Qui vit dans le monde d'aujourd'hui n'a pu sciemment passer à côté du succès littéraire, médiatique et international de la trilogie Millénium. Ici s'est alors mis en branle, avec génie comme à son habitude, la mécanique bien rouillée et quasi-automatique maintenant de la démonstration pure et simple du caractère grégaire de l'être humain. A savoir, bestseller, premières ventes = redoublement des ventes, vite-il-me-faut-le-bouquin-que-tout-le-monde-s'arrache, véritable ébullition soudaine comparable à la vitesse grand V avec laquelle le lait se met à déborder de la casserole. En bonne blogueuse surmenée de lectures programmées, j'ai vaguement haussé un sourcil, n'ayant pas pour habitude de me laisser influencer par les présentoires bourgeonnants des grands magasins. Mais quand même, instinct livresque primant, la nouvelle apparition du moindre objet rectangulaire ressemblant de près ou de loin à un roman a le don de s'imprimer dans mon subconscient pour ressurgir à un moment ou à un autre. de préférence quand je m'y attends le moins (pas vous ??).  Quelques critiques lues au hasard de-ci de-là laissaient à penser que Millénium constituait ni plus ni moins qu'une petite révolution du polar nordique ; dorénavant figure de proue dans le genre, cette trilogie aux titres accrocheurs ne devaient laisser personne insensible -signe manifeste que tout le battage médiatique pour booster les ventes a été accompli avec brio.  
Lors de la parution de la série, je n'étais pas très portée polar, et mon objectif principal, même si jamais vraiment formulé, était de m'imbiber de classiques en vue de l'épreuve finale de français. Aujourd'hui, français = matière révolue appartenant au passé. C'est donc avec un plaisir nouveau et très appréciable que je suis allée fureter du côté des étagères des polars et autres succès. Choix...que de choix, trop de choix ! Mais quelle délectation de gâcher son temps à CHOISIR pendant des heures, à peser le pour et le contre...plusieurs fois Millénium s'est trouvé entre mes mains, plusieurs fois je l'ai reposé, assaillie d'un doute, car ce n'est pas un roman qui a été pleinement apprécié chez moi. Hésitation...et puis finalement, dernier avis recueilli, celui d'une amie, avis positif...je me suis dit que je n'avais rien à perdre et -vive les vacances- j'ai ouvert le-dit livre. C'est parti.

