DANBROWN_Inferno_creepy

Je ne sais pas vous, mais moi je ne suis pas une férue de films. Le soir, quand on se propose d'en voir un, soit je fais un truc en même temps, soit je m'en vais, mais rester sans bouger deux heures devant l'écran, je n'y arrive pas. C'est insoluble. Depuis quelques mois seulement, une drôle de maladie. Une envie de bouger, une impression de perdre mon temps. Et pourtant, heureusement, il y a quelques exceptions. Déjà le cinéma. Étrangement, le cadre arrive à faire que je ne m'enfuis pas à toutes jambes, même s'il m'arrive régulièrement de penser à plein de choses en même temps que de regarder le film. Et puis il y a ces films, doux, comme Le Goût de la Vie, ou ceux un peu chasse au trésor, comme Benjamin Gates ou Da Vinci Code, qui arrivent à me transporter l'espace de quelques heures pour m'emmener loin. Les films inspirés des romans de Dan Brown font donc directement partie de cette petite catégorie. Même si Anges et Démons paraissait un peu répétitifs dans ses scènes, j'avais bien aimé. Et Da Vinci Code est très souvent sorti de sa jaquette.
Et un anniversaire a fait que le dernier Dan Brown, Inferno, s'est retrouvé dans la maison. Et un coup de chance a fait qu'il s'est retrouvé tout seul le malheureux, après avoir été dévoré par le destinataire du cadeau, posé nonchalamment sur une vieille valise de voyage, objet deco, qui lui allait à ravir ! et qui se trouve devant ma chambre. Grave erreur que cet endroit ! Déjà que bon nombre de livres se retrouvent mystérieusement dans mon antre, alors en plus s'ils se rapprochent et demandent à entrer, on va pas leur refuser l'accès non ? 

Sitôt vu, sitôt pris ! Dire que je venais d'achever Le Prince des Marées...et que je me disais justement qu'une lecture polar, suspens, rapide, s'imposait... Le Mankell qui venait d'être selectionné a été reposé (et va être repris maintenant, j'avais peur je dois avouer de le lire avant Inferno, de peur que ce dernier ne soutienne pas la comparaison...), et kidnappé ce bestseller grand format !!

On retrouve encore le Professeur Robert Langdon, attachant personnage par son originalité : pas homme d'action pour deux sous, féru d'histoire, d'art, de lettres, il ne peut s'empêcher d'admirer les merveilles de notre patrimoine mondial en pleine course poursuite ou au cours d'une recherche terriblement pressante. Lui qui a déjà eu sa part de fanatique dans ses deux dernières aventures, il n'est pas au bout de ses surprises. 
Quand il se retrouve à Florence, émergeant péniblement d'une sorte de coma, victime d'une balle, il ne se rappelle de rien, si ce n'est traverser le campus d'Harvard pour donner un cours, vêtu de sa veste préférée Harris Tweed, et de sa chère montre Mickey. La première se verra renfermer un objet singulier, premier indice vers une vision de l'Enfer qui ne fera que se rapprocher ; la seconde, clin d'œil l'exhortant à ne pas prendre constamment la vie au sérieux, aura mystérieusement disparue. Elle a d'ailleurs bien fait car la journée à venir ne sera pas un fleuve tranquille !

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La population mondiale est en passe d'atteindre les 8 milliards d'individus. Sa croissance exponentielle est affolante, et ses conséquences dramatiques. Comme le remarque Sienna :
J’ai fait un peu de biologie, poursuivit-elle. Et il est très courant qu’une espèce s’éteigne simplement parce qu’elle est trop nombreuse pour un environnement donné. Imaginez une colonie d’algues de surface, vivant dans une mare au milieu d’une forêt, profitant de l’équilibre miraculeux des nutriments que lui offre le bassin. Mais sans système de régulation, elles se développent tellement qu’elles finissent par recouvrir toute la mare, occultent les rayons du soleil et empêchent ainsi le développement des nutriments dans l’eau. Après avoir pompé toutes les ressources de leur environnement, les algues meurent rapidement et disparaissent sans laisser de traces. C’est le même sort qui attend l’humanité, soupira-t-elle. Et cela arrivera bien plus vite qu’on ne le pense.

