"Je préfère vivre en optimiste et me tromper, que vivre en pessimiste et toujours avoir raison." Anonyme. (exergue)

75868422_pJe commence ce billet sous un ciel incertain : dans mon jardin, jetant quelques coups d'oeil à l'azur voilé, scrutant les nuages noirs avec une supplication muette, je laisse vagabonder mon esprit dans l'histoire qui vient de s'ouvrir à moi, et qui par bien des aspects, semble aussi incertaine que la réalité au-dessus de ma tête. L'Allemand sauvé par Igor vient de retrouver la mémoire à l'issue d'une partie d'échecs. Cette phrase ne doit pas éveiller grand chose chez vous, car il ne s'agit que d'un événement en apparence mineur d'un roman, ou plutôt devrais-je dire d'un pavé que je viens d'entamer. Mais j'ai la sensation que non seulement cette petite péripétie se révélera capitale, mais que tout ce récit sera un véritable bonheur, un bonbon bariolé d'espoir que l'on laisse fondre doucement dans la bouche, religieusement. Car pour l'instant, jusqu'à la page 204, c'est un vrai plaisir de lecture, qui me rappelle quelque peu Nous étions les Mulvaney (J.C.Oates) : une famille, peut-être à l'origine déjà éclatée, fissurée mais recollée à la hâte, et qui se démantèle donc sans grande surprise et sans drame. Le narrateur, le plus jeune comme Judd dans le roman de JCO, Michel Marini, vit cependant beaucoup plus que le héros précédemment cité : les souvenirs ne sont pour son présent rapporté qu'une base solide qui lui permet d'avancer avec sureté. Sur fond de Guerre d'Algérie et de Guerre Froide (la première partie se déroule d'octobre 1959 à décembre de 1960), il traverse l'adolescence non sans heurts ; mais c'est 75868456vraiment l'OPTIMISME qui est ici privilégié, d'une manière très douce et délicate, un peu à la manière de la fleur de corail dans le presse-papier de Winston (1984, G.O. Objet symbolique d'une beauté extérieure à ce monde totalitaire et qui (mais peut-être ne vaut-il mieux ne pas trop y songer) finira éclatée contre le mur de la chambre-asile des héros, théâtre de leur arrestation). L'optimisme, une denrée rare à cultiver, au plus profond de son être. Déjà, à juste un peu plus du quart du roman, je sens cette beauté intérieure des individus, si rare, et si joliment décrite. Et je sais déjà que Le Club des Incorrigibles Optimistes mérite amplement son prix. Tout y est fluide, doux, juste, beau ; mais sans la "cargaison" de beaux sentiments lourdement décrits et administrés comme un sédatif puissant. Non, ce roman est beau, dans le sens premier. Les contours sont arrondis, peaufinés, l'ensemble forme une belle sphère douce et pourtant voilée, comme une pierre de lune, habitée par un quelque chose qu'il nous tarde de percer. 
Je me refuse à penser que la coulée noire qui s'avance dans le ciel présage quoi que soit de mauvais dans le roman, et je garde espoir, même si je sais que dans cinq minutes la pluie s'abattra, et que Franck part pour
l'Algérie, abandonnant famille (avec qui il a déjà entrepris de couper les ponts) et amis (dont Cécile, qui désespérée...) ; car en parallèle, on profite de la belle relation d'Igor avec Victor puis Werner, de la découverte du café, et déjà les prémices d'un club ; et ce club est fondé sur des sentiments, non des nationalités, des métiers, un rejet particulier, ou quoique ce soit. Les parties d'échecs s'enchaînent sous l'oeil attentif des membres, majoritairement apatrides et originellement de l'Est. Kessel et Sartre le fréquentant également, cela promet de belles choses.
Voici la pluie, comme promis.
75868518Page 252. Cela semble quelques fois trop facile : la rencontre entre Igor et Kessel, la discussion entre Michel et son père, ce dernier rassurant son fils sur son avenir alors qu'il vient d'apprendre qu'il a toujours triché en math...est-ce dû à l'époque, aux relations bien différentes de maintenant ? En tout cas, tout va bien dans le meilleur des mondes, à savoir que le monde est ici la toile formée par les sentiments de chaque personnage, une toile immense, les retenant tous au-dessus du gouffre ; rares sont les visions de cette réalité qui rôde : la demande incessante de papiers, les difficultés rencontrées par Tibor, nouveau personnage dans cette deuxième partie (janvier-décembre 1961). Le club s'étoffe, de même que cette toile s'épaissit. Si tout le monde vivait ainsi et adoptait la même vision des choses, je ne sais à quoi ressemblerait notre société, et même si cela semblerait agréable en apparence, je pense que cet idylle ne peut se développer que sur une société "malade" ; si tout était rose, après tout, la seule façon d'en échapper serait de broyer du noir. Merci donc à ce monde pessimiste qui permet de pareilles aventures heureuses, si elles n'ont jamais existé ? Cette idée est d'ailleurs exprimée un peu plus loin avec la tragique construction du mur de Berlin :