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Ma pauvre expérience en matière de polar me pousse à faire des rapprochements avec les deux seuls lus récemment, à savoir La Princesse des Glaces (Camilla Läckberg) et La Femme en Vert (Arnaldur Indridason). A celà s'ajoutent les deux romans policiers de Fred Vargas. L'inculture est certes profonde, mais non pas irrémédiable.
La violence est présente dans les trois polars, mais atteint son apogée avec Millénium, c'est indéniable : c'est d'ailleurs ce qu'on lui reproche en premier lieu. Ambiance particulièrement noire (comme on le souhaitait et même plus), et agissements savamment pervers ; encore une fois, la perversité et le sadisme font l'objet d'une étude approfondie : parfois, l'on se passerait bien de certains détails, mais j'imagine qu'ils sont un des chaînons caractéristiques et essentiels de tout polar. Donc, une fois intégré le fait que ce polar ne pouvait être ce qu'il était sans l'étalage nauséabond de toute cette perversité, je me suis accrochée à l'histoire et aux personnages, qui semblent, les trois quarts du roman, bien englués dans cette histoire originale.
Voilà donc le premier point que j'ai beaucoup apprécié dans Millénium I : l'intrigue est attrayante. Un mystère de la chambre jaune à l'échelle d'une île, c'est tentant ! Ni une ni deux, on se met à chercher avec le héros, Mickael Blomkvist, à se poser des questions, à...se désespérer devant ce cas insoluble ? Eh bien non, pas pour ma part : l'enquête, qui remonte à 40 ans, et qui, par bien des aspects, semble définitivement insoluble, est disséquée par le principal intéressé, à savoir le grand-oncle de la disparue, riche industriel quinquagénaire. Toutes les hypothèses semblent formulées, et tout de suite on s'enferme dans le profil type d'un meurtre. A vrai dire, ici, je n'ai pas voulu suivre les protagonistes, d'autres pistes me semblaient totalement réalisables. Je m'arrête ici car je ne voudrais pas spoiler, mais l'histoire ne m'a pas semblée assez travaillée à ce stade-là.
L'intrigue, donc, qui me semblait vraiment intéressante, est un peu tombée à plat : déjà, le roman est très lent au démarrage, du nouveau n'est découvert qu'aux deux tiers du polar, et j'ai trouvé ça dommage. Certes cela permet de camper des personnages auxquels l'on s'attache aisément, il n'empêche que l'affaire piétine, certains passages ne sont pas indispensables. Au final, j'ai trouvé que l'histoire se noyait un peu trop dans la violence...
Pour compenser une tare qui est assez importante à mes yeux, la galerie de personnages est assez bien étayées ; les principaux sont vivants, dynamiques, attachants et complexes à la fois. Ce fut un réel plaisir de découvrir leur cheminement intellectuel à travers cette enquête. Je me souviens que dans La Pincesse des Glaces, la relation entre Erika et Patrick, les héros, se construisaient aussi en dehors de l'affaire ; dans La Femme en Vert, le commissaire faisait ressurgir des souvenirs, et la technique d'approche psychologique du héros était vraiment différente, car celui-ci était beaucoup plus solitaire. Dans Millénium, Mickael Blomkvist et Lisbeth Salander ne se rencontrent que par le biais de l'intrigue (rencontre tardive mais particulièrement intéressante, du fait de la parfaite complémentarité des deux héros). C'est pourquoi le début du livre alterne entre deux situations très différentes. Le personnage de Lisbeth Salander est vraiment très bien fait : une psychologie très singulière, une évolution dans le roman très intéressante ; c'est je pense une raison de poids pour continuer la série que de savoir que Lisbeth sera plus profondément étudiée dans le II. Quant à Mickael, la première approche est objective, ce n'est que par le rapport de Salander que l'on commence à le démasquer ; rapport peu flatteur sur Blomkvist, qui se révèle finalement être un homme sociable, intègre et à l'esprit affuté ; la famille Vanger, qualifiée de véritable "nid de crabe", dont la membre (nièce de l'industriel Henrik) disparue ne fait qu'éclairer les relations désastreuses, elle est, selon moi, assez mal exploitée : certains membres sont très présents (Henrik) ; d'autres beaucoup plus diffus (Cécilia), et certains carrément transparents et inintéressants (Harald).
Le cadre est assez changeant, particulièrement vers la fin, mais la découverte de la Suède (très superficiellement, s'entend) m'a beaucoup plue ; j'ai trouvé que ce cadre s'intégrait parfaitement à l'histoire, à savoir la capitale, le mouvement, pour le journal et le personnage d'Erika Berger ; le calme de Hedebyön, l'ïle, pour la recherche lente et assidue de Mickael. A travers ses promenades et les descriptions du paysages, l'auteur nous faisait partager une ambiance particulière et très plaisante, à la fois sourde, sauvage, insinueuse, lente, noir, mystérieuse...révoltée par instants...les lieux sont très importants dans ce roman, et servent parfaitement les différentes intrigues. Celles-ci constituent le dernier point très appréciable : l'affaire Wennerström, le journal Millénium, l'enquête Harriet Vanger...tout se croise et s'entrecroise, se chevauche, se mêle et se démêle...c'est tout simplement délicieux !

Donc, des points positifs, des points négatifs, pour au final me décider... à poursuivre très prochainement avec le tome II : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette... quant au film à vrai dire il ne me tente pas trop : j'ai déjà dans ma tête imaginé les personnages, qui ne correspondent pas du tout avec les acteurs...et la violence ne sera que trop bien rendue à l'écran... je préfère donc m'en abstenir.

Plaisir de lecture : 8/10