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Il s'agirait donc de trouver un moyen de réguler cette augmentation incontrôlée. Et c'est un problème incroyablement d'actualité et particulièrement sérieux. Une des raisons qui m'ont poussée à lire ce roman, car c'est aussi une question qui me préoccupe... Notre illuminé a donc trouvé la solution sous la forme d'une belle pandémie prête à livrer, tout ceci dans un plan machiavélique qui se met en branle après son suicide (aucuns spoilers).
Et là il y a un truc qui manque. Quel rapport avec Langdon ? La médecine n'est pas son dada, et ses compétences dans ce domaine sont proches du zéro. Voici la clef : il s'agit d'un illuminé passionné de Dante Alighieri (site étayé ici), et chaque indice puise dans son œuvre magistrale La Divine Comédie, séparée en trois parties : l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Ça fourmille donc de références, d'histoire, d'art... et les occasions ne manqueront à Langdon d'illustrer son savoir ! 
Justement, les voyages se succèdent, offrant un cadre magnifique, grandiose, paré de miroitements, d'édifices qui nous subjuguent : Florence, Venise, autant de cités chargées d'Histoire, d'une histoire merveilleuse et dorée, poignante, sanglante, si lourde, qu'elle s'accroche à chaque pierre et donne à tous ces monuments une grandeur incomparable.

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Un des premiers visages que Robert verra le suivra dans ce périple et s'avérera d'une compagnie agréable : Sienna Brooks, jeune femme aux multiples recoins sombres, fragilisée par de dures épreuves qu'une intelligence hors norme précipitera, devient une alliée précieuse dans monde où rien ne semble digne de confiance : en effet le Professeur en symbologie ne peut même plus se fier à sa célèbre mémoire ! Et le lecteur demeure également dans le brouillard...
Qui est cette femme aux cheveux argents qui apparait dans les rêves de Robert et le pressant à "chercher et trouver" ? 
Qui est cette Ombre qui plane dès le Prologue et se dit bienfaiteur de l'humanité, détenteur d'une arme redoutable ? 
Qui est ce Président à bord d'un bateau bunker, semblant posséder des moyens illimités pour protéger ses clients richissimes et les rendre invisibles ? 
Et surtout à qui se fier ?
Tout semble terriblement compliqué...

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A vrai dire, au début, je n'y ai pas cru, j'ai mis un certain temps à m'habituer au style très simple, presque inconsistant, du roman. En fait, soyons clair, pour moi cela s'apparente plus à un script pour un prochain film qu'un roman à part entière. Ce récit est écrit pour être un film, c'est limpide. Et j'irai le voir assurément. C'est pourquoi beaucoup de figures de style étaient stéréotypées, des descriptions très simples, seuls les dialogues étaient étayés, comme les références historiques. 
Autre point, ce sont justement ces explications. Bien des fois, elles débordent de l'objet d'intérêt, et souvent une simple phrase du type Ce n'est pas ce qui intéressait Langdon ici, nous ramenait à l'essentiel. Rétrospectivement, cela a servi à poser un cadre fourni, et ces données étaient bien souvent passionnantes, alors ce petit détail (certains pencheraient pour un véritable point noir, l'auteur déblatérante des connaissances un peu pompeusement) est resté pour moi mineur, voire charmeur, atypique et intéressant. Après tout, notre héros ne fait que succomber à ses passions, en laissant trainer son regard...et c'est vrai que dans des lieux pareils, parfois, nos yeux sont irrémédiablement attirés par toutes ces merveilles...
Mais l'action reprend bien vite le pas, les recherches sont assidues, il faut faire vite et la journée est effrénée, comme la lecture. Si au début, cela semble assez plat et trainer en longueur, tout est fait pour se méprendre, se prendre une belle claque, et repartir en courant !! La fin m'a beaucoup plue, j'appréhendais car le sujet n'est pas facile à clore...et même si on ne sait plus trop quoi penser, Dan Brown a, pour moi, relevé le défi.

Complots, intrigues, fin du monde, tous ces éléments, bien menés, sont présents, pour notre plus grand plaisir :) 

"Les endroits les plus sombres de l'enfer sont réservés aux indécis qui restent neutres en temps de crise morale."