"Le 13 aout 1961 au matin le ciel, s'écroula sur leurs têtes et ils se reveillèrent avec une gueule de bois qui allait les plomber plusieurs années. Dans la nuit, les autorités de la République démocratique allemande avaient fermé 69 des 88 points de passage entre les zones soviétique et occidentale, construisant dans la nuit un premier mur de barbelés et de briques qui fut étendu sur 155 kilomètres autour de Berlin et 112 autres entre les deux Allemagnes, murant les fenêtres et les portes des maisons situées sur la ligne d'un mur de 3,60 mètres de haut, s'enfonçant à 2,10 mètres de profondeur, lesté de 96 miradors, 302 tours de contrôles, 20 bunkers et 359 unités avec des chiens de garde. Ce qui les déroutait le plus, ce n'était pas la brutalité et l'ignominie de la méthode, ni ses justifications idéologiques, le procédé dicatorial, le mépris des humains, les vies brisées, non, ça ils connaissaient. Ce qui les bouleversait, c'était leur erreur d'analyse, leur aveuglement collectif, de ne pas avoir compris, d'avoir voulu garder la conviction que le système pouvait s'améliorer. Il n'y a rien de pire pour un marxiste que de ne pas comprendre le matérialisme historique. Il n'y avait plus aucun espoir de retour possible. Ce mur, c'était comme une nouvelle prison dans laquelle on les enfermait. Ils étaient semblables au détenu qui attend sa libération imminente et à qui on annonce une prolongation de peine à perpétuité.
- Pour nos familles, c'est fini, dit Vladimir, effondré.
- Cette fois, on est coupés pour toujours. On ne reverra plus le pays, murmura Igor.
- On est des cons. On ne changera jamais, renchérit Imré.
 Comme d'habitude, que ce soit une bonne ou une mauvaise nouvelle, ils saluèrent cet événement avec des bouteilles de clairette de Die.
- Tant qu'on peut boire, profitons-en pendant qu'on est vivant, enchaîna Leonid.
- Je lève mon verre, dit Werner qui ne faisait pourtant pas dans le lyrisme, à tous ces salauds qui nous rendent si sympathiques. (...)
Dans les semaines qui suivirent, on vit apparaître au Club plusieurs Allemands paumés. Les francophones s'installèrent à Paris. Les anglophones subirent une punition supplémentaires en émigrant à Londres. Nikita Khrouchtchev fut désigné comme membre d'honneur à vie du Club pour sa contribution permanente au développement de celui-ci." (p287 à 289)

Le style est simple, l'histoire fluide, et un irrésistible attrait se dégage de ce roman ; on le pose, pendant plus ou moins longtemps, mais toujours avec la certitude que lorsqu'on le reprendra, ce sera avec plaisir. Un bonbon !

