle pas très satisfaisant... on y tue (des personnes qui revient cinq chapitres plus tard), on y viole, on y méprise, on y déprime. On philosophe sur des choses absurdes. On y est absurde. 

Il n'y a que l'Eldorado qui pourrait en être qualifié. La boue et la terre de cette contrée sont formées d'or et de pierres précieuses. Le respect, la tolérance y règnent. Mais tout parêt trop idyllique, impossible. Bien entendu, Candide quitte vite ce monde en apparence parfait pour retrouver sa chère Europe et ses massacres.

Finalement, on en arrive à la conclusion qu'il faut cultiver son jardin. Extérieur ou Intérieur ? Et surtout travailler, pour ne pas mourir d'ennui. Car c'est bien toutes ces aventures exténuantes et désagréables en apparence qui occupe l'Homme.

Et une dernière citation, délicieuse :

"quand j’ai vu qu’il doutait de tout, j’ai conclu que j’en savais autant que lui, et que je n’avais besoin de personne pour être ignorant."