nothombUn livre très spécial ; c'est du Nothomb, me direz vous. Ca n'empêche. C'est un roman dérangeant. Car le personnage principal est un beau misogyne cynique, exécrable et obèse. Voici Prétextat Tach. Impressionnant comme nom, vous ne trouvez pas ? M.Tach est donc un écrivain célèbre, prix nobel de littérature. A quatre-vingt-trois ans, il n'a plu que deux mois à vivre et s'enorgueillit de sa mort, par un cancer très rare. Alors, voilà, tout s'agite dans la ruche : les journalistes veulent L'interview exclusive. La pauvre masse qu'est notre écrivain ne sort plus de chez lui, à part pour acheter de la nourriture. C'est un être impotent reclu qui considère son époque (1992) comme la pire de toutes celles qu'il a traversé. Sauf la femme de ménage et l'infirmière qui le lave, c'est son secrétaire M. Gravelin qui s'occupe de tout. L'obèse se dit donc "trahi" par ce dernier lorsqu'il voit entrer le premier journaliste. Il y en aura cinq. Les quatre premiers fuieront, épouvantés mais la cinquième, Nina, aura raison de cet être informe et saura lui arracher ses secrets. 

Les Amélie Nothomb sont très dangereux : si vous préparez des examens, ne la lisez surtout pas ! Ou alors vous passerez une belle nuit blanche juste avant votre exam... Couché tard, levé tôt, tel est le rythme que m'impose cet écrivain ! Tous les romans que j'ai lu d'elle (Métaphysique des tubes (le meilleur selon moi), Stupeur et tremblements, ni d'ève ni d'adam) étaient géniaux ; celui-ci l'est aussi. Amélie Nothomb a le don de vous captiver, évidemment quand ça vous intéresse un tant soit peu. 

Hygiène de l'assassin est un livre difficile car cruel. Le vieillard ne nous épargne rien, tant son régime alimentaire (vous connaissez quelqu'un qui mange des tripes froides rissolées dans de la graisse d'oie à son petit déjeuner ?) que son "art" (il en très fier). C'est un personnage détraqué plein de sophismes ! Incroyable ! J'ai failli en avaler quelques uns... 

Mais surtout, il prend un malin plaisir à torturer les journalistes. Il les pousse à bout, pour les renvoyer après. Les quatre premiers occupent le tiers du roman mais j'ai quand même beaucoup aimé. Le tas de graisse me faisait penser à une araignée qui attendait sur un coin de sa toile pour pièger ses victimes ! Si vous lisiez les inepties qui nous sert... c'est parfois hilarant, parfois terrible... Mais les journalistes ne lui épargnent rien, jusqu'à lui poser des questions indiscrètes ; la réaction de l'impotent est donc parfois justifiée, mais rarement.

Ainsi, les quatre premiers se font pièger, parfois bêtement, parfois sans raison aucune. Tous succombent, mais le plus drôle est leur rencontre à la fin de l'interview dans le café d'en face. Le magnétoscope enregistrait toute l'interview et les critiques vont bon train ! La réputation de Prétextat Tach n'en ressort que grandie.

La dernière, Nina, a une personnalité bien trempée ! Elle arrive à, disons "comprendre" l'esprit tordu de l'écrivain, et en profite pour le torturer. Le bourreau devient victime ! En fait, il vaut mieux lire cette dernière partie d'une traite pour en garder l'intensité. C'est un dialogue très enlevé, incisif, qui tient le lecteur en haleine. Il n'y a que peu de descriptions, tout est sous forme de dialogue ; ce qui donne une impression de rapidité, de spontanéité et de répartie. 

Le vieillard impotent est persuadé que sa réussite est dûe au faite que personne ne le lit. Personne ne se rend compte de la "nocivité" de ses livres. Notre masse de graisse est d'autant plus interloquée lorsque Nina lui soutient qu'elle a lu ses vingt-deux romans. Les pensées, les sentiments, les émotions, les actions, tout est bouleversé à la lecture de ce petit livre (180 pages), à la fois pour les protagonistes que pour les lecteurs-spectateurs ! 

Mais ces dialogues sont très froids, dénués de toute humanité, presque, cyniques au possible. C'est souvent drôle et dérisoire, mais quelques fois, c'est vraiment terrifiant et très cru.

Plaisir de lecture : 8,5/10