La lecture constitue une part importante et savoureuse de ce roman ; comment, en tant que lectrice pseudo compulsive, ne pas tout de suite s'identifier au personnage, happé lui aussi dans ces univers passionnants, comment ne pas être sensible à ses petites mésaventures liées à cet amour des livres, comment ne pas rire à leur évocation, sourire aux allusions, partager le quotidien du héros, toujours allégé d'une pointe d'humour qu'apporte cette boulimie ? 
Au début du roman, un passage marquant : 

tumblr_m4v5ptpl751rsyf54o1_500_large"J’avais horreur de perdre mon temps. La seule chose qui me paraissait utile, c’était de lire. Chez nous, personne ne lisait vraiment. Ma mère mettait une année à lire le Livre de l’année, ce qui lui permettait d’en parler et de passer pour une grande lectrice. Mon père ne lisait pas et s’en vantait.
Franck avait des livres politiques dans sa chambre. Grand-père Philippe n’avait d’estime que pour Paul Bourget dont il avait adoré les romans dans sa jeunesse.
- On dira ce qu’on voudra, la littérature, avant-guerre, c’était autre chose.
Il achetait des livres de collection dans les boutiques de la rue de l’Odéon. Il ne les lisait pas et se faisait une bibliothèque. Moi, j’étais un lecteur compulsif. Ça compensait le reste de la famille. Le matin, quand j’allumais la lumière, j’attrapais mon livre et il ne me quittait plus. Ça énervait ma mère de me voir le nez fourré dans un bouquin.
- Tu n’as rien d’autre à faire ?
Elle ne supportait pas de me parler et que je ne l’écoute pas. A plusieurs reprises, elle m’avait arraché le livre des mains pour m’obliger à lui répondre. Elle avait renoncé à m’appeler pour le dîner et avait trouvé une solution efficace. Depuis la cuisine, elle coupait l’électricité dans ma chambre. J’étais obligé de les rejoindre. Je lisais à table, ce qui horripilait mon père. Je lisais en marchant. Il me fallait quinze minutes pour aller au lycée. C’était un quart d’heure de lecture qui s’étirait en une demi-heure ou plus. J’intégrais ce supplément et partais plus tôt. J’arrivais souvent en retard et me ramassais des colles à la pelle pour trois retards sans motif valable. J’avais renoncé à expliquer aux abrutis censés nous éduquer que ces retards étaient justifiés et inévitables. Mon ange gardien me protégeait et me dirigeait. Je ne me suis jamais cogné à un poteau, ni fait écraser par une voiture en traversant les rues, le nez plongé dans mon bouquin.
J’ai évité les merdes de chien qui maculaient les trottoirs parisiens. Je n’entendais rien. Je ne voyais rien. J’avançais au radar et atteignais le bahut sain et sauf. Pendant la plupart des cours, je poursuivais ma lecture, le livre calé sur mes cuisses. Aucun professeur ne m’a attrapé. J’arrivais en retard quand quelques pages passionnantes m’immobilisaient sur le trottoir durant un temps indéterminé. Le pire, c’étaient les passages cloutés. J’y manquais plusieurs fois mon tour et, souvent, un klaxon me rappelait à la réalité.
J’ai fini par classer les écrivains en deux catégories : ceux qui vous laissaient arriver à temps et ceux qui vous mettaient en retard. Les auteurs russes m’ont valu une ribambelle de colles. Quand il commençait à pleuvoir, je me rangeais sous un porche pour poursuivre tranquille. La période Tolstoï a été un mois noir. La bataille de Borodino a entraîné trois heures de colle. Quand, quelques jours plus tard, j’ai expliqué à l’appariteur, un pion thésard, que mon retard était dû au suicide d’Anna Karénine, il a cru que je me foutais de lui. J’ai aggravé mon cas en avouant que je n’avais pas compris pourquoi elle se suicidait. J’avais été obligé de revenir en arrière par peur d’en avoir manqué la raison. Il m’a collé pour deux jeudis : un pour cet énième retard, l’autre parce que c’était une emmerdeuse qui ne méritait pas autant d’attention. Je ne lui en ai pas voulu. Ça m’a permis de venir à bout de Madame Bovary."

"Il y a des livres qu'il devrait être interdit de lire trop tôt. On passe à côté ou à travers. Et des films aussi. On devrait mettre dessus une étiquette : Ne pas voir ou ne pas lire avant d'avoir vécu." (p229)

"Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l'irrationnel. Avant d'avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C'est l'alchimie invisible des signes tracés sur une feuille qui s'impriment dans notre cerveau."

tumblr_lsre9xcITN1qdq19to1_500_large29965150En ce moment, bac de français oblige, je me plonge dans des essais empruntés à la médiathèque (notre bibliothèque), tous permettant une certaine ouverture sur le monde, nous offrant plus particulièrement une autre vision de la littérature. Ainsi dans La littérature en péril de Tzvetan Todorov, un court essai vraiment foisonnant, la place de la littérature dans notre quotidien est étudiée à la loupe, amplifiée même par quelques exemples vraiment extrêmes mais très touchants. Ces "paroles qui aident à mieux vivre" montrent à tous, un jour où l'autre, leur pouvoir : "La littérature peut beaucoup. Elle peut nous tendre la main quand nous sommes profondément déprimés, nous conduire vers les autres êtres humains autour de nous, nous faire mieux comprendre le monde et nous aider à vivre. Ce n’est pas qu’elle soit, avant tout, une technique de soins de l’âme ; toutefois, révélation du monde, elle peut aussi, chemin faisant, transformer 29974782chacun de nous de l’intérieur."  L'auteur tumblr_m55vbfQOXA1rsm53yo1_500_largemet aussi le doigt sur le caractère didactique de la littérature ; loin de nous enseigner comment manier la métonymie ou la synecdoque, il nous en apprend beaucoup sur l'Homme, sur son comportement, son caractère, les différentes réactions de chacun confronté à un drame ou au contraire à une joie ; en tant que lectrices, nous avons déjà intégré cette idée, et combien de fois n'avons-nous pas été transportées à tel point que le héros ou l'héroïne semblait prendre vie sous nos yeux ? Se faire des amis de papier, appréhender des situations réelles en lisant, se rendre compte de certaines réalités quotidiennes dans un roman qui n'est pourtant pas toujours réaliste ? "L’objet de la littérature étant la condition humaine même, celui qui la lit et la comprend deviendra, non un spécialiste en analyse littéraire, mais un connaisseur de l’être humain. Quelle meilleure introduction tumblr_lyfib7dXtE1ro8hwjo1_500_largeà la compréhension des conduites et des passions humaines qu’une immersion dans l’oeuvre grands écrivains qui s’emploient à cette tâche depuis des millénaires ? Et, du coup : quelle meilleure préparation à toutes les professions fondées sur les rapports humains ? […] Avoir comme professeurs Shakespeare, Sophocle, Dostoïevski et Proust, n’est-ce pas profiter d’un enseignement exceptionnel ? Et voit-on pas qu’un futur médecin, pour exercer son métier, aurait plus à apprendre de ces mêmes professeurs que des concours mathématiques qui déterminent aujourd’hui sa destinée ?" La méthode d'apprentissage du français aujourd'hui illustre bien la société : une conception étriquée, coupée du monde, coupée du milieu dans lequel elle puise et elle apporte ; une conception qui se concentre sur les détails pour effacer toute vision globalisante, préférant l'étude de la personnification ou de la parataxte plutôt que l'influence ou les conviction de Dostoïevski à l'écriture des Frères Karamazov. On doit ainsi revenir à la fonction première de la littérature ; est-ce la même que la poésie, c'est à dire le Beau comme unique objectif, comme aboutissement ? Je ne pense pas ; la littérature est plus pour moi un tout, qui englobe aussi bien la vision d'une société, ses désillusions comme ses attentes (on en a une belle image dans Confessions d'un enfant du siècle), que les pensées d'un individu en particulier (quelque fois confronté à plusieurs espaces temps, il est alors intéressant de connaître ses idées, coupé qu'il est de l'époque dans laquelle il évolue (Le Voyageur Imprudent de Barjavel en est un exemple)) ; la littérature est vraiment un pendant de la réalité, et loin de nous éloigner du monde réel, elle le complète voire le sublime. C'est en tout cas ma vision des choses, quand je tente d'expliciter ce que m'ont apporté mes lectures.  
La lecture est mise à l'honneur dans ce roman de la façon la plus explicite qui soit il est vrai, mais l'on peut aussi s'interroger en prenant du recul : je me demande ainsi ce que ce roman m'enseigne, ce qu'il me révèle : déjà sur le plan historique, il est toujours passionnant de recueillir des témoignages (fictifs bien entendu) et donc de voir sous quel degré elle a touché ; sur le plan relationnel, comment des vies brisées peuvent se reconstruire au contact d'autres vies morcelées ; le besoin vital de l'Autre, qui finalement nous est indispensable. C'est alors que l'on se rend compte de la stupidité d'une pensée aussi banale que "je peux me débrouiller seul, je n'ai besoin de personne, je suis parfaitement indépendant et je me suffis" ; nous sommes donc un tout, à la fois formés des autres, mais de la société qui déteint sur chacun de nous, à travers les modes, les courants de pensées, les préjugés, les ressentis etc, formés aussi de notre expérience au contact de la vie, de nos relations qui semblent avoir le même effet sur nous que ces pendules à la position toujours si précaires, seulement appuyés sur leur centre de gravité et se balançant dans le vide, donnant l'impression de voler. L'Individu est donc un tout. Quelles autres pensées ? Un besoin ineffable de vivre, qui semble si beau, si vrai...existe-t-il vraiment chez certains un tel optimisme ? Est-ce le souhait de Jean-Michel Guenassia que de nous insuffler un peu de cette joie de vivre ? Une chance dont nous ne prenons jamais assez conscience. 

3962047_460s_largeJe ne vous ai pas encore parlé de Cécile ; pourtant, c'est un personnage de premier plan, en cela qu'elle entretient avec le héros des liens privilégiés. C'est aussi à travers elle que l'on apprend à connaître Franck, le frère de Michel, aux idées très arrêtées et à la bêtise à la hauteur de son égoïsme (même quand on a l'impression que finalement, il se pourrait bien que ! ... eh bien non.). Abandonnée par ce dernier, duquel elle était amoureuse, déroutée, elle décide, pour se protéger elle-même, de changer radicalement de cadre et d'hygiène de vie ; notre petit héros, son "p'tit frère", sera sa victime ! Qui ira faire le bouffon dans le jardin du Luxembourg, qui apprendra mille et un trucs de ménagère, qui avalera des litres de café au lait, mais aussi qui profitera d'une véritable amitié, solide et rassurante.
Certains passages m'ont un peu déstabilisés (certaines décisions des personnages), dans leur brusquerie ou dans leur incongruité, mais décidée à me laisser porter par le flot de ce joyeux roman, je n'y ai pas accordé plus d'importance. Par contre ses réactions sont extrêmes, elle fait un peu la girouette, et entraîne le pauvre Michel qui du coup, néglige quelque peu sa famille. Cécile m'a finalement un peu déçue, la force de son personnage se dilue je trouve. Je lui préfère Camille, qui luit comme un espoir. 

p418. L'alternance de deux histoires, certes liées (mais très peu), était agréable...jusqu'à un certain point ; je n'ai jamais vraiment apprécié ce style d'écriture, qui ne permet pas au lecteur de se plonger complètement dans l'une ou l'autre ; sûrement choisie pour ménager un certain suspens, pour alléger chaque récit, ou encore pour garder l'attention du lecteur dont on redoute la manifestation de l'ennui, il n'en va pas moins qu' à un moment donné, ce jeu du chat et de la souris m'a un peu énervée, j'étais presque tentée de sauter des pages ; d'autant plus que les mésaventures de Léonid s'achèvent sur un point négatif qui nuit grandement à l'image que je me faisais de lui (les remords ne rachètent pas tout, la bêtise ne peut s'effacer). L'histoire de Michel et celle de Léonid n'avait d'ailleurs comme lien que la participation active des deux membres au Club. Club que l'on ignore totalement pendant presque 100 pages, ce que je déplore (on nous parle très peu de Sartre et de Kessel, pourtant expréssemment cités sur la 4° de couv). On a la sensation que l'auteur veut diversifier un maximum son roman, en nous informant sur la vie des membres ; un bel objectif, intéressant, mais j'aurais préféré me centrer soit complètement sur un personnage, soit alterner avec le "présent" de l'époque, en s'intéressant plus particulièrement au Club, que Michel abandonne quelques temps. Alors oui, son histoire avec Cécile est intéressante (parfois pesante et redondante, mais toujours plutôt agréable à lire), ses réactions, ses pensées...j'ai aimé les partager. Mais le personnage de Cécile, que j'appréciais beaucoup au début, est devenu par instants un peu fade ; comme si son rôle était alors de mettre en relief l'attitude (immonde) de Franck et de faire jouer à Michel le rôle d'un petit héros torturé (cela fait déjà une bonne centaine de pages qu'il l'est et que ses pensées tournent un peu en rond d'ailleurs). Les autres membres du Club, qu'il était agréable de croiser, à qui l'on avait eu le temps de s'attacher, sont donc effacés momentanément. Le choix de l'auteur ne rencontre donc pas ma totale sympathie. Certains passages du roman sont donc, pour moi, un peu moins savoureux que d'autres, même s'il est toujours plaisant de se plonger dans ce roman (un peu comme une saveur que l'on a hâte de retrouver, et même si les répétitions (d'un peu de tout) sont largement présentes, l'ambiance est toujours là).

Qu'il est agréable, ensuite, de retrouver l'ambiance du Club, de renouer avec ces parties d'échec toujours aussi intenses, et de retrouver Kessel. Un nouveau personnage, passionnant, apparaît dans cette grande fresque ; un peu de nouveauté ne peut que faire du bien, même si cela donne l'impression que l'auteur jongle un peu avec les différents protagonistes. Il n'empêche que l'atmosphère est unique : des personnages nouveaux, d'autres qui disparaissent, ressurgissent, tout ce beau monde, en fonction des aléas de la vie, se croisent sur un fond nuancé.
La dernière partie enfin me semble plus cohérente, on al'impression que notre héros a trouvé sa place, se plaît dans ce mode de vie, avec de nouvelles connaissances ; du fait, j'ai ressenti ce bien-être qui a transparu sur moi, voilà pourquoi, même si encore il faut parfois s'émanciper de quelques clichés, cette partie est très agréable à lire.

Voilà, j'arrive à la page 702, et je vous ai fidèlement retranscrit mes impressions au fil de ma lecture. Je pensais lire un roman assez bien, moyen quelques fois, mais dans l'ensemble, un grand bien. Mais justement, un doute m'assaillait. et si pour la première fois, j'étais déçue par un Prix Goncourt des Lycéens ? J'appréhendais. Finalement en vain. Car c'est un roman grandiose qui ne prend toute sa force, sa puissance qu'à la toute fin. Où toutes les péripéties précédentes, toutes les discussions, tous les gestes prennent une signification propre, où tout s'anime, se détache d'une trame savamment mais sagement brodée, pour prendre corps, pour vivre, pour émerveiller le lecteur qui reste, haletant, face à ces lignes bouleversantes.

Bref, un roman qui mérite son prix, une ambiance sans cesse renouvelée, un monde que l'on ne veut plus quitter. Un beau témoignage historique d'une époque rendue déjà bouleversante à qui ne l'a pas connue.

Alors, si vous pouviez prendre le temps de me donner vos sentiments à la lecture de ce grand roman, cela me ferait bien plaisir, et ce serait passionnant d'échanger, un roman foisonnant comme celui-ci invite forcément à la discussion et à la confrontation.

Plaisir de lecture : 9/10