Désolée pour le retard, coupure d'internet + maintenances de canalblog m'ont empéchée de publier hier...  

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J'aime les circonstances de lecture. Oui c'est un peu pathétique je vous l'accorde, mais des fois, on fatigue, on veut juste un peu de divertissement, et en sachant parfaitement que le livre chroniqué ne figurera jamais dans sa PAL, on s'intéresse à l'anecdote qui explique le pourquoi du comment. LA circonstance de lecture : drôle, farfelue, délirante à souhait, c'est alors un plaisir à lire. On veut jute sourire. Passer un bon moment sans se creuser la tête à se demander si le thème du roman pourrait nous convenir, ou est ce qu'on pourrait dénicher le roman etc.  
L'histoire de Pi
est un roman à circonstance de lecture. Pour moi. Le 3 août 2007 (merci précision de l'étiquette XD), je suis en panne de lecture. Notez l'incongruité de la situation. Cette dangereuse et rarissime maladie pour toute blogueuse qui se respecte, m'a brutalement touchée de la manière la plus vile qui soit. Plus de livres à lire. J'ai 11 ans à l'époque et déjà une inavouable dépendance à la lecture. Heureusement je suis dans un endroit civilisé qui possède une caverne aux trésors : aéroport. Tabac presse alléluia. Frénétiquement, mais en même temps calmement
et heureuse comme tout d'avoir une raison en béton pour succomber à l'achat, je me mets en quête. Je renifle. Je fouille. À 11 ans on est un petit animal sauvage en recherche de sensations. Toujours sur le qui vive. J'aiiiime la couverture. Aïe. Profonde futilité de la jeunesse. Petit coup d'oeil à la 4ème de couverture. Qui n'indique absolument rien. Tant pis. J'aime la couverture. Non avouez quand même. Tellement...bleue. Pure, simple, irrésistiblement attirante. Encore aujourd'hui je lui voue un culte caché. Ni une ni deux, L'histoire de Pi finit dans mes mains, et l'avion décolle, avec à son bord, une petite fille qui voit tout son monde se réduire à un rectangle de papier épais. Ouiiiii lire. Tout simplement. Bonheur de s'immerger dans l'histoire. Et en parlant d'eau. Eh bien...voilà. Y'a quasi pas de dialogue. N'oubliez pas mon âge à l'époque. Je suis encore à un an de répit avant de commencer ma frénésie classique, à 365 jours d'entamer Mme Bovary et de dire bonjour aux descriptions de trente pages. Mais pas encore le 3 août  2007. Alors je tourne les pages. Sans vraiment lire. Je hape quelques mots au passage, je continue. Sans espoir. Alors je lâche. Tout simplement. Légère culpabilité quand même, mais vraiment, je n'arrive pas à être captivée. Mais le roman reste bien en vue dans ma bibliothèque. Je me promets un jour de le lire.  Même si je ne l'aimerai pas, je le lirai. Sorte de défi personnel
Au challenge de Sharon, Animaux du Monde, je l'avais inscrit. Histoire de me dire que comme ça, j'étais obligée de l'ouvrir. Je l'ai sorti de ma bibli.
À la lecture commune proposée par Karine, je m'inscris vite. Maintenant ce n'est plus qu'une question de jours. Le 22 août donc. Et je l'ai lu. Même en avance.

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Et ça a marché. La magie à opérée, j'ai vraiment adoré, un beau coup de cœur. Des histoires incluant la nature à un tel degré, dans lequel la survie devient le thème central, je n'en avais lu qu'un: Indian Creek de Pete Fromm. En film, j'avais vu Into the Wild. Ces deux la ne m'avait vraiment pas laissée indifférente, et je dois dire que ce thème me trouble profondement et provoque chez moi des sensations étranges : je vis dans le roman à tel point de presque ressentir les douleurs du héros, je me prends a mettre ma propre vie en perspective, a comparer les styles de vie si opposés...tant de disparités dans un seul monde, vraiment, je trouve ça déroutant, à la limite de l'entendement... Alors le récit de Pi ne pouvait que me toucher avec une intensité rare, puisque la partie centrale se déroule en pleine mer, sur un bateau de sauvetage. Il suffisait que j'atteigne le bon age pour enfin etre transportée.
La narration, l'enchaînement des événements, la façon qu'il a d'aborder ces épreuves si dures les unes après les autres, tout m'a vraiment enchanté. Le ton est frais, jeune, doux, malgré ce qui est rapporté. La première partie nous ancre donc dans l'ambiance, et des les premières pages j'ai senti que j'allais être happée par ce roman d'aventure. Aujourd'hui j'ai du mal à comprendre pourquoi je n'avais pas accroché quand je l'avais acheté. Car il reste relativement abordable et véritablement passionnant. Ou peut être ai je tellement changée en cinq années que je suis maintenant plus tentée par ce genre de récits...je l'ignore, mais je suis passée par les deux seules réactions, finalement, qui découlent de cette lecture : "ce livre est bien mais vraiment les occasions sont nombreuses ou la tentation est forte d'abandonner", et "ce livre est véritablement passionnant, tout y est juste et fluide"

L'histoire de Pi à proprement parler, n'est pas plus douce ou plus tendre. Presque au contraire. Car le héros de Pete Fromm comme celui d'Into the Wild avaient le choix de leur destin. Pi y est contraint de la pire manière qui soit : le cargo qui devait le mener lui et sa famille au Canada coule, et Pi, seul survivant de ce drame, se retrouve alors seul sur un canot de sauvetage, à la merci de l'océan Pacifique. Déjà bouleversé par ce déménagement brusque, mais porté par sa curiosité, Pi va vite déchanter.

Le roman se découpe en trois parties bien distinctes, absolument pas proportionnelles. La PREMIERE n'étant pas la plus impressionnante, on ne lui consacre que très peu de lignes dans les résumés. C'est pourtant un morceau non négligeable du roman, et parfaitement indispensable pour comprendre la suite. Il s'agit du quotidien du héros, en Inde. On y apprend bon nombre de choses sur la religion et la zoologie, les deux passions de Pi. Son père, directeur de zoo, lui a appris beaucoup, notamment à ne jamais au grand jamais s'approcher d'un tigre. Une démonstration de leur férocité marquera l'enfant. Les deux centres d'intérêt de Pi sont particulièrement intéressants, quoique très éloignés,  j'ai adoré sa vision neuve des choses, sa façon candide et pourtant si vrai il me semble de la vie. 

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On pourrait parler de ce roman de bien de façons différentes, car plusieurs styles et registres se chevauchent. Tragique, comique, épique, doux, tendre, joyeux, innocent, clair, mélancolique, noir, dépressif, plein d'espoir, religieux, critique, analytique. Cette diversité est magique, géniale, savoureuse. Tout est conté de façon à alterner ces registres, ce qui en fait une histoire très plaisante ; en tout cas elle l'aura été pour moi. 
Le récit de "survie" est bien plus long, couvant la majeur partie du roman. Répétitive et déplaisante alors ? Ça aurait pu être possible, c'était le danger. L'auteur a parfaitement relève le défi d'un "huit clos" sur 200 pages. Je pense que l'agencement en est pour beaucoup : des souvenirs rapportés certes, s'apparentant presque à un journal de bord de temps en temps, mais structurés par des événements plus marquants, qui les font rebondir et leur donnent une certaine dynamique, un élan particulier et salutaire. C'est pourquoi je ne me suis pas ennuyée une seule minute en compagnie de Pi. À vrai dire, j'ai te totalement emportéepar le récit, au 

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point de parfois me sentir mal dans ses moments difficiles. Le fait de passer 227 jours dans un canot de sauvetage avec un tigre adulte du Bengale de 2 kg est assez original. La relation entre notre petit indien et cette grosse bête est joliment décrite, ses étapes successives  rapportées avec minutie. "C'est Richard Parker qui m'a résséréné. C'est l'ironie de cette histoire que celui qui au départ me donnait une peur bleue fut celui-là même qui m'amena la paix, la détermination, et je dirais même la plénitude d'exister." Le savoir de Pi lui est grandement utile et son habilité, comme son intelligence et sa capacité d'adaptation sont remarquables. Mais alors, quand même, on pourrait douter de la véracité de ces propos. Car oui, on nous revendique cette histoire comme véridique. Le prologue dans lequel l'auteur nous présente sa circonstance de lecture (elle est savoureuse ;D) et la troisième et dernière partie tendent à nous faire douter. Tellement invraisemblable, cette histoire, mais tellement belle ! Tellement forte, tellement intense et pure, revigorante pour le lecteur, bouleversante, lecture prenante et sensible, que personnellement j'ai choisi d'y croire. Et vous ? ;)

Extraits de critiques :
Un «art de la fiction» exemplaire, qui consiste dans le cas présent à raconter une histoire dans ses moindres détails et à lui insuffler la vie.
Christian Desmeules, Le Devoir

Life of Pi est un livre formidable : frais, original, intelligent, habile et bourré de fascinantes connaissances.
Margaret Atwood, The Sunday Times (Londres)

Life of Pi est une véritable aventure : brutale, tendre, expressive, dramatique et, de façon désarmante, drôle.
San Francisco Chronicle

Life of Pi pourrait renouveler votre foi dans l’habileté des romanciers à insuffler, dans le scénario le plus extravagant, une vie plausible.
The New York Times Review of Books

Si ce siècle doit produire un classique de la littérature de survie, Martel est sûrement un candidat.
The Nation

Peut-être que Life of Pi ne vous fera pas croire en Dieu, mais il vous fera croire en la littérature.
The San Diego Union Tribune 

Prix littéraires : 

Prix littéraires

  • The Man Booker Prize 2002
  • Sélection pour la Personnalité de La Presse 2003
  • Prix QSPELL (traduction) 2004
  • Prix Hugh MacLennan 2002
  • Prix Grand Public du Salon du livre de Montréal 2003

457 pages

Plaisir de lecture : 9,5/10

A noter que ce roman va bientôt être adapté au cinéma (16 décembre 2012), sous le nom de l'Odyssée de Pi, réalisé par Ang Lee...

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Les avis, bien plus mitigés, de Karine et GeishaNellie